‹ Magasin théâtralChapitre 779 sur 1475 · I,ORN · texte numérisé non relu

I,ORN

La couronne.

EDITH

Ainsi, vous prétendez?

LORN.

Succéder à Comyn, si vous me secondez.

Si votre âme embrassant le désir qui m'anime...

EDITH

De votre ambition je serai la victime.

Vous, régner! vous, mon frère!...

LORN-

Allons, remettez-vous...

En vous donnant Ronald, un prince pour époux, Ai-je forcé vos vœux?... Non, vous l'aimez.

EDITH

Je l'aime ; Mais lui, lui! m'aime-t-il?. .

LORN.

A l'instant de lui-même Vous apprendrez, Edith, ce secret important- Quant à moi je ne puis accorder un instant A ces soins puérils, à ces peines légères, Qu'enfantent vos amours et comme eux éphémères. Que vous, femme, y songiez, je le conçois; mais nous. Aux grands projets formés, nous ne sommes jaloux Que de hausser le nom transmis par nos ancêtres... A l'Ecosse mon sang donna jadis des maîtres- Comyn était régent, moi je veux être roi ; Lintérèt d'Edouard m'en répond et j'y croi- 11 érige l'Ecosse en fief de l'Angleterre ; Ainsi je resterai son premier feudataire Jusqu'à l'heure où le sort, sur qui je dois compter, M'aide à briser le joug que j'ai Fair d'accepter... Je le sens, j'y viendrai, je m'en suis fait la règle : Cet épervier couard sorti du nid de l'aigle, Edouard ne pourra conserver bien lonsitemps

Deux sceptres que son père avait trouvés pesants. Celui-ci tombera de sa serre débile; C'est une volonté plus ferme et plus virile Qu'il faut pour gouverner un peuple brave et fier, Pour garder un pays asservi par le fer. Moi j'ai la volonté, j'en aurai le courage. L'orgueil des fils d'Albyn, leur âpreté sauvage, Plieront sous mon adresse ; ou mon bras rude et fort, La douceur échouant, leur offrira la mort. Mais je l'ai dit, ma sœur, et vous le dis encore : Pour atteindre ce jour, dont j'entrevois l'aurore. Il faut que votre hymen s'accomplisse ; laissez Vos scrupules, vos pleurs, vos doutes insensés : Que Ronald vous épouse; après, que vous importe ! Embrassez mon espoir, montrez-vous grande et forte, Et par un sacrifice entier et généreux, Relevez la splendeur du nom de nos aïeux.

EDITH

De tout ce que j'entends, interdite et glacée,

Sur vos projets je n'ose arrêter ma pensée!-..

Quoi, pour réaliser vos rêves de grandeur,

Vous n'avez donc pas craint de jouer mon bonheur.

Tranquille je vivais dans une paix profonde.

Etrangère aux chagrins comme aux plaisirs du monde.

Pour moi tout l'univers était le toit natal,

Et j'ignorais encor ce sentiment fatal

Que l'aspect de Ronald a versé dans mon âaie.

Votre adresse a pris soin d'en irriter la flamme.

Et quand vous supposez qu'enchaînée à jamais,

Je ne puis renoncer à celui que j'aimais.

Vous m'imposez vos lois... que vous m'avez trompée!

Et moi qui vous croyais l'âme tout occupée

De gloire, de combats... mon frère, est-ce bien vous?

Sous ce masque trompeur vous nous abusiez tous.

LOUN.

Tous, sans les vains transports de votre jalousie. Sans les égarements dont votre âme est saisie, Et qui renverseraient les plans que j'ai formés, Ils seraient encor là, vivants, mais renfermés. Oui, je vous trompais tous : cet aveu téméraire Que mon propre intérêt m'ordonne de vous faire, Qu'il demeure secret ; vous seule connaissez Les projets que je cache à tous ces insensés ; Pour eux le seul motif de la guerre civile Est la mort du Régent. S'ils savaient quel mobile Me fait agir, me pousse, et quel est mon espoir. Le plus nul me voudrait disputer le pouvoir. Silence donc Gardez que pas un ne soupçonne

• ACTE H, SCElNK I. ly

Uue, Bruce mort, mon front doit ceindre la countiitie, (,)ue ma vengeance en lui ne poursuit qu'un rival ; Kniin songez qu'un mot vous deviendrait fatal.

