‹ Magasin théâtralChapitre 951 sur 1475 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

je me croyais au parleinenl, et je vous fais subir un cours de politique, à vous, mon jeune ami, qui avez bien d'autres ré\es en tète... des rêves de fortune et d'amour.

MASUAM.

Qui vous la dit?

bolingbkokl;.

Vous-ni-'me !.. Je vous crois très discret quand vous êtes éveilkS- mais je vous préviens qu'en (iormanl vous ne l'êtes pas.

MAsUAM.

Esl-il possible"?

BOt.I.Nf.BKOKlî.

Je vous ai entendu vous féliciter en rêve de votre bonheur, de votre fortune, et vous pouve? me nommer sans crainte la griindc dame à qui \o\is la devez.

MASilAM.

Moi?

UOLI>GBBOKE.

A moins que ce ne soit la mienne ! . auquel cas je ne vous demande rien !... je comprendrai...

Vous êtes dans l'erreur! je ne connais pas de grande daine ! Il (■.•;t quelqu'un, j'en conviens, qui, sans se faire co-nnaitre, ma servi de prolecteur... un ami de mon père... vous peut-être?...

BOLINGBBOKE.

]\on vraiment...

* HASHAM.

■Vous êtes le seul cependant que je puisse soupçonner. Orphelin et sans fortune , mais fils d'un brave gentilhomme tué sur le champ de bataille, j'avais eu l'idée de demander une place dans la maison de la reine: la difficulté était d'arriver à sa majesté, de lui présenter ma pétition ; et un jour d'ouverture du parlement, je me lançai inlrépidement dans la foule qui entourait sa voiture; j'y touchais presque lorsqu'un grand monsieur^ heurté par moi , se retourne et, croyant avoir affaire à un écolier, me donne sur le nez une chiquenaude.

BOLINGBUOKE.

Pas possible:

HASHAM.

Oui, monsieur... je vois encore son air insolent et ricaneur... je le vois, je le reconnaîtrais entre mille, et si jamais je le rencontre... Mais dans ce moment la foule, en nous séparant, m'avait jeté contre la voiture de la reine à qui je remis ma pétiiion... elle resta quinzejours sans réponse. Enfin je reçois une lettre d'audience de sa majesté!... Vous jugez si je me hâtai de me rendre au palais, paré de mon mieux , et à pied pour de bonnes raisons... J'étais près d'arriver, lorsqu'à deux pas de Saint-James, et vis-à-vis d'un balcon où se tenaient de belles dames de la cour, un équi^iage qui allait plus vile que moi m'éclabousse de la tête aux pieds, moi et mon pourpoint de salin, le

seul dont je fusse propriétaire... et pour comble de fatalité, j'aperçois à la ()ortière de la voilure... ce même individu, l'homme a la chiquenaude... qui riait encore... Ahl dans ma rage, je m'élançai vers lui ; mais l'équipage avait disparu, cl furieuï, désespéré, je rentrai à mon modeste hùtol, ayant manqué mon audience.

BOLI>GCBOKE.

Et votre fortiaie!

1UASUA.M

Au contraire.! je reçus le lendemain, d'une personne inconnue, un riche babil de cour, et, quelques jours après, la place que je demandais dans la maison de la reine. J'y étais a peine depuis trois mois , que j'avais reçu ce que je désirais le plus au monde, un brevet d'enseigne dans le régiment des gardes.

BOM^GBBOKC■

En vérité ! Et vous n'avez aucun soupçon sur ce protecteur mystérieux.

MASHAM.

Aucun!. . il m'assure de sa constante faveur, si je continue à m'en rendre digne... Je ne demande pas mieux... ce qui me paraît seuleineiu gênant et ennuyeux... c'est qu'il me défend (e me marier...

BOLINGCKOKE.

Ah! bah!

MASUAM.

Craignant sans doute que cela ne nuise à mon avancement.

BOLiNGBitOKE, riant.

C'est là la seule idée q-ie celle défense ait fait naître en vous?

MASHAM.

Oui, sa-is doute.

B0Li>'G380;iE, de ini'nie.

Eh bien! mon cher ami. pour un ancien page (!e la reine et pour un nouvel offiiier dans les gardes, vous êtes d'une innocence biblique...

MASUAM.

Comment cela?

BOLIXCBKOKE, de même.

C'est que ce protecteur inconnu , est une protectrice...

MASHAM.

Quelle idée !

BOLl.NGBUOiiE.

Quelque grande dame, qui vous porte iniéici...

MASUAM.

Kon, monsieur... non, cela n'est pas possible!

BOLINGBROKE

Qu'y aurait-il d'étonnant?.,. La reine Anne, notre charmante souveraine , est une pcrhunne fort respectable, et fort sage, qui s'ennuie royalement... je veux dire autant que possible!... mais à sa cour , on s'amuse beaucoup!... toutes nos lailys ont de petits protégés , de Jeunes officiers

LE VERRE D EAU

fort aimables, qui, sans quitter le palais de Saint- James, arrivent a des grades supérieurs.

