‹ Magasin théâtralChapitre 859 sur 1475 · URSULE, COLOMBET · texte numérisé non relu

URSULE, COLOMBET

COLOMBET, à part. Ma femme 1 que veut dire?

URSULE, à part. Pourvu qu'il ne se moque pas de moi.

COLOMBET. Mon Dieu , chère amie, cette parure... je ne comprends pas... je ne vous ai jamais vue aussi belle !

URSULE. Vraiment! Oh I j'en suis bien aise !

COLOMBET. Mais pour'juoi donc? Est-ce que vous allez à quelque cérémonie? Car ce n'est pas pour la sœur de monsieur Mathieu.

URSULE Non... c'est pour rester avec vous, Ferdinand.

COLOMBET. Avec moi ! . . Pardon. . . je vous suis obligé... on m'attend, et... {A part.) Mais c'est qu'elle est très-bien ma femme ! une taille charmante...

Pendant ce temps-là elle s'est approchée tt lui a pri~ le bras.

URSULE. Ferdinand!...

COLO.MBET. Lrsule !

URSULE. Il faut que je vous gronde!...

[Il veut se dégager.) Non! oh! non., n'ayez pas peur' . Que je vous gronde eu amie... Vous n'avez pas eu confiance en moi. ..pouviiisje deviner que vous étiez malheureux?...

l.E MARI A LA CAMPAGNE.

SI

que l'ennui vous tuait? . . . Ah ! vous me l'avez dit...

COLOMBET. En effet, il y a des moments... [A part.) Où veut-elle en venir?

URSULE. C'est votre faute., je n'étais qu'une pauvre jeune femme habituée à écouter ma mère, à lui obéir en tout. . Le monde, pour moi, c'était cette maison . Mes plaisù*s, c'étaient mes devoirs . J'ignorais qu'il' y eût ailleurs pour vous d'autres plaisirs, un autre monde qui pouvaient m'enlever le cœur du mariquej aimais... oh! de toute mon âme! COLOMBET, ému, à part. Eh! mais, ce trouble. . . cette émotion . . .

URSULE. Il fallait me le dire. Il fallait m'apprendre ce que j'ignorais . cela m'aurait effrayée d'abord... mais peu à peu je me serais habituée à ces idées-là. J'aurais concilié mes devoirs de fille et d'épouse., j'aurais recherché le mtmde, pour vous plaire. . j'aurais été belle conime le.s autres!.. Dam ! on se résigne. Oh! c'est (jue rien ne doii coûter pour conserver le cœur de celui qu'on aime! Tu le vois bien , Ferdinand ! ..

COLOMBET. Ursule , lu ne m'as jamais parlé ainsi... jamais tant de bonté... Mais je serais tombé à tes pieds, je t'aurais ouvert mon cœur!... C'est que, vois-tu, iremblant près de ta mère , dont la volonté te gouvernait partout, j'aurais craint de l'alarmer .. de le causer un chagrin...

URSULE. Et c'est pour cela que tu me trompais, que tu m'as rendu si malheureuse! Mais n'en parlons plus... Désormais, tu ne dois plus me quitter. Je t'entourerai de ceux que lu aimes, des plaisirs que tu préfères et que je veux partager avec toi!. Je serai un peu gauche, d'abord, comme à présent, mais tu me formeras. . je danserai pour te plaire... je valserai même, s'il le faut...

COLOMBET. Toi, ma femme!

URSULE. Oui, oui, je valserai,etdèscesoir. .. COLOMBET. Ce soir!.. Mais c'est un rêve!...

URSULE. Non, non , tu es bien éveillé et moi aussi... En ce moment tes amis. . ces amis que ma mère avait éloignés et que tu n'as pas su retenir... tu as eu tort! .. je les rappelle... ils arrivent... ils vicnn^'ni tous fêter avec nous le retour de mon mari, t)otre premier jour de confiance et de bonheur... Mais lu resteras... tu n'iras plus porter ailleurs un cœur qui est à moi , un amour que je veux tout entier.

