SCENE I
HORTENSE, M-^ SliSCLAIR.
MADAME SINCLAIR
Non, je ne puis, Hortense, approuver tes manières ; A peine te montrer, revenir des premières'.
HORTENSE
C'est qu'avant d'être au bal j'avais senti mes torts.
MADAME SINCLAIR
'il est une heure au plus , on arrive , et tu sors.
HORTENSE
Trop tard. Il est parti ; pour me chercher, sans doute. Son premier mouvement est le seul qu'il écoute. Ma faiblesse à ses yeux tient de la trahison ; Je vous ai résisté; n'avais-je pas raison? Dieu ! que je me repens de vous avoir suivie I
MADAME SINCLAIR
Certes, je n'ai rien fait pour t'en donner l'envie.
HORTENSE
A vous accompagner <juand le duc m'engageait,
Il fallait m'affermir dans mon sage projet.
MADAME SINCLAIR
l'ar exemple, il est bon qu'à présent tu me blâmes. Eh! ne l'ai-je pas fait? Voilà les jeunes femmes !
Qui, moi, vous accuser! Je suis folle aujourd'hui. Pardon, ma bonne mère; ah ! je souffre pour lui. Que ma légèreté doit lui causer de peine ! Quels chagrins pour tous deux à sa suite elle amenel Je vois, j'aime le bien, c'est le mal que je fais; Et qu'une inconséquence a de tristes effets !
MADAME SINCLAIR, tendrement.
C'est l'éternel di?couc.« des mères de famille. Tous les jours cependant... eh! qu'as-tu donc, ma fille ?
HORTENSE
Il ne reviendra pas!...
MADAME SINCLAIR
Ma'.s est-il arrivé?
HORTENSE
.Voilà Is dernier coup qui m'était réservé.
Acrr: rv, scène i.
MADAME SINCl.AIB.
Quand on part de bonne heure, on passe, on se fau- Mais avec sa voiture, engagé clans la file, [fiI-2;
On gèle, on se dépite, et l'on n'avance pas; Peut-être dans la rue est-il encore au j)as ?
HORTENSE
Fatigué, malheureux, après un long voyage... Chaque mot que j'entends me fait perdre courage. A travers ce chaos que l'on appelle un bal. Il va pour nous trouver se donner tant de mal ! Rencontrant dans la foule obstacle sur obstacle...
MADAME SINCLAIR. [tacle !
Oui, l'on étouffe un peu, mais c'est un beau spec- II ne le connaît point ; ma fille , espérons mieux , Le plaisir qu'il aura va t'absoudre à ses yeux.
HORTE>SE.
ic le voudrais.
MADAME SINCLAIR
Dis donc , as-tu vu la princesse , Dont le Duc nous parlait, qu'il nous vantait sans cesse? J'avais fait dans D)a tète, et je voulais lancer Deux ou trois petits mots que je n'ai pu placer. Personne...
HORTESSE.
Je le vois, le Duc est seul coupable.
MADAME SINCLAIR
Il ne t'a pas quittée.
HORTENSE
Il est pourtant aimable.
MADAME SINCLAIR
Le ministre t'a fait un excellent accueil ;
Tu n'as pas remarqué qu'il nous suivait de l'œil?
HORTENSE
Si fait.
MADAME SINCLAIR
Avec mystère il semblait nous sourire.
Je le sais.
MADAME SINCLAIR
A Danville, ô Dieu! s'il allait dire...
HORTENSE
Qu'il est nommé?... mais non, non, je ne crois plus Le Duc pour m'entraîner a saisi ce moven. [rien. Danville est là sans guide ; il ne connaît personne ; Et comment voulez-vous , mon Dieu, qu'on l'y soup-
MADAME SINCLAIR. [çonile?
Si le Duc le rencontre, il va le présenter.
HORTENSE
Dieu ! s'ils se rencontraient , j'ai tout à redouter •■ Fier , et jusqu'à l'excès poussant la violence....
MADAME SINCLAIR
Tu rêves des malheurs qui sont sans vraisemblance. Allons, viens, je suis lasse et vais me retirer; Viens-tu ?
HORTENSE
Non , laissez-moi , j'aime mieux différer, Je veux revoir Danville.
MADAME SINCLAIR
Aiions.
IIOIIIENSE.
!Non , je vous [)rie.
MADAME SINCLAIR , avec bonté.
Reste et console-toi ; bonsoir, ma bonne amie.
(Elle sort.)