SCÈNE VllJ
M. DE SALNT-GERAN, LOUISE , entrant vivement, HECTOR.
LOUISE , à M. de Saint-Geran.
Ah! Monsieur... que je vous fasse part de la lus heureuse rencontre...
M. DE SAiNT-Gi'.uA.V , l'interrompant.
M. Hector Ballamlard, notre avoué... notre ami... que j'ai rhonnciir de vous présenter. (Louise lait à Hector une profonde révérence.)
HECTOR, à part.
Dieu! quelle est belle'.. (S'interrompant.) C'est égal, à ce prix-là j'aime mieux ne pas la regarder.
M. DE SAINT-GERAN, Souriant.
Un homme de talent... quand il n'a pas mal à la tête...
HECTOR, cherchant à sourire.
C'est vrai... j'y suis très sujet... (S'arrêtant. ) Qu'est-ce que je dis là?
M. DE SAINT-GERAN, à Hector.
Trop de modestie... (A Louise.) Je me suis permis de lui olfrirpour demain, et sans vous consulter, une place dans votre loge à l'Opéra. LOUISE , (le l'air le plus aimable.
Vous étiez sûr d'avance de mon aveu et de mesremercîmens...
M. DE SAINT-GERAN.
11 y viendra avec Emmericd'Albret, son ami... qui vient do nous le promettre.
LOUISE , fait un geste de joie", se reprend et dit
fioidement.
C'est fort bien à lui... et j'en suis charmée.
M. DE SAINT-GERAN, SOUliailt.
C'est-à-dire que cela vous contrarie.
LOUISE, froidement.
Nullement !
M. DE SAINT-GERAN.
Mon Dieu!., je le vois... je vous connais...
LOUISE
Vous vous trompez !
HECTOR, à part et se détournant.
J'ai peur que dans mes yeux ils ne s'aperçoivent...
LOUISE
Et la preuve... c'est que vous aurez, Monsieur, d'après vos désirs... de bonnes nouvelles à lui annoncer...
M. DE SAINT-GERAN.
Comment cela ?
LOUlaE , vivement et a\cc joie.
Ah! c'est un hasard unique... impayable... mais aujourd'hui j'ai du bonheur... tout me réussit.
HECTOR, à part.
Ce n'est pas comme à moi !
LOUISE
J'allais sortir pour une visite que vous m'aviez priée de faire, lorsqu'uiie voiture entre dans» la cour de l'hôtel... Je voulais déjà faire dire que je n'y étais pas... et l'on m'annonce... vous ne le devineriez jamais... mon oncle...
HECTOR, vivement et à part.
Celui de la Marti... (s arrêtant. ) Qu'est-ce je dis... il est mort?..
LOUISE
Ce cher oncle !.. qui m'aime tant et que je ne vois jamais !.. C'est l;)ut naturel. .. quand on est ministre... on n'a pas le temps d'avoir une famille ou des amis... on se doit tout entier... M. DE SAINT GEUAN, froidement.
A ses ennemis!
LOUISE, gaiment.
Conmic vous dites... Monsieur... J'ai sur-lechamp songé à ma pétition ou plutôt à la vôtre... et avec le sourire le plus gracieux... le ministre a daigné me répondre que c'était une personne de l>iieiil, ce qui est vrai, à qui il avait déjà pensé... ce qui n'était peut-être pas vrai... et il n'eu a que plus de mérite...
M. DE SAINT-GERAN.
C'est donc accordé?..
LOUISE, gairacnt.
Eh! oui. Monsieur...
M. DE SAI>;t-gei\AN , passant près" d'Hector. Vous l'entendez? Emmeric, votre ami, a la croix d'honneur...
HECTOR, balbutiant.
J'en suis ravi !
M. DE SAINT-GERAN , souriant.
Vous ne serez pas le seul... 11 y a quelques personnes de par le monde à qui cette nouvelle fera encore plus de plaisir.
LOLISE.
A qui donc ?
M. DESAIXT-GERAN, à demi-voix et à l'oreille de sa femme.
A son beau-père et à sa prétendue...
LOUISE, stiipéiaite.
Son beau-père!..
M. DE SAINT-GERAN, de même cl gaiment.
Eh! oui... c'est làrafTaire dont nous nous occupions... et dont il ne fallait pas parler avant qu'elle ne fiit certaine... elle l'est maintenant... De celte faveur, de celte justice , dépendait son mariage... et c'est à vous qu'il le devra... (A Hector.) Aussi, et comme les bonnes nouvelles n'arrivent jamais trop tôt... Je m'empresse d'annoncer celle-ci à son beau-père.
LOUISE, à part.
Et sa visite de ce matin... ses détours... son embarras... Ah! quelle fausseté!
(Louise est debout à gauche du théâtre. M. de Saint- Geran, après avoir repris sur la table à gauche les papiers qu'il y avait laissés, entre dans le cabinet à gauclie dont la porte' reste ouverte. Hector remonte le théâtre et gagne doucement la porte du iond. Louise se retourne et l'aperçoit.) LOUISE, cacliautson trouble et affectant un air gracieux.
Monsieur... Monsieur Ballandard...
UtCTOR , revenant près d'elle et redescendant à gauche. * Madame la Comtesse!., (a part et b regardant.)
* ncctor, Louise.
Dieu! comme oilc trem!)le!... cl moi aussi!.. LOUISE , affectant de sourire.
Il s'a^'it doue d'un mariage pour M. Emmcric d'Albrcl?..
ni*:CTOR , lui répondant avec trouble, et regardant toujours du côté du cabinet à gauche.
Mais, oui... du moins il en est question.. . on en parle vaguement.
LOUISE, cherchant à se contraindre.
Ah!.. Avec qui?
HECTOR , baissant la voix.
Je ne sais... je l'ignore.
LOUISE
Vous, son ami intime?..
HECTOR
li estt rès discret, très caché... il ne dit ric:i.
LOUISE, avec plus d'émotion.
Le nom , la demeure de son beau-père, de sa prétendue?..
HECTOR
Je ne m'en doute même pas.
(M. de Saint-Geran rentre dans ce moment, tenant une lettre à la main.) M. DE SAINT-GERAN.
Voici mon message à la famille... et je vais envoyer...
(Louise va à la table à droite et sonne. Paraît au fond du théâtre un domestique eu livrée.)
LOUISE , traversant le théâtre, prenant la lettre des mains de son mari, et s'adressant au domestique.
Julien !.. vous porterez cette lettre. (Jetant les
yeux sur l'adresse qu'elle lit en tremblant.) A... M.
Clérambeau... négociant... hôtel de Castille...
boulevart des Italiens.
M. DESAINT-GEKAN, au domestique.
Sur-le-champ!., car, à cette heure, toute la
famille doit être rassemblée !
LOUISE , sur le devant du théâtre et avec résolution. Tant mieux!.. (Au domestique.) Julien, mes
chevaux.
HECTOR, à part.
Bonté divine !.. tout est perdu!
(Le domestique sort par le fond. M. de Saint Geraii et sa femme par la gauche. Hector Jcs salue et sort vivement par le fond,)
FIN DU DF.rXlKME ACT!