COLOMBET. Oh! tuesunange! Moi, te quitter, le fuir, non, jamais!

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Mais voyez donc ma femme! comme elle est bien ainsi I

PAULINE Et moi, mon frère?...

COLOMBET. Et si VOUS saviez que de dévouement , de vertu! Un bal! elle me donne un bal! .. ^^

CÉSAR. Sans doute , et déjà nos amis te demandent L'orchestre est arrivé...

URSULE. Je vous invite pour la première contredanse, monsieur!... '

COLOMBET. Et pour la seconde, et pour toutes les autres. . . et pour la valse. Ah 1 j'en perds la tête de joie! Venez.. .

CÉSAR. Nous sommes sauvés!...

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SCRNR XIV.

Les Mêmes, CÉSAR, PAULINE.

COLOMBET. Ah! mes amis! César, Pauline!

SCÈiN'K XV.

Les Mêmes, EDMOND, puis M-"* D'All,UEPEMSE. MATHIEU.

EDMOND, accourant Madanied'Aiguepersel

COLOMBET. Nous sommes perdus!...

URSULE. Ma mère!...

PAULINE. Où me cacher!...

CÉSAR. Eh non, morbleu! .. ^'.'esi le moment d'avoir du coura;{e... Vous êtes les maîtres, vous êtes chez vous tenez ferme.

COLOMBET c'est cela, nous sommes à présent deux contre elle . je ne crains rien... Ah! surtout, ne me quittez pa-!..

Mme d"Aigueperse paraît au fond; M. Matliieu la suit, et prend vivenit-nt part à toute la scène sans mot dire.

M" d'aigueperse *. Qu"esl-ce donc? Que se passe-t-il? Cet éclat mondain .. cet orchestre... qui donc a autorisé un pareil désordre?

PAULINE, à part. Un bal! Elle appelle cela un désordre.

CÉSAR. Permettez, madame...

M"" d'aigueperse. Je ne vous parle pas, monsi*-ur, c'est à ma fille. O ciel ! que voisjel... Cette parure! Et Pauline, mafdie... ma fille . . expliquez-moi !...

URSULE. Quoi, ma mère? Ne voyez-vous pas que c'est une soirée?

EDMOND. Que monsieur Colombct...

M*"' d'aiguephrse. Je ne vous parle pas, monsieur. El vous, mon gendre, me direzvous ce que cela signifie?

COLOMBET, hésitant. Cela signifie , belle man)an , que...

césar, bas à Colombet. Va donc! va donc!

COLOMBET, avec assurance. Cela signifie qu'après les devoirs viennent les plaisirs... et (|u'il est bien tem;s que ma pauvre petite femme les connaivve un peu!

M'"* d'aigueperse. ( rsulel...

URSULE. C'est une fêle que je donne à mon maii!

coLo.viîET. C'est un bal que je donne à

ma femme !

• Edmond, M.Mathieu, M™» d'Aigueperse, Colombet, Uriule, Céssr, un p«u en arrière Pauline.

CÈSAH. Voilà!

M"" d'aiguepkrse. Une fête... un bal!... et vous avez cru que j'accorderais ma permission. .

COLOMBET. Nous ne l'avons pas cru, belle maman... ah! Dieu!... aussi nous ne l'avons pas demandée... Et du moment que cela convient à ma femme...

URSULE. Du moment que cela plaît à mon naH. ..

CÉSAR. Au fait!

M"* d'aigueperse. Et moi , je ne puis assister à un pareil scandale.

COLO.Mr.ET. Mais, bplle maman, vous n'êtes pas forcée d'y assister.

UKSL'Lfc:. On ne dansera pas dans votre chambre , ma mère.

M"" d'aigueperse. Eh mais, il ne manquerait plus... Mais si je comprends... c'est un complot... oui, un complot! On a exigé cela de vous, mon gendre... car vous n'avez pas de volonté 1

CÉSAR. Oh!

Colorabet relève Oèrement la tête.

