SCENE X
(Don GaëUi) est nonclialainment couché ilaiis un fauteuil. — Plusieurs seigneurs, parmi lesquels se trouvent le connétable et Don Sanclie, sont dans la galerie du fond.)
DON GAETAN, dans la salle; DON SANCHE, LE CONNÉTABLE, les Seigneurs, dans la
galerie.
iiOfi GAETAN, ù part.
Les conseillers royaux relieiinent Son Altesse...
Tanlmieux... nous n'irons pas ce malin à la messe.
DON SANCHE, qui semble contrarié de la présence de don Gaétan , vient à lui en faisant signe aux seigneurs de Taitendre.
On dit que les courriers arrivés d'Avila
N'apportent rien de bon, marquis.
DON GAETAN , COUChé.
On dit cela?
DON SANCHE
Tu n'en savais donc rien ?
DON GAETAN, Se levant.
Sais-je, moi, quelque chose.
Sinon que ma maîtresse a l'œil bleu, le teint rose, Les cheveux longs et noirs, l'air piquant et mutin, El les pieds si petits qu'ils tiennent dans la main ?
(Lui prenant le bras et s'éloignant.) Aussi mes libres jours se suivent sans mélange; Je bois lorsque j'ai soif; lorsque j'ai faim, je man-
[ge;
El riche des vingt ans dont brille mon regard, Je vis par passe-temps et j'aime par hasard. (Il s'éloigne. Don Sar.che le reconduit jusqu'à la galerie; les seigneurs et lui descendent la scène.)
SCÈISE II.
DON SANCHE , le CONNÉTABLE, les
Seigneurs.
don sanche.
Pour affaires d'état, le ministre et son maître Resteront au conseil une heure encor peut-être ; De plus, mon page veille hors de l'appartement; Nous pouvons donc, messieurs, nous parler libre-
Tmenl.
J'ai voulu vous rejoindre en cette salle basse. Non pour vous rassurer sur tout ce qui se passe, Ni pour faire un appel à votre fermeté Quand il se faut montrer homme de volonté; Je vous connais trop bien pour vous faire l'injure De vous supposer l'àme ou moins forte ou moins
[sûre ; Quels que soient les dangers qui naissent sous nos Votre front, je le sais, ne se troublera pas. [pas. Nous sdmmes, au surplus, trop loin dans lacar- Pour oser maintenant retourner en arriére. I riérc
le connétable.
Au fait.
don SANCHE.
Je vous l'ai dit : au fond d'une prison. Sous l'accusation de haute trahison, [plices ,
Don Luc et don Pedro , dont nous sommes com- Altendent sans espoir l'instant de leurs supplices. Ils auraient, en parlant, pu conjurer le son, Mais, au lieu de parier, ils ont choisi la mort. Soyons à la hauteur de nos deux frères d'armes. Nous devons à leur mort, du sang el non des lar-
[mes.
Nous avons ce qu'il faut pour tenter le hasard, Cest à nous donc d'agir, cl d'agir sans retard. Je ne me laisse point aveugler par la haine; Non, l'heure est opportune et la chance certaine ; Les courriers arrivés cette nuit d'Avila Ne vous ont rien laissé désirer en cela : Ce qu'ils ont dit ne peut que Oaller notre audace: Burgos est en rumeurs, Valladolid menace, Avila, dont l'impôt fait croître le malheur, A chassé de ses murs le nouveau gouverneur.