‹ Magasin théâtralChapitre 68 sur 1475 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

DUVERNOI PÈRE , EUGÈNE.

EUGÈNE

J'accours pour vous servir avec empressement.

DUVERKOI PÈRE , à part.

Moins discret que son oncle, il saura mieux m'in- (Haut. ) [struire.

Tu me parais alerte, et tu pourrais me dire Quels sont ceux que mon fils fréquente en ce logis ?

EUGÈNE

Monsieur Valce's, je crois, est un de ses amis.

DUVERNOI PÈRE.

Quel homme est ce Valcés ?

EUGÈNE

Tout le monde en raffole.

C'est lui qui, dans l'hôtel, a toujours la parole. Joyeux, spirituel , quoiqu'il ait quarante ans , Cet e'tranger doit plaire à tous nos jeunes gens. Il sait tous les secrets des maris et des femmes , Et nous enseigne à tous de bonnes ëpigrammes.

Ces parleurs éternels ne sont point de mon goi!it. Et je fuis ces méchants...

EUGÈNE

Il ne l'est pas du tout.

Oh ! c'est un médisant d'une hizarre espèce.

II critique avec grâce, il raille avec finesse.

Et, se moquant de vous-même en vous obligeant,

Il fait une épigramme en prêtant son argent.

Si vous l'interrogez, vous l'entendrez vous dire :

« La médisance adroite éveille le sourire ;

u Elle excite l'esprit et sa malignité,

« Sur les travers d'autrui badine avec gaîté ;

« On la voit, en tout temps, incapable de feindre,

« Ranimer l'entretien , souvent prêt à s'éteindre ;

« Elle sait avec art démasquer les défauts ,

Il Etfaitgaîment la guerre à tous les hommes faux.»

DUVERNOI PÈRE.

Eh! mon fils encourage une telle manie?

EUGÈNE

Non ; votre fils , monsieur, parfois le contrarie ; Il le blâme souvent.

Mon fils agit au mieux.

EUGÈNE

Je trouve qu'il a tort, il est trop sérieux.

DUVERNOI PÈRE.

Vraiment ?

EUGÈNE

Oui , votre fils est d'une humeur sauvage , Et n'eut jamais, dit-on, la gaîté de son âge. Vous l'avez élevé pour être un commerçant; Il est intéressé, sans être intéressant. Et de son digne père en tout parfait émule , Quand vous l'interrogez, on dirait qu'il calcule. Admis dans le grand monde, il est embarrassé ; Jamais un trait piquant par lui ne fut lancé ; Le bon sens, à Paris, n'est qu'un présent fort mince: On dit qu'il a toujours le ton de la province.

DUVERNOI PÈRE.

Eh! qui vous a donné ces renseignements-là?

EUGÈNE

C'est monsieur de Valcés qui m'apprend tout cela.

DUVERNOI PÈRE.

Ce ton vous causera quelque mauvaise affaire ; Et vous feriez bien mieux, mon ami, de vous taire. Imiter sans esprit un homme dangereux Est un rôle pour vous ridicule et fâcheux. [fuie, On craint les médisants ; mais, s'il faut qu'on les On méprise encor plus le sot qui les copie. EUGÈNE, à part.

(Haut.) Cet homme est un bourru. Quittons cet entretien.

DUVERNOI PÈRE, à part.

J'ai tort de me fâcher, je ne saurai plus rien.

(Haut.)

Vos propos, mon ami, n'ont rien dont je m'offense.

EUGÈNE

Vous aimez, je le vois , à parler par sentence.

DUVERNOI PÈRE , à part.

(Haut.) L'insolent! Connais-tu cette jeune beauté Qui loge en votre hôtel ? Dis-moi la vérité : Cette jeune personne est auprès de sa mère?

EUGÈNE

Oui , monsieur.

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