M"* d'aigueperse. Cette idée-là ne vous serait jamais venue ! Elle est entrée dans cette maison avec certaines gens qui vont en sortir. . . en sortir sur-le-champ , ou je n'y resterai pas.

COLOMBET , piqué. Dam 1 belle maman. . . on se quitte... mais on ne s'en aime pas moins.

URSULE. Ferdinand!...

M"* d'aigueperse. Mon gendre!... vous oubliez que vous êles ici...

COLOMBET. chez moi!... belle maman...

ce fjui nV Mipèche pas que vous n'y soyez chez vous!... Je respecte vos goûts, mais j'ai les miens... Vous êtes libre, mais je veux l'être aussi.. .

M"* d'aigueperse. Mais...

COLOMBET, l'interrompant. Parce que f ai une volonté... et je veux recevoir mes amis... je les recevrai toutes les semaines... et gaiement... je vous en préviens...

M"'" d'aigueperse. Mais...

COLOMBET, de même. Et je veux faire danser n)a femme, quelquefois, souvent même, si cela lui fait plaisir...

M""* d'aigueperse. Mais...

COLOMBET. Et je ne veux plus autour de moi de ces mines maussades et renfrognées qui me mettaient en fuite !

M"' d'aigleperse. Mais...

COLOMBET. Je ne veux voir que des figures heureuses et joyeu.ses... Voilà ce qui me

plaît, voilà ce que je veux , parée que j'ai une volonté!... parce que je suis le maître è la fin... Mais je ne force personne, je ne retiens personne, et je laisse à chacun ses habitudes, ses plaisirs et sa liberté !

M*"* d'aigueperse. Mon gendre!

PAULINE. Il va 1 il va !

M"" d'aigueperse, suffoquant. {A Mathieu.) Respectable ami, soutenez-moi ! (.4 Colombet. ) Vous m'avez dit... je dois... mai? non... Vous vous perdez je vous abandonne... Venez, ma fille, sortons...

URSULE, allant vivement à Colombet. Ma mère!... oh! non... Ferdinand veut mon bonheur... ses plaisirs doivent être les miens Il ne se perdra pas... non. .. je serai là pour le sauver.

M""* d'aigueperse. Ursule I

URSULE. Vous m'avez dit de lui obéir... et c'est mon mari, ma mère !

M"* d'aigueperse. Ursule!... malheureuse enfant ! mais Pauline, du moins, qui n'a pas de mpri... heureusement...

COLOMBET. Si fait... c'est-k-dire... elle a ici un futur qui peut la faire danser, parce qu'il 1 épousera, parce que je le veux, parce que fat une volonté .' el c'est Edmond...

Il les prend par la main, les uoit, et revient se plac«r, avec Gerté, entre sa femme et sa b«Ue-mère.

PAULINE. Edmond !

EDMOND. Quel bonheur !...

CÉSAR. Bravo !.. .

M"" d'aigueperse. Pauline! vousoseriez!

PAULINE. Il faut bien aussi que j'obéisse ! ( Montrant Colombet. ) C'est mon tuteur, c'est mon frère, madame !

M°" d'aigueperse. Mais c'est une révolte!...

CÉSAR, gaiement. Non... c'est une révolution ! ( .Se plaçant entre elle et monsieur Mathieu. ) Qu'en pense ce bon monsieur Mathieu? {Monsieur iMathieu le regarde de même. L'orchestre se fait entendre. ) Eh I mais, entendez-vous? la première contredanse?

EDMOND. Eh! vite! mademoiselle!...

COLOMBET. Ma femme I

M"' d'aigueperse, lesarrêtant Ursule!...

aujourd'hui vous dansez avec votre mari... mais demain...

URSULE. Demain, je quêterai avec vous, ma mère !

Colombet fnimène Ursulo ; Edmond, Pauline, M"« d'Aigueperse et M. Mithitu se regardent d'un air de désolation, et César iail un geste de ioie.

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IJtris. — luiDrimorie- de Bovlé. rue Coa-Hëron, &.

MARIE

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