‹ Magasin théâtralChapitre 963 sur 1475 · I.A DUCUESSE · texte numérisé non relu

I.A DUCUESSE

Une affaire très grave... très fâcheuse.

LA REINE

Ah 1 mon Dieu.

LA DUCHESSE

Qnlexiste déjà dans la ville une certaine fermentation. — Je ne serais pas étonnée qu'il y eût du bruit...

Mais c'est affreux... On ne peut donc pas être tranquille?— Nous avions pour aujourd'hui, avec ces dames, une promenade sur la Tamise...

LA DUCUESSE.

Que votre majesié se rassure... nous veillerons à tout... Nous avons fait arriver à Windsor un régiment de dragons, qui, au premier bruit, marcherait sur Londres.— Je viens de m'eniendre avec les chefs, tous dévoués à mon mari et à votre majesié.

LA REINE

Ah ! c'est pour cela que vous étiez à Windsor ?. ..

LA DUCHESSE

Oui, madame... et vous m'accusiez...

LA UEINE.

Moi... duchesse...

LA DUCHESSE, Souriant.

Ah ! vous m'avez fort mal accueillie... j'ai vu que j'étais en disgrâce.

• LA REINE

Ne m'en veuillez pas, duchesse, j'ai aujourd'hui les nerfs dans un état d'agacement. .

LA DUCHESSE

Dont je devine la cause... votre majesté aurA reçu quelque fâcheuse nouvelle...

LA REINE

Non vraiment...

Qu'elle veut me laisser ignorer de peur d\» m'affliger ou de m'inquiéter... Je connais sa bonté...

LA REINE

Vous êtes dans l'erreur.

LA DUCHESSE

Je l'ai vu... Car à mon arrivée, vous avez caché un papier avec un empressement... etuneémotion tels... qu'il m'a été facile de deviner que cela me concernait... moi !...

LA REINE

Non duchesse... Je vous le jure... U s'agit tout uniment d'unejeune fille... (Tirant la lettre de son sein.) qui m'est recommandée par cette lettre... une jeune fille que je veux... que je désire placer auprès de moi...

LA DUCUESSE , souriant.

En vérité !.. rien de mieux alors... et si votre majesté veut permettre...

LA REINE serrant la lettre.

C'est inutile... je vous en ai déjà parlé... c'csî la petite Abigaïi.

LA DUCUESSE , à part.

0 ciel!... (haut) et celui qui vous la recommande si vivement...

LA BEI NE

Peu importe... j'ai promis de ne pas le nommer... et de ne pas montrer .«a lettre.

A cela seul... je le devine!... c'est M. de Sajiî. Jean.

LE VERRE D'EAU

LA REINE , troublée.

j£ ne dis pas que...

LA DUCHESSE, vivement.

C'est lui , madame , j'en suis sûre...

LA REINE

Eh bien ! oui... c'est la vérité I LA DUCHESSE , avec une colère qu'elle s'efforce de contenir.

Ah ! je comprends que nos ennemis l'emportent, puisque notre reine nous livre à eux, au moment où nous combattons pour elle... Oui, madame, aujourd'hui même , a été présenté au parlement le bill qui rappelle en Angleterre le prince Edouard votre frère , et qui le déclare après vous l'héritier du trône. Ce bill , qui déjà soulève la répugnance de la nation et les murmures du peuple , c'est nous qui le soutenons contre Henri de Saint-Jean et le parti de l'opposition , au risque d'y perdre notre popularité , et plus tard notre pouvoir. Voilà ce que nous faisons pour notre souveraine ; et elle , loin de nous seconder, entretient pendant ce temps des correspondances secrètes avec nos adversaires déclarés; et c'est pour eux enfin , qu'elle nous abandonne et nous trahit...

LA REINE, à part, avec impatience.

Encore une scène de plainles et de jalousie... en voilà pour toute la journée. (Haut.) Eh ! non, duchesse... tout cela n'existe que dans votre imagination , qui dénature et exagère tout. Cette correspondance n'a rien de politique , et ce qu'elle renferme est d'une nature telle...

LA DUCHESSE

Que votre majesté craint de me la montrer...

LA REINE , avec impatience.

Par égard pour vous. (La lui donnant. J Car elle contient des faits que vous ne pouvez nier. LA DUCHESSE , parcourant la lettre.

N'est-ce que cela? l'attaque est peu redoutable.

LA REINE

Ne vous ètes-vous pas opposée à l'admission d'Abigail?

LA DUCHESSE

Et c'est ce (lue je ferai encore de tout mon crédit auprès de votre majesté.

LA REINE

Il n'est donc pas vrai, comme on l'assure, qu'elle est voire cousine ?. ..

LA DUCHESSE

Si madame... j'en conviens , je l'avoue hautement; c'est pour cela même que je n'ai point voulu la placer auprès de vous. On m'accuse depuis si long-temps , moi surinlendante de votre maison , de donner tous les emplois à mes amis , a mes parcns , à mes créatures ; de n'entourer voire majesté que de ma famille ou de gens à ma dévotion ; nommer Abigail serait donner contre moi un prétexte de plus à la calomnie ; et votre inajcfté est trop juste et trop généreuse pour ne pas me comprendre.

LA REINE, avec embarras et à moitié convaincue. Oui certainement... je comprends bien... mais j'aurais voulu cependant que cette pauvre Abigail...

LA DUCHESSE

Ah! soyez tranquille sur son sort... je lui trouverai loin de vous, loin de Londres, une position brillante et honorable. C'est ma cousine , c'est ma parente.

LA REINE

A la bonne heure...

LA DUCHESSE

Et puis d'ailleurs , l'intérêt que votre majesté daigne lui porter... Je suis si heureuse quand je puis prévenir ou deviner ses intentions... C'e.<l comme ce jeune homme... cet enseigne dans les gardes, que l'autre jour votre majesté avait eu l'air de me recommander.

LA REINE

Moi?... qui donc?

LA DUCHESSE

Le petit Masham , dont elle m'avait fait l'éloge.

LA REINE, avec un peu d'émotion.

Oui , c'est vrai, un jeune militaire , qui tous les matins me lit le Journal des modes.

LA DUCHESSE

J'ai trouvé moyen de le faire passer ofiBcier aux gardes. Une occasion admirable, dont personne ne se doutait , pas même le maréchal... qui a signé presque sans le savoir... et ce matin le nouveau capitaine viendra remercier votre majesté. LA REINE, avec joie.

Ah!... il viendra!

LA DUCHESSE

Je l'ai mis sur la liste d'audience.

LA REINE

C'est bien ! je le recevrai. Mais si les journaux de l'opposition crient à l'injustice, à la faveur...

LA DUCHE.SSE.

C'est le maréchal... cale regarde... ce n'est plus un emploi dans votre maison.

LA REINE , allant s'asseoir près de la table à gauche.

C'est juste!

LA DUCHESSE

Vous voyez bien que quand cela est possible, je suis la première à vous seconder.

LA REINE, assise, et se tournant vers elle. Vous êtes si bonne!

LA DUCHESSE, debout près du fauteuil.

Mon Dieu non ! au contraire... je le sens bien... mais j'aime tant votre majesté, je lui suis si dévouée.

LA REINE, à part.

Après tout, c'est vrai !

LA DUCHESSE

Elles rois ont si peu d'amis véritables!... d'amis qui ne craignent pas de les fâcher... de les heurter, de les contrarier... Que voulez-vous, je ne sais ni flaltcr... ni tromper... je ne sais qu'aimer...

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