I.OIISE, galmentet se levant
Nous ne serons pas en této-à-tete, je le sais bien, et à peine pourrai-je vous parler et vous voir, mais je saurai que vous êtes là, derrière mon fauteuil... (vivement.) Rassurez-vous, je ne me retournerai pas... mais si je le v( ulais... il ne tiendrait qu'à moi, et c'est beaucoup... Et puis le plaisir d'être belle... à vos yeux... car je serai superbe et on me regardera... tvivement.) Je n'y ferai pas attention, je vous le promets... mais vous... j'espère que vous le verrez... Aussi le spectacle peut éire mauvais .. impunément... je vous promets d'avance que je serai ravie , et que tout me paraîtra délicieux!
EMMERIC.
En vérité!., je ne sais comment vous dire...
LOUISE
Eh! quoi donc. Monsieur?
EMMERIC.
Que je ne pourrai demain... vous accompagner.
LonsE.
0 ciel!., quelque chagrin... quelque malheurqui vous arrive... Non... cen'estdoncqu'une allaire... celle dont on me parlait tout à l'heure, une afl'aire importante... pour vous... pour vos intérêts? Il faut y aller, Monsieur, il le faut... Je resterai... je trouverai un prétexte... je renoncerai à mon plaisir... ou plutôt il n'y en a plus pour moi , dès que vous n'y serez pas , et puis ce sera une raison pour qu'aujourd'hui vous veniez dîner ici et passer la soirée ; je vous engage.
EMMERIC.
Moi!..
Loris'E.
Je le peux... j enai le droit... On m'a reproché de ne jamais vous inviter... et on avait rai son... je ne l'osais pas... je ne l'ose jamais... Pardonnez-le-moi... j'ai tant de motifs...
Je lésais...
LOUISE
Tant de raisons de trembler... ce monde qui nous observe et semble nous deviner, ces rivaux dont la jalousie s'éveille...
EMMERIC, vivement.
Ce n'est que trop vrai !..
I LOUISE
i D'autres dangers plus terribles encore... d'autres reproches d'autres tourmcns les
miens... je ne vous en parle pas! Encore quclqu<s jours, et un meilleur avenir se i)réparc... nous aurons moins de gêne , d'inquii tutle , de contrainte; car on doit s'éloigner... o;) doit partir... on me l'a dit. (Vivement.) Et, vous ne savez pas, on voulait m'emmener! Moi, quitter Paris!., moi, vous quitter!., jamais!
EMMERIC, à part.
0 ciel !
LOUISE
Ce soir, du reste, etàdîner.on vous en parlera, sans doute.
EMMERIC.
Non, Louise... je ne viendrai pas.
LOUISE, étonnée.
Ni ce soir... ni demain"?..
EMMERIC.
Ni demain.
El quand donc, mon ami, quauvl donc?
EMAIERIC.
Jamais!., je ne dois plus vous revoir...
LOUISE
Ce n'est pas possible !.. J'ai mal entendu!., ce n'est pas vous qui parlez !
EMMERIC.
Non... c'est une voix plus forte et plus puissante que la mienne... celle de l'honneur et de la reconnaissance... Il y a au monde un fardeau plus pesant que mes remords! des bienfaits contre lesquels je lutte en vain! une amitié qui m'opprime et m'accable... celle de votre mari!.. Je lui dois trop !
LOUISE
Et à moi. Monsieur, ne me devez-vous rien? Ces reproches que vous vous adressez... croyezvous qu'ils me soient inconnus?., croyez-vous donc que je ne m'indigne pas comme vous de trahir et de feindre? Et tout à l'heure encore... avant votre arrivée, touchée de sa franchise... de sa loyauté... j'allais tout lui avouer
EMMERIC.
0 ciel!..
LOUISE
J'ai pensé à vous, et je mesuis arrêtée... Oui, Monsieur, je tremblais pour vous... pour vous seul... car, inoi,je savais comment me défendre: je lui aurais demandé si l'esclave qu'il avait si long-temps opprimée et méprisée n'avait pas le droit de briser sa chaîne... je lui aurais rappelé l'indigne rivale à qui il m'avait sacriliée dès le premier jour de notre mariage... et ces affronts, que j'ai subis en silence... je les lui aurais prouvés... J'ai les lettres... je les garde... c'est ma défense, ma justification... si rien au monde pouvait me justilier.
EMMERIC.
Que dites-vous ?
LOUISE
Non... non... je ne m'abuse pas!.. Excusax ble peut-être à ses yeux, je ne le suis pas au, miens, et cependant vous savez si j'ai combattusi j'ai résisté au penchant qu im'entraînait et
doiil j'aurais triomphé... si une nouvelle fatale et iiicnso!)gèie ne m'eût abusée... Je me suis crue libre... et alors, malgré la distance qui aux yeux (lu monde pouvait nous séparer.... c'est moi... car j'étaisla plus riciie, c'est moi, vous le savez, qui vous oll'ris ma foi tune, nia main... car je vous aimais... et quand le bruit de celte mort faussement répandu... fut cnlin et trop tard dcluenti... un amour que j'avais cru noble et légitime devenait une trahison... j'étais coupable... car j'étais esclave... Il m'était défendu devons aimer... au moment même où je vous aimais plus encore... où je vous aimais pour toujours!..
KMMKRIC.
Ah! ce n'est pas vous... c'est moi qu'il faut accuser... c'est moi, qui ne mérite pas de grâce!
LOL'ISE.
Tant mieux !.. j'aurai plus de bonheur encore à vous pardonner î et s'il n'existe pas d'autres raisons!..
Il en existe... qui me ^ont personnelles... qui viennent de moi... de ma volonté...