SCÈNE L
ALINE, EMMERIC, HECTOR.
ALINE
Eh bien! Monsieur, il faut que ce soit moi qui vienne vous chercher! J'ai entendu partir la voilure de M"" de Saint-Gerau... Et ces obstacles-tlont il était question?
EMMERIC.
Rien , rien.
HECTOR
Il n'y en a plus.
ALINE, avec jo'e.
A la bonne heure ! Tout le monde est arrivé, excepté le notaire et mon parrain... les deux personnes les plus essentielles... après nous, cependant! Kt vous, M. Ballandard, voilà une demi-heure que Victoria vous cherche de yeux, et elle m'a demandé deux fois où était M. Hector.
HECTOR, bas, à Emmeric.
Tu le vois... elle ne peut plus se passer de moi.. Je cours près d'elle. (li sort.)
ALINE , allant à des domestiques qui paraissent au fond.
Et vous , les glaces , le punch , qu'il faut faire circuler. Dépéchez vous.
LE DOMESTIQUE
Oui, Mademoiselle.
EMMERIC , souriant.
En vérité, vous vous occupez de tout! •
ALINE
C'est notre devoir à nous autres; mais... <!i!and je tiendrai notre ménage , ce sera bien
mieux encore. (Montrant le salon tt gauche.) Je rentre. Et vous aussi, n'est-ce pas?.. On pourrait penser que je reste ici pour causer avec vous. C'est peut-être vrai... (S'enfuyant.) Adieu, ^lonsieur ! (Se frappant le front.) Ah! mon Dieu!., moi, à qui vous supposez une si bonne tète... Un petit billet que j'oubliais... et que votre groom vient de descendre pour vous.
EMMERIC, prenant la lettre en regardant Aline.
Merci, ma cousine, merci, (jetant les yeux sur l'écriiure.) 0 ciel!.. (Il traverse vivement le théâtre. Aline, pendant ce temps, s'est retournée vers deux domestiques qui viennent d'entrer par la porte du loud , portant des plateaux de rafraichissemens.) Vous, dans le grand salon. (A un autre domestique.) Vous, dans la chambre de mon père et dans le boudoir... Et les tables de jeu à organiser... (AE:nmeric.) Vous venez... n'est-il pas vrai? EMMERIC, troublé.
Oui... oui... Je vous suis...
(Elle sort par la porte à droite , celle du boudoir, au
moment où rentre Hector par la porte à gauche ,
celle du salon.)
HECTOR , vivement.
Une glace !.. une glace !.. pour M"* Victoria. (Levant les yeux et apercevant Emmeric, qui est près de la table à gauche.) Eh bien! il chancelle!., il se trouve mal !.. Est-ce l'excès du bonheur? (Courant à lui.) Mon ami !..
EMMERIC , vivement.
Tais-toi... tais-loi.
HECTOR
Qu'as- tu donc?
C'est d'elle... c'est de la comtesse... Tiens, lis.
HECTOR, lisant.
(I Mon mari a tout découvert... Il sait tout!»
(Tremblant.) Ah ! je n'ai pas la force d'achever.
EMMERIC. lui prenant le billet.
« Je n'ai plus que vous seul au monde pour me
I) défendre ou me donner conseil. Je suis chez
«vous... je vous attends. ■>
HECTOR, avec colère.
Qu'est-ce que je te disais? Ça ne finira pas... ça ne finira jamais.
EMMERIC, avec désespoir.
Et au moment le plus heureux de ma vie! Adieu, mon ami... adieu !
iiEcron.
Est-ce que tu iras près d'elle?
EMMERIC.
Et le moyen d'hésiter sans être un infâme? C'est pour moi... c'est par moi... qu'elle a tout perdu, son rang, sa fortune, sa réputation. Et puis, n'y a-t-il pas un homme d'honneur que 'ai offensé et outragé ?
HECTOB.
Ah ! ne me dis pas cela.
EMMERIC.
Et demain, sans doute... C'est iuste... ma vie lui appartient... et j'irai la lui offrir. HECTOR, hors de lui.
Tu n'iras pas!
EMMERIC.
. Silence!., et calme-toi! Tâchons de conser-
ver quelque sang-froid. Songeons d'abord à cette malheureuse femme., .à son départ... à sa fuite... Il faulde l'argent, et beaucoup... Je n'en ai pas!..
HKCTOR.
Qu'importe? puisque j'en ai...
EMMEUIC.
Et dès qu'elle sera en sûreté... Viens!., parlons!.. (S'arrêtant.) Mais mon oncle... mais ma cousine?..
UKCrOR, remontant à tranche vers le salon.
Et tout ce monde qui est invité!., et ce contrat que l'on va signer !
EMMKRIC , qui a passé à droite.
Impossible !.. je refuserai! Mais être témoin <!e la douleur d'Aline, de son désespoir... des reproches de son père et d'un pareil éclat... Non... non... je n'en ai pas la force! Qu'ils ne sachent rien ce soir... Demain, seulement... demain, tu viendras... tu leur apprendras tout quand je serai tué...
HECTOR
Que dis-tu?
EMMERic, froidement. Est-ce que cela peut être autrement?
HECTOR, hors de lui.
Tué!., tué !.. Je ne le veux pas.
EMMERIC.
Silence!..
HECTOR
Mais c'est absurde !.. Se battre et se faire tuer OU fuir en pays étranger pour une femme qu'on n'aime plus!., et, pour elle, abandonner...
EMMEUIC.
Mais tais-toi donc!..