‹ Magasin théâtralChapitre 102 sur 1711 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

JULIENNE, JACQUES, puh AUGUSTE.

JULIENNE

Mon oncle n'est pas rentré ?

JACQUES

Non , mamzelle... M. Lombard est sorti à midi... mais il y a loin du faubourg Saint-Symphorien à la grande place de Lille, chez l'entrepreneur de la nouvelle caserne... et puis c'est le

jour oîi M. Lombard doit toucher le montant de la menuiserie qu'il a fournie ; et avant que le compte ne soit reconnu, discuté, arrêté .. ça sera long, tout le monde ne traite pas les affaires rondement comme votre oncle.

Tu as raison !... et il ne rentrera pas sans avoir terminé, car c'est après demain, lundi, la fin du mois... c'est le jour où il a à régler tous nos mar-

iMAGASIN THEATRAL.

chands, et il faut qu'il rapporte des fonds pour ce paiement...

JACQUES

Et avec ça ceux de la paie, puisque c'est aujourd'hui le second samedi de la quinzaine...

JCLIENNE

Il n'est que cinq heures... j'aurai le temps de finir mes comptes... Voyons!..- donne-moi ta feuille d'entrée et de sortie pour aujourd'hui.

JACQUES

Tout de suite...

Il va à la loge près de la porte dufond. JCLIE?i>E.

Je n'ai pas aperçu mon cousin Victor de la journée... mon oncle n'est pas content de lui... Je voudrais prévenir mon cousin de ne pas sortir comme il fait tous les soirs dès que la journée est finie... son père finira par se fâcher... AUGUSTE, arrivant à pas de loup , prend lu taiUe de Julienne et l'embrasse.

Vlan tarabisco !

JULIENNE, avec un cri.

Oh!

C'est moi, Auguste Lombard!

JULIENNE

Ahl c'est toi !... viens un peu que je te parle.

[Elle lui douve un soufflet avec son livre de comptes.) Vlan, battant meynaud 1

AUGUSTE

Merci! je l'aurais autant aimé au naturel.

JULIENNE

Et la première fois que ça arrivera, je le dirai à mon oncle...

AUGUSTE

A mon père... j'aime encore mieux les battans meynaud.

JULIENNE

Voyons 1... Que viens-tu faire ici, paresseux?

AUGUSTE

Paresseux'.... je n'ai pourtant pas mal employé mon temps...

JULIENNE

Auguste, prende-y garde ! mon oncle Lombard n'est pas plus content de toi que de Victor...

AUGUSTE

Ah I bah ! je te voudrais à notre place, tu verrais si c'est facile de le contenter, mon père !... JACQUES, qui s'est approché.

C'est tout de même vrai que M. Lombard a des idées singulières. Certainement c'est le plus honnête homme et le meilleur maître du pays... ( // donne la liste.) Voilà ! mamzelle... mais il a une drôle de manière de faire élever ses fils. Il leur fait apprendre les mathématiques, le dessin, toutes les sciences, quoi!... et puis il les fait travailler a l'atelier comme de simples «dvriers...

AUGUSTE

Et puis parce que mon frère Victor aime mieux tenir un livre qu'une varlope, mon père n'est pas content ..

JULIENNE

Et il a raison.

AUGUSTE

Et parce que j'aime mieux pousser une feuillure que de pâlir sur la géométrie deM.Legendre, il me tarabuste...

JULIENNE

Et il a raison.

AUGUSTE

Bon !... ça t'est facile à dire, à toi, Julienne, à qui il ne demande rien que ce qu'il te plaît de faire ..

JULIENNE

C'est que je ne suis que sa nièce et qu'il n'a pas d'ambition pour moi...

JACQUES

Ça n'empêche pas qu'il oblige mamzelle Julienne à tenir les comptes de la maison comme un commis...

JULIENNE

Et il ne faut pas qu'il y ait d'erreur ..

AUGUSTE

C'est ça que la quinzaine dernière, quand tu t'es trompée de vingt francs de trop sur le compte de Victor, au lieu de te gronder, mon père t'a tendu la main et t'a embrassé en te disant : Tu es une bonne fille, Julienne...

JULIENNE, « part.

Pauvre Victor

AUGUSTE

Si mon frère ou moi nous en avions fait autant, il y aurait eu un beau tapage... mais toi, tu n'as jamais tort .. même quand tu fais les comptes de travers...

JULIENNE

Et comme je veux les faire justes aujourd'hui, je vais rabattre sur ta journée une heure que tu viens de perdre là au lieu de travailler.

AUGUSTE

Hein!... ne vas pas t'aviser de ça, au moins: j'ai besoin de tout mon argent...

JULIENNE

Pourquoi faire ?

AUGUSTE

Tiens!., pourquoi faire !... Tu verras... la sainte, quelque chose approche... et ..

Ah: pour ça , je ne veux pas... entends-tu!... Auguste...

AUGUSTE

ifh: tu ne veux pas... Mais je veux, moil Demain, 8 juillet 1816, c'est la fête de quelqu'un... et il y aura du tarabisco malgré toi.

Il lui envoie un baiser.

JULIENNE, à pari.

Oui, demain, c'est ma fêle... il s'en souvient, lui!...

AUGUSTE

Et je ne dis que ça... De ce côté là je suis sûr au moins de contenter mon père...

JULIENNE , à part.

Mais Victor ne pense plus à rien.,. Allons , il faut finir ce compte.

L'OUVRIER

AUGUSTE, à part.

Roussillon m'a promis que ce serait soigné et cossu.

Roussillon paraît et se glisse du côté des ateliers.

JULIENNE, qui a gagné la porte du bureau en lisant la feuille de Jacques.

Jacques I

Marozelle!

JULIEN>E

Comment aujourd'hui encore Roussillon est arrivé si tard ?

JACQUES

Oui, mamielle , plus de deux heures après la journée commencée; et il n'est pas rentré depuis l'heure du déjeuner.

^1^\^.\vv\'\'x \w\v"v\\

Page 1