EXTRAIT DES CHRONIQUES ITALIENNES
criminels, sans leur rien apprendre de plus. IVicoletto Alberto, le {jiiardiaga et Bartolommeo Ciricolo et son fils, ainsi que plusieurs autres qui n'étaient pas coupables, furent acquittés.
Le vendredi 16 avril , le conseil des Dix rendit un jugement qui condamna le doge Marino Faliero à avoir la tête tranchée, et ordonna que Texécution aurait lieu sur le palier de l'escalier de pierre où les doges prêtent leur serment en entrant en charge. Le lendemain , les portes du palais étant fermées , le doge fut exécuté environ vers le midi. Son bonnet de doge lui fut ôté lorsqu'il arriva au palier de Tescalier; Texécution achevée, on dit qu'un membre du conseil des Dix s'avança vers les colonnes extérieures du palais qui donnent sur la place Saint-^ïarc, et qu'il montra au peuple l'épée toute sanglante , en prononçant ces mots à haute voix : « Le traître a subi son jugement. » Aussitôt les portes s'ouvrirent, et le peuple se précipita dans le palais pour voir les restes de l'infortuné Marino.
11 est à remarquer que le conseiller ser Giovanni Sanudo n'assista pas à ce jugement; mais qu'il était retenu chez lui par maladie; ainsi il n'y eut que quatorze votans; savoir, cinq conseillers et les neuf membres du conseil des Dix. Toutes les terres et tous les châteaux du doge, ainsi que ceux des conjurés, furent confisqués au profit de la république. Le conseil des Dix accorda seulement au doge, à titre de grâce, la permission de disposer de deux mille ducats. On décida en outre que tous les conseillers et les avogadori, les membres du conseil des Dix, et ceux delà junte qui avaient concouru à la condamnation du doge et des autres conjurés, auraient le privilège de porter jour et nuit des armes dans Venise et depuis Grado jusqu'à Cavazere, et d'avoir deux valets pareillement armés, pourvu que les valets habitassent dans leur
maison; ceux qui n'avaient pas deux valets à leur service pouvaient transférer ce privilège à leurs fils ou à leurs frères, mais à deux d'entre eux seulement. La même permission fut aussi accordée aux quatre notaires de la chancellerie ou cour suprême , qui reçurent les dépositions ; ces notaires étaient Amedio, Nicoletto di Lorino, Steffanello et Pietro de Compostelli, secrétaires
des signori di notte.
Après l'exécution des conjurés et du doge, la république jouit d'une paix profonde. Une ancienne chronique rapporte que le corps du doge fut placé dans une barque avec huit torches allumées , et conduit à son tombeau , dans l'église de SanGiovanniePaolo, où il fut enseveli. Cette tombe est maintenant placée au milieu de la petite église de Santa Maria délia pace , qu'a fait bâtir l'évêque Gabriel de Bergame : c'est un cercueil de pierre sur lequel sont gravés ces mots : Hicjacet Dominus Marimis Faletro diix. Son portrait ne se trouve pas dans la salle du grand conseil ; mais à la place qu'il devait occuper, on lit cette inscription : Hic est lociis Marini Faletro, decapitatt pro criminibus. On croit que sa maison fut donnée à l'église de Sant' Apostolo : c'est ce grand bâtiment qui s'élève près du pont; mais cette opinion est mal fondée , à moins que ses descendans ne l'aient rachetée depuis, car cette maison appartient toujours à la famille Faliero. Je ne puis m'empècher de rapporter ici que plusieurs voulaient graver à la place destinée au portrait du doge l'inscription suivante : Marinus Fcdetro dux ; temeritasme cepit, pœnas lui, decapitatus pro criminibus. On avait aussi composé ce distique pour inscrire sur sa tombe :
Dux Fenehimjaccthlc, patriam cjiii prodcre tentans Sceptra, decus, censum perd' dit, atque capiit.