‹ Magasin théâtralChapitre 469 sur 1475 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

PHILIPPE II, DOH QUEXADA.

PHILIPPE II , assis, tenant à la main la liste de* condamnes.

Vous m'avez entendu : cette liste n'est pas tellement remplie qu'on n'y puisse encore trouver place. Je la dépose sur cette table ; mais à la première parole douteuse qui sortira de vos lèvres, j'y mets un nom de plus. Répondez maintenant. Vous connaissez dona Florinde ?

DON QUEXADA.

Comme votre majesté la connaît.

Pas davantage?

nON QUEXADA.

Peut-être moins. .

PHILIPPE Ib

Que voulez-vous dire ?

DON JUAIS iVAUTiucm:

DOS Qi;KXADi.

Ce que je dis , sire ; rien de plus.

Depuis qu.Tnil la connaissez-vous?

nos QUKXAOA.

Depuis le jour où votre majesle m'a iloiinë rendez-vous chez elle.

PHILIPPE II, qui étend la main vers la liste. Don Quexada!

DON QUEXADA.

Ah! sire, arrêtez; vous me condamne/, pour avoir été sincère, que ferez-vous si je ne le suis pas ?

Au mépris de mes ordres, vous avez conduit don Juan dans le couvent de Saint-Just ; pouvez- vous le nier?

DON QCEXADA.

Je ne le puis.

Pour qu'il y vît mon père?

DON QUEXADA.

El le sien.

PHILIPPE II, portant la main sur la liste. Don Quexada!

DOS QCEXADA.

J'en appelle à vous, sire, est-ce viai?

Kt il l'a vu? et il sait tout?

Non, sire.

Non ? faites Lien attention que vous avez dit non.

DON QUEXADA.

Je répète que Charles-Quint n'a pas cessé d'être, pour lui, frère Arsène.

PHILIPPE II, montrant l'épée qui est sur la table.

Mais cette ëpée fait foi du contraire ; et frère Arsène, en la lui donnant, a prouvé du moins qu'il ne persistait pas dans les résolutions arrêtées entre nous sur ce jeune homme.

DON QUEXADA.

Je conviens que ce serait un étrange présent, s'il destinait encore don Juan à l'éylise; mais j'affirme que l'empereur mon maître...

Qui fut votre maître.

DON QUEXADA.

Que l'empereur Charles-Quint ne l'a pas reconnu pour son fils.

Vous en êtes sûr?

DON QUEXADA.

Aussi sur que je le suis peu de vivre demain. PHILIPPE 11, avec violence, en saisissant sa liste. Don Quexada!...

Sire, le seul bruit de ce papier dans vos mains suffirait pour troubler une meilleure tête

que la mienne. Cette torture vaut Tautre; mais ce que j'affirme est la vérité.

PHILIPPE II , se levant.

Il s'intéresse donc moins à ce fils que je ne le pensais?

DON QUEXADA, vivement.

Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire.

Et cet intérêt, fùt-il delà tendresse, il tomberait de soi-même devantun crime de lèse-majesté, crime que don Juan a commis, et pour lequel il doit périr.

DON QUEXADA , s'animant malgré lui.

Non, vous ne j)rononcerez pas cet arrêt; votre auguste père ne le souffrirait pas.

Y a t-il deux rois dans le royaume? Celui qui. règne est-il le sujet de celui qui ne règne plus? Charles-Quint est mort pour l'Espagne, mort pour le monde; vous en aurez la preuve; car ce jeune homme périra, en dépit de toutes le* volontés ou de toutes les faiblesses d'un moine de Saint-Just.

DON QUEXADA , s'oubliant tout-à-fait

Eh bien ! non ; je n'aurai pas entendu parler ainsi de mon royal maître; on n'aura pas condamné son fils en ma présence, sans que moi, leur vieux serviteur, j'aie au moins protesté pour tous deux.

Elst-ce bien vous qui parlez?

DON QUEXADA, tombant à sei pieds.

Je ne vous h; dirai qu'à genoux, mais je vous le dirai : au nom de la prudence, au nom de la nature et de votre gloire, ne brisez pas la grande ame de Charles-Quint; ne vous heurtez pas contre celui dont la renommée est encore dans toutes les bouches, dont lesbienfaitsvivent dans tous les cœurs. Ne fùt-il plus qu'une ombre, il sortirait du tombeau pour défendre contre vous son sang et le vôtre.

PHILIPPE If , Vélançant vers la t?.ble, où il prend la plume et la liste.

Ah! c'en est irop.

DON QUEXADA.

Écrivez, sire, écrivez; tuez le vieillard : il ne vous est plus bon à rien; mais épargnez le jeune homme, qui a une existence entière à vous sacrifier, un cœur de vingt ans à dévouer au service de son roi et de son pays; qu'il vive, lui, ou s'il doit mourir, que ce soit pour vous et non par vous. C'est votre frère! (Se traînant à genoux jusqu'au fauteuil du roi.) Oui, c'est votre frère!... Ah! sire, un roi a si peu d'amis fidèles ! peut-il volontairement se priver du devou»ment d'un frère?

Relevez-vous, vieillard ; vous êtes encore tout pâle de votre courage. {Après une pause.) Je ne m'engage à rien envers don Juan ; mais si je

ACTF. V

lui laisse la vie, et j'en doute, ce sera pour qu'elle s'éteigne dans les austërités. Je vous permets de l'en instruire. Je sais que vous aurez peu de pouvoir sur son esprit; n'importe, essaye! de le convaincre. Allez le trouver, et qu'il vous accompagne ici. (A Gomès, qui est entrd à la fin de la scène. ) Amenez devant moi dona Fiorinde.

GOMÈS

Quoi , sire!...

Amenez-la, et en même temps donnez de»

ordres pour que don Quexada puisse voir votre prisonnier. Allez.

DON QlTEXAnA , à part.

Encore une ambassade! probablement la dernière de toutes.

•eaceeMeieeseoeeviissssoeeseseseoeQeooeweeeeeoosseeeeeee

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