MASUAM.

Monsieur!.

BOLIJîGBROKE.

Fortune d'autant plus flatteuse qu'elle n'est due qu'au mérite personnel.

MaSUAM.

Ah ! c'est une indignité... et si je savais... BOLiNGBROnKE, allant s'asseoir près de la table à

gaufhe.

Après cela... je peux me tromper , et si réellement c'est quelque grand seigneur ami de votre père... lais.sez venir les évônemens... laissez-vous faire ! Ah ! si on vous ordonnait de vous marier... je ne dis pas... mais on vous le défend... il est clair que ce n'est pas un ennemi... au contraire... et lui obéir n'est pas si difficile...

MASHAM, debout près du f.iuteuil où est assis Bolingbioke.

Mais si vraiment... quand on aime quelqu'un... quand on est aimé...

BOI.INGBROKE.

J'y suis!... l'objet de vos rêves : la personne à qui vous pensiez tout à l'heure en dormant.^

MASHAM.

Oui, monsieur... la plus aimable, la plus jolie fille de Londres, qui n'a rien... ni moi non plus... et c'est pour elle que je désire les honneurs et la richesse^, j'attends, pour l'épouser, que j'aie fait fortune.

BOLINGBUOKE.

Vous n'êtes pas encore très avancé... et elle de son côté ?

MASUAM.

Bien moins encore!... oiplieline comme moi, demoiselle de boutique dans la Ciié, chez un ritiie joaillier... maître Tomwood...

B0L1>GBU0KE.

Ah ! mon Dieu!

M A su A. VI.

Qui vient de faire banqueroute... Elle se trouve sans place et sans ressource.

BOLiNf.EKORE, Se levant.

C'est la petite Abigail...

MASUAM.

Vous la connaissez?

BOLINGBROKE

Parbleu, du vivant de ma femme... je veux dire quand elle vivait près de moi... j'étais un abonné assidu des magasins de Tomwood... ma femme aimait beaucoup les dianians, et moi , la bijoutière... Vous aviez raison, Masham, une fille charmante, naïve, gracieuse, spirituelle...

MASHAM.

Eh! mais, à la manière dont vous en parlez .. est-ce que vous en auriez été amoureux?...

Pendant huit jours! et peut-être plus! si je n'avais pas vu que je perdais mon temps... et je n en »i pas à perdre... maintenant surtout... mais j'ai

gardé à lette jeune fille... une a.mitié véritable, et voici la première fois que j'éprouve un regret... non d'avoir perdu ma fortune, mais de l'avoir si mal employée... je serais venu à votie aide... je vous aurais mariés... mais pour le présent des dettes , des créanciers qui sortent de dessous terre... et pour l'avenir pas même l'e"^ • rame... les bicrs de ma famille reviennent tous à Ri( hanl Bolir'fïbroke , mon cousin , qui n'a pa» envie de me les laisser... car, par malheur, ii c-t jeune, et comnic tous les sots il se porte à merveille... mais nous pourrions peut-être à la cour... chercher pour Abigail...

MASHAM.

C'est ce que je disais... une place de demoiselle de compagnie, près de quelque grande damo qui ne soit ni impérieuse, ni hautaine...

BOLINGBROKE, secouanl la lêle.

Ce n'est pas aisé à trouver.

MASHAM.

J'avais pensé à la vieiUe duchesse de Norlfiumberland, qui, dit-on, chenhe une lectrice.

C01.I>iG»I{0ttE.

Cela vaut mieux... elle n'est qu'ennuyeuse à périr,

MASUAM.

Et j'avais conreilié a Abigail de se présenter chez elle, ce malin; mais l'idée seule de \enir u palais de la reine la rendait toute iremLlante.

BOLINGBllCKE.

N'importe... l'espoir de vous y trouver, elle y ' viendra... et tenez... tenez... monsieur l'ollicier des gardes, que vous disais-jeî.. la voici.

cogoooooooooooooosooo&ocoooooooooooooooooooooooooo^o

SCKNE III.

BOLIIS'GBROKE , ABIGAIL , MA.SILAM.

ABIGAIL.

M. de Saint-Jean ! (Elle se retourne vers Masham à qui elle tend la main. )

BOLINGBltOKE.

Lui-même, ma chère enfant; et il faut que

vous soyez née sous une heureuse étoile!...

la première fois que vous venez à la cour, y

trouver deux amis ;... rencontre bien rare en ce

pays !...

ABIGAU-, gaîiuent.

Oui , vous avez raison , j'ai du bonheur!... surtout aujourd'hui...

.MASUAM.

Vous voilà donc décidée à vous présenter chez la duchesse de Nortbuinbcrland?

AKIGAIL.

Vous ne savez pas i jui appris que la place était donnée...

MASUAM.

Et \ous êtes si joyeuse?

ABIGAIL.

C'est que j'en ai une autre!... plus agréable,

je crois... cl que je dois...

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