LE ROI, ROGER
ROGER. Oui, sire, lui-même.
LE ROI , à part. Elle avait raison ; wr il s'est bien hâté de revenir (Haut.) Vous venez à propos, monsieur, j'allais vous faire chercher.
ROGER. Je suis heureux que le hasard épargne à votre majesté une si grande peine. Me voici, sire. Parlez, j'écoule. Que désirezvous de moi ?
LE ROI. Vous m'avez plus d'une fois exprimé le regret de ne m'èire agréable que comme compagnon de plaisir. . . un roi n'est pastoujours maître desa volonté., il me fallait une occasion, une circonstance... Cettt; mission que vous sollicitiez hier encore, je vous l'accorde maintenant.
ROGER. Maintenant, sire, il est trop tard.
LE ROI. Trop tard?
ROGER. Oui, et je la refuse.
LE ROI. Comment! quand vous-même, hier, au bal....
ROGER. C'est que j'ai pénétré certain secret qui pour le moment, sire, me force de rester à Madrid.
LE ROI. Et ce secret, quel est-il? peut- on le savoir?
ROGER. Oh! parfaitement, sire.
LE ROI. DiteS'le donc, monsieur.
ROGER. C'est qu'un grand seigneur... un très-grand seigneur de la cour du roi Philippe V aime la même femme que moi. Vous voyez que j'aurais fait un mauvais diplomate, puisque je joue à jeu découvert.
LE ROI. Et la femme aimée par ce grand seigneur, quelle est-elle?
ROGER. Celle qui fut la mienne, sh-e.
LE ROI. Et que vous avej si cruellement abandonnée, monsieur. Ce grand seigneur, vous le voyez bien, ne fait donc que réparer votre injustice.
ROGER. C'est un soin dont je me charge moi-même; c'est plus que cela, sire, c'est un droit que je réclame et que je saurai défendre, fût ce même. . .
LE ROI. Achevez...
ROGER. Même contre vous, sire.
LE ROL Monsieur, savez-vous que vous manquez au respect que vous devez à votre roi?
ROGER. Sire, je suis né en France, et je ne reconnais d'autre maître que sa m^esté le roi Louis XIV.
LE ROI. Mais vous êtes en Espagne, monsieur, vous êiys à Madrid, dans mon royaume, ne l'oubliez pas,
ROGER. Alors, sire, je suis votre hôte, et c'est vous qui, en abusant de votre pouvoir, manquez à l'hospitaUté que vous m'avez offerte,
LE ROI. Sortez, monsieur, sortez!
ROGER. Sire! votre aïeul Henri IV aurait dit: Sortons.
LE, ROI. C'est bien, monsieur! Dans un quart d'heure vous aurez quitté Madrid, et dans trois jours l'Espagne.
ROGER. Et si je refuse d'obéir à cet ordre?
LE ROI. Dans vingt minutes vous serea conduit à la forteresse.
11 sort.
ROGER. Eh bien ! votre majesté saura où me faire arrêter, alors ; je reste ici ; j'atteads.
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