SCÈNE III
Le GEOLIER, I.NÈS, DON JUAN, PÉRÈS.
LE GEOLIER, à la femme voiiée.
Entrez, madame, entrez, c'est Dieu qui vous en-
[voie. — (La fenune relève son voile, c'est Inès. — Elle fait signe à Pérès d'attendre. — Le geôlier courant i don Juan.) Je tiens votre pardon, renaissez à la joie.
DON JUAN, sortant de sa rêverie.
Que dis-tu î mon pardon?
LE GEOLIER, lui montrant le parchemin.
Accordé par le roi. — Son seing vous est connu tout aussi bien qu'à moi. (Il lui remet le parchemin, en lui montrant l'endroit do la signature.) INÈS, s'avaiiçant.
Oui, Son Altesse a fait ce que n'eut fait personne; Oui. monseigneur le cnmlp . (nii, le roi vous par-
Tdonne.
DiKGAUlAS,
Ciel
DOiN JUAM, s(i leiourciaiii.
iM^S, coiitimiaiic.
Mais en pardoniinrit , cotnle, vos allcntats,
Le loi veut qu'à l'instant vous quittiez ses états. —
DON JUAN, pénétré. [dame?
C'est vous qui me sauvez! — Est-il bien vrai, ma-
Est-il vrai '.' — Le passé...' Vous avez pu... Votre
[àme..
Ce sérail là le [)rix de inon lAdie abandon?...—
INÈS
Jlonseigneur...
DON JUAN , se mettant à genoux. Grâce !... (,'ràc'e !... Inès. — Votre pardon.
INÈS
Ke!cvez-vous.
DON JUAN, stfi)|)!iaiit.
Madasiie... —
(Sur un geste d'inùs, il se it'lève.) Ah ! c'est vous, à cette heure, Qui lie (oiiiprcncz pus pourquoi je tremble et
[pleure. — Ke voyez plus en moi l'indigne suborneur DonU'àmc était fermée a uxsentimens d'honneur... Non, ne le faites pas... — C'est une étrange chose. Tout mon être s'épure et se métamorphose. — Oevnnt t;MU de grandeur et tant de dévoiiment, Le parjure, madame, a fait place à l'aiiiant.
INÈS
Je ne me flattais pas d'une telle victoire; Les traits en resteront gravés dans ma mémoire. Il m'est doux de penser que j'ai pu, monseigneur. Reprendre d'un seul coup ma place en votre cœur. Votre reconnaissance est cependant extrême ; Faisant ce que j'ai fait, je n'ai vu que moi-même ; Vous êtes devant Dieu mon légitime époux ; J'ai tout fait par devoir et n'ai rien fait pour vous.
DON JUAN
Si j'ose vous parler de mon amour, madame. C'est que le repentir parle haut à mon âme; C'est que je suis tout prêt à l'expiation; C'est qu'après le forfait vient la punition. — Je n'ai rien respecté dans ma coupable audace ; Je ne veux ni ne dois accepter cette ^ràce.
INÈS
Qu'entends-je! —
Le passé m'impose cette loi.
INÈS
Comte... '
DON JUAN
Vous Vous étiez confiée à ma foi ; Insolent sans remords et cruel sans relâche, Je fus méchant et bas, je fus indigne et lâche,. — J'ai fait plus : j'ai jeté le déshonneur sur vous. Lorsque je n'aurais dû vou.s parler qu'à genoux.— Vous pouvez l'oublier par un effort sublime ; Moi, pour mon châtiment, jcmesouviensdu crime; J'ai rompu tios liens d'amour et d'aniilié ; Je ne >eux licn dc\oir, inadaniv", à la pitié.
iNtS, irés agiléii.
Qui vous (lit que ce soit la pitié qui m'anime? — Des pleurs que j'ai versés vous ai-je fait un Tenez, si vous avez coimu le repentir, [crime?.,. Si j'ai quelque pouvoir, hàtez-vous de partir.,. — Nous touchons, voyez-vous, à quelque instant su-
[prême... —
Votre mort me tuerait, monseigneur,., je vous
DON JUAN , (iomiiiant son énioiion, [aime.
Je partirai,
INÈS, lui prenant la main.
Venez.
IjON JUAN , avec un seniimeni profond et vrai. Je suis libre, est-ce pas ?
liors de cette prison je puis porter mes pas ? Vous ne demandez rien, je peux ne rien promettre. Et garder sur mon front l'impudence du traître... Je le peux d'autant plus que, pervers et cruel , J'ai proclamé mon crime à la face du ciel; Cependant devant Lieu, devant la sainte image Du christ que vous voyez, madame, je m'engage. Que vous soyez ou non juive par vos aïeux. Si vous daignez jamais sur moi baisser les yeux, Effaçant du passé ma souillure et ma honte, A vous poser au front ma couronne de comte,
INÈS, l'entraînant sans l'écouter, (^esl bien,,, c'est bien... Vene^:!
PKRÈS, à don Juan.
Monseigneur, par ici.
DON JUAN, à Inès au moment de sortir.
Au revoir.
INÈS
Comte, adieu.
( il lui haise la main avec émotion ; l'erî-s rentraine. )
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SCÈNK IV.
INÈS, puis LE GEOLIER.
INÈS
Merci, mon Dieu, merci. — (^'onient de silence, elle revient sur le devant de la scène.) [porte...
Que j'aie ou non sauvé mon bourreau, que m'imliieutôt il sera libre et moi... je serai morte. — Ce que j'ai fait d( mande une expiation... Le châtiment sera digne de l'action. —
(Hegiirdant un (lacon qu'elle lient à la main.) Du poison ! — Quelle mori pour une àme chré-
[ticnneî — Mais ([uclle destinée égale a;issi la mienne ?.,, — (tlle sein!;!' dominée par c< s réflexions,) LE GEOI.IKK, à Inès. Il fan vous éloigner.
INÈS, rabaissant son voile.
Je VOUS suis. — Le geôlier osivre la porte. — Diégarias paraiî dans la galeiie. — Inès se jette de côlé.' Dieu : —