SCENE III
Les Mêmes, NINA.
Ouf! je suis tout essouftléc. .. bonjour, messieurs, quelle course 1
MARCEL, avec inquiétude.
Vous n'étiez pas chez vous, Nina?
NINA
Non.
GERVAIS
Bien vrai, tricheuse?
MAGASLX 'i ilKATIlAL.
Oui, allons, finis, GerTais.
GAUTHIER
Depuis long-ienips?
NINA
Depuis plus d'une heure. Pourquoi me demandez-vous donc cela?
GAUTHIER
Mon fils croyait que sa femme était à tra\ ailler avec vous.
MARCEL, avec une inquiétude plus marquée. Vous ne l'avez pas vue, Caroline?
NINA
Si fait, un moment, ce matin
Elle sera allée chez sa cousine, sans doute.
GAUTHIER
Oui, oui, elle aura été aussi chez sa cousine.
NINA
Mon Dieu! qu'on a de peine à se procurer de l'ouvrage! j'ai couru chez toutes les lingères du quartier sans rapporter autre chose que deux mauvaises collerettes!... Comme je crains que cela ne continue, mon voisin, je vous prie de me faire des dessins de fichus... oh! mais bien jolis! bien jolis! parce que je veux broder à mon compte.
GliRVAIS.
Pour entrer en ménage?
GAUTHIER
Et que disait donc ta femme, Marcel, que mademoiselle Nina avait un travail fort pressé ?
NINA
Ah! oui; mais il est achevé.
MARCEL, de même.
De ce matin, d" hier ?
NINA
Il y a plus de huit jours, n'est-ce pas, Gervais?
GERVAIS
C'est la vérité.
MARCEL, à part.
Avant de partir, elle me l'a dit cependant, ma mémoire est fidèle.
Mon petit voisin, vous me ferez de jolis dessins, voulez-vous?... quelque chose de bien nouveau.. .
GERVAIS
Est-il heureux! jamais elle ne m'en a dit autant.
MARCEL, préoccupé.
Oui, Nina, oui...
NINA
Ah! mon Dieu! qu'avez-vous? vous êtes pâle et vous tremblez. ..Seriez-vous malade?
GERVAIS
Tiens 1 comme ça vous prend.
MARCEL
Mon père, voulez-vous rester ici quelques minutes? je ne tarderai pas à rentrer.
11 b'lial)ll!e.
GAUTHIER
Fort bien... je vais causer avec mademoiselle Nina, si elle y consent.
Comment donc, monsieur Gauthier ! j'en serai cliarmée : vous êtes le père de monsieur Marcel, qui est le mari de Caroline, qui est mon amie. (Bas.) Nous causerons de votre fils, je vous