EDITH

Et VOUS me choisissez pour votre confidente, Moi •? mais tous vos projets me glacent d'épouvante ! C'est un démon fatal qui vous pousse aujourd'hui : Repoussez ses conseils, luttez, résistez-lui. Mille dont la noblesse est égale à la nôtre Ont un orgueil trop haut pour ployer sous le vôtre ; Rappelez-vous Comyn, et redoutez qu'un jour Le fer d'un Ecossais vous frappe à votre tour.

LORN.

Laissez là les conseils de votre expérience : Ce que je veux de vous c'est de l'obéissance.

Elle ne dépend plus de moi seule.

LORN.

„ , Ah! j'entends...

Et de qui ?

EDITH

De Ronald, de l'aveu que j'attends.

LORN.

Edith, n'oubliez pas...

EDITH-

Ah! tâchez que j'oublie.

Que vous aviez juré de protéger ma vie. Gardez-vous ce serment quand vous me contraignez A des nœuds par Ronald peut-être dédaignés? ""

LORN.

Mais vous vous abusez.

EDITH

^ . Oh ! vraiment. Je l'espère,

Jamais mon fiancé ne sera votre frère.

LORN

L'a-t-ildit?

EDITH

Ses regards me le prouvent, hélas !

LORN.

S'il y songeait!., mais non, il ne l'oserait pas ;

Il sait bien, s'il avait jamais cette insolence.

Que partout le suivraient ma haine et ma venijeance.

Et tous ces grands projets par mon âme nourris,

Se verraient, grâce à lui, perdus, anéantis.

Son alliance est tout; souverain des Hébrides,

Il voit marcher sous lui deux cents chefs intrépides

Qui lui sont dévoués ainsi que leurs soldats : Lui-même a su se faire un nom dans les combats. Il faut que dans nos rangs se montre sa bannière. Et qu'il me serve enfin en servant l'Angleterre. Ainsi donc...

EDITH

Que me font vos plans ambitieux.

Ce que vous appelez l'honneur de vos aïenx. Ce trône où voire orgueil vous asseoit en idée ! De soins bien différents mon âme est possédée ! Quoi ! lorsque froidement vous torturez mon cœur. Quoi ! votre voix railleuse insulte à ma douleur! Quand les purs sentiments qui remplissent mon àmc N'obtiennent rien de vous que dédain et que blàmc, Vous croyez que, docile à vos ordres, j'irais Pour servir vos desseins m'humilier? jamais ! Si Ronald ne parvient à rassurer mon àme, Périssent mon bonheur et ma funeste flamme ! Périssent vos projets, votre espoir de grandeur: Cet espoir inhumain fondé sur mon malheur. Ma résolution est immuable, entière ; Ni supplications, ni larmes, ni prière Ne me feront changer.

LORN.

J'essaierai cependant .

Je suis du sang de Lorn, et vous savez...

LORN.

Enfant !

Vous allez voir Ronald : plus de débats frivoles ; Et surtout pesez bien mes dernières paroles : Il faut, je vous l'ai dit, qu'il soit mon frère. En lui Mes projets de grandeur ont leur plus ferme appui. Mon adresse a dompté sa fougue impatiente, J'ai su me l'asservir... Edith, soyez prudente. N'irritez point Ronald par vos transports jaloux, Ne venez point jeter la discorde entre nous- Surtout n'essayez point de folle résistance. Une lutte avec moi serait de la démence. Ne l'entreprenez pas ; croyez -moi, si jamais Vous entraviez mes pas...

EDITH-

Eh bien ?

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