‹ Magasin théâtralChapitre 608 sur 1475 · MARION DE SCÈNE III · texte numérisé non relu

MARION DE SCÈNE III

Les précédents, DIDIER.

DIDIER, s'avançant lentement du fond du théâtre

sans être vu ni entendu des autres.

Marquis de Savemy !... — Je voiulrais bien revoir Ce fat qui fut près d'elle etïronté l'autre soir; J'ai son air sur le cœur.

BOUCHAv ANSES, à Savemij qui cause avec Brichanteau.

Saverny !

DIDIER, à part.

C'est mon homme !

Il s'avance à pas lents, l'œil fixé sur les genlilslioiiimes, et vient s'asseoir à une table placée sous le réverbère qui éclaire l'écrileau, à quelques pas de L'Angely qui demeure aussi immobile et silencieux.

BOicHAVANNEs, à Savemij qui se retourne. Connaissez-vous l'édit?

SAVERNY

Quelédit.^

BOICHAVANNES.

Qui nous somme De renoncer au duel?

SAVERNY

Mais c'est très-sage.

BRICHANTEAU

Oui, mais Sous peine de la corde?

SAVERNY

Ah ! tu railles ! — Jamais.

Qu'on pende les vilains, c'est très-bien.

BRICHANTEAU, hii montrant Vécriteau.

Lis toi-même, L'édit est sur le mur.

sAVfcRNY , apercevant Didier.

Hé ! cette face blême Peut nie le lire.

A Didier, haussant la voix.

Holà ! hé 1 l'honuiie au grand manteau ! L'ami ! — Mon cher ! —

A Brichanteau.

Je crois qu'il est sourd, Brichanteau.

nmiEB, qui ne l'a pas quitté des yeux, levant lentement la tête.

Me pariez-vous?

SAVERNY

Pdidieu, i^our récompen.«e honnête, Lisez-nous l'écrileau placé sur votre tète.

Moi ? 0

SAVERNY

Vous. — Savez-vous pas épeler l'alphabet? DIDIER, 5e levant.

C'est l'édit qui punit tout bietteur du gibet; Qu'il soit noble ou vilain.

SAVERNY

Vous \ ous trompez, brave homme.

Sachez qu'on nedoit pas pendre un bon gentilhomme; Kt qu'il n'est dans ce monde, on tous droits nous sont Que les vilains qui soient laits ponrêtiepeudus. [dus,

Aux {jenlilshommes.

Ce peuple est insolent!

A Didier, en ricanant.

A ous lisez mal, mon maître!

Mais vous avez la vue un peu basse, peut-être. Otez votre chapeau, vous lirez mieux. — Otez!

DIDIER, renversant la tal)le qui est devant lui. Ah ! pi(-nez garde à vous, monsieur ! vous m'insultez. Maintenant que J'ai lu, ma iéconipense honnête 11 me la faut! — Marquis, c'est ton sang, c'est ta tète!

s.ivKKSv, souriant.

Nos titres à tous deux, certe, sont bien acquis.

LOUME. 9

Je le devine peuple, il me flaire marquis.

DIDIER

Peuple et marquis pourront se colleter ensemble. Marquis, si nous mêlions notre sang, que t'en semble?

sAVEUNv, reprenant son sérieux.

Monsieur, vous allez vite, et tout n'est pas fini. Je me nomme Gaspard, marquis de Saverny.

DIDIER

Que m'importe ?

SAVERNY, froidement.

Voici mes deux témoins. Le comle De Gassé ; l'on n'a rien à dire sur .son compte; Et monsieur de Villac, qui fient à la maison La Feuillade, dont est le marquis d'Aubusson. Maintenant ètes-vous noble homme?

DIDIER

Que t'importe?

Je ne suis qu'un enfant trouvé sur une porte , Et je n'ai pas de nom ; mais , cela suffit bien, J'ai du sang à répandre en échange du tien !

SAVERNY

Non pas, monsieur, cela ne peut suffire, en somme ; Mais un enfant trouvé de droit est gentilhomme. Attendu qu'il peut 1 être; et que c'est plus grand mal. Dégrader un seigneur qu'anoblir un vassal. Je vous rendrai raison. — Votre heure?

DIDIER

Tout de suite.

S.WERNV.

Soit. — Vous n'usurptz pas la qualité susdite?...

DIDIER

Une épée!

SAVERNY

Il n'a pasd'épée! Ah! pasquedieu, [lieu. C'est mal. On vous prendrait pour quelqu'un de bas- Offrant sa propre épée à Didier.

La voulez-vous? Elle est fidèle et bien trempée. L'Angely se lève, tire son épce et la présente à Didier.

l'angely.

Pour faire une folie, ami, prenez l'épée D'un fou. — Vous êtes brave, et lui ferez honneur. Ricanant.

En échange, écoutez , pour me porter bonheur Vous me laisserez prendre un bout de votre corde.

DIDIER, prenant l'épée, amèrement.

Soit.

Au marquis.

Maintenant Dieu faî.se aux bons miséricorde !

BRICHANTEAU , suutant dc joie. L"n bon duel! c'est charmant!

savt:rny, « Didier.

Mais où nous mettre?

DIDIER

Sous Ce réverbère.

CASSÉ

Allons, messieurs, êles-vous fous?

On n'y voit pas. Ils vont s'éborgner, parSaint-George !

DIDIER

On y voit assez clair pour se couper la gorge!

S.AVERNY.

Bien dit.

VILLAC.

On n'y voit pas!

DIDIER

On y voit assez clair, Vous dis-je! et chaque épée est dans l'ombre un éclair! Allons, marquis!

Tous deux jettent leurs manteaux, ôtent leurs chapeaux

dont ils se s.TJuent et qu'ds jettent derrière eux; puis

ils tirent leurs épees.

MARION DE LORME

SAVtRNY.

Monsieur, à vos ordres.

DiniER.

En garde !

Ils croisenl le fer et ferrailltnt pied h pied, eu silence et avec fureur. — Tout à coup la petite porte s'cntr'oiivre et Marion eu rûl)e blanche ])araît.

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