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SCÈNE VI IL

Les MÊMES, DIÉGARIAS.

DIÉGARIAS, bas au roi.

Sire, merci! —

CBas à Inès.) Cachez votre tristesse.

ABUL-BEKRI, à part.

Je vais donc me venger.

DON GAETAN, au loi, en lui montrant le contrat, qui est sur la table.

Tout est prêt, Votre Altesse.

LE ROI

Fort bien. —

(Remettant à Inès le parchemin.) Votre présent de noces.

Monseigneur...

LE ROI

Jusqu'au bout je vous veux assurer le bonheur. — Le comte peut un jour fatiguer ma clémence ; Vous aurez dans les mains, Inès, sa délivrance.

INÈS, prenant le parchemin et remerciant. Sire —

(Pendant que le roi signe au contrat, elle l'ouvre. — A part.) Un blanc-seing.

LE ROI, ù l'archevêque, après avoir signé. A vous.

(L'archevêque signe. — \ don Juan.)

A votre tour.

DON JUAN , s'avançant.

Ce n'est pas pour l)ravcr le roi devant sa cour, Mais je ne puis signer.

DIÉGARIAS, à part.

Dans ce dernier outrage, 11 a voulu, l'infànie, épuiser mon courage.

LE HOI

Vous ne pouvez, monsieur?

DON JUAN

Non, sire.

LE RDI.

La raison ?

C'est qu'il me faut garder l'honneur de ma maison; C'est que je suis chrétien et dois sauver mon

[àine; C'est que je ne veu,\ pas d'une juive pour femme.

INÈS, à part.

Ciel!

DIÉGARIAS.

Qii'entends-je?

LE ROI

Une juive?

DON JUAN

Ou du moins, monseigneur, La flile de Jacob Éliaciti.

DIÉGARIAS, à part.

Malheur I LE ROI, à Diégarias.

Vous ne répondez pas?

(Silence de Diégarias) DON JUAN.

Que peut-il vous répondre ?

Sinon que d'un seul mot je viens de le confondre. Sinon qu'il fut, seigneur, dans un de nos palais. Publiquement fouetté pur deux de nos valets.

DIÉGARIAS, portant la main à son poignard. Oh!

(Se contenant.)

Qui l'a dit cela? Réponds, réponds-moi, comte? C'est du sang, vois-tu bien, qu'il faut pour celle

[honte. — Son nom... je veux savoir son nom... Parle. ABUL-BEKRI, écartant les seigneurs.

C'est moi.

DIÉGARIAS, reculant.

0 ciel ! Abul-Bekri!

ABUL-BEKRI

Je comprends ton effroi, Traître. — Spectre vengeur, je reviens de la tombe Pour fouler sous mes pieds la puissance qui

[tombe. —

Allons, lève les yeux.— Aurais-lu peur, vieillard,

Qu'on te montre la place oi'i frappa le poi-

(Auxassisians.) [gnard?...—

Tout ce qu'on vous a dit, c'est la vérité pure;

DIÉGARIAS,

A rhcuicdc la mort, on ne nienl point, jejme. Qu'il ose en faire autant maintenant.

(A Diégarias, avec iitio ironie insuliante.)

L'oses-tu?

Toi dont le cœur sincère est tout à la vertu.

DiÉGAUiAS, au roi. [trône,

Eh quoi ! c'est devant vous , au pied de votro Au sein de l'Alcazar, devant votre couronne, Dont seul j'ai rehaussé la gloire et la splendeur, Qu'un impudent valet m'insulte , monsei-

[gneur!... — Quoi ! malgré ma vertu hautement proclamée. Malgré mon dévoùnient, malgré ma renommée. Malgré ce que j'ai fait pour vous depuis douze 3Ies services passés, mes services présens, [ans. Mon abnégation aux soins de votre empire, Mon sang versé vingt fois pour votre cause, sire, Quoi! malgré tout cela, quand on me frappe au

[cœur, Vous détournez les yeux, vous vous taisez, sei-

J^gneur?...

C'est fort bien.— Comme vous je me résigne, sire. Cependant il me reste unechoseà vous dire: Ce valet a dit vrai : je suis un juif.

(Mouvetnciit de joie d'Abul-Bekri.)

INÈS, à part.

Hélas!

LE ROI

Ainsi vous nous avez trompé, Diégarias?

DIÉGARIAS.

Ne me condamnez pas, sire, avant dem'entendre. Je dois avoir, au moins, le droit de me défendre.

l'inquisiteur, au roi.

Seigneur, souvenez-vous que vous êtes chrétien, Et que le Christ en vous doit trouver un soutien.

DIÉGARIAS, conlinuant.

Sire, je dirai donc...

L'iNQUlslTËUii, riiuerrompant.

Arriére, arriére infâme!...

Ton souffle tacherait et flétrirait notre âme. —

(Levant les mains au ciel.) [tes mains.

Grand Dieu! toi qui vois tout, toi qui tiens dans L'avenir des états, le destin des humains. Dont on doit redouter lajuslice suprême , Comment as-tu laissé, comme un vivant blasphème. Ce misérable juif abriter sans effroi , Sa sombre impiété sous le manteau d'un roi?...

(A Diégarias.) Avec son crime, enfln, te voilà face à face : Tremble ! tu vas payer ta sacrilège audace.

INÈS

Juste ciel !

l'inquisiteur, continuant.

Sous un nom qui ne fut pas le tien , Juif, lu ne feindras plus le culte d'un chrétien... Sois maudit !

INÈS, se jelam aux pieds de l'inquisiteur, les «laiiis jointes, les larmes aux yeux.

Non. — Pourquoi celte horrible sentence?...

Du Dieu dont vous parlez imitez lu clémence.

Monseigneur... oubliez voire juste courroux...

Ne nous accablez pas... ayez pitié de nous...

Grâce! ma destinée est unie à la sienne...

Grâce! mon père est juif, mais moi, je suis chré-

Vous ne répondez pas... c'est mon père, [tienne...

l'inquisiteur.

J'ai dit.

DIÉGARIAS, à Inès, en lui prenant la main.

[dit...

Sois courageuse, enfant... — Je suis juif et mau-

Je dois donc à moi seul porter ma destinée. —

Dieu l'a voulu.— Je sens, dans mon âme obstinée.

Assez de force encor pour ce nouveau malheur.—

Il faut nous séparer. —Suis les lois de son cœur,

Chrétienne, et laisse-moi.

INÈS

Vous quitter? — vous? — mon père!...

Ne parlez pas ainsi. — Dieu n'a point de colère Pour l'enfant qui remplit jusqu'au bout son de-

[voir. — Partons, je veux ma part de votre désespoir.

DIÉGARIAS, la prenant dans ses bras.

Ma fille !

INÈS

Éloignons-nous.

(Au moment de sortir, Diégarias s'arrête ; ne pouvant dominer son émotion, il s'élance au\ genoux du roi qui est assis, plongé dans ses réflexions.) DIÉGARIAS, se traînant aux genoux du roi.

Monseigneur, grâce... grâce!...

Oh ! l'honneur de ma fille... oh ! l'honneur de ma

[race...

Elle est chrétienne, sire.— Oh! ne me fuyezpas... Mes larmes trahiraient la trace de vos pas... Sauvez-la... sauvez-la...

(Dans son désordre, il a pris la main du roi.)

LE ROI , retirant sa main.

Laissez-moi.

DIÉGARIAS.

Sire... Altesse...

Vous serez vieux un jour, pitié de ma vieillesse... Au nom de votre père... au nom de votre Dieu... Au nom de votre cour assemblée en ce lieu. Grâce!

LE ROI

Je ne puis rien.

DIÉGARIAS.

Sire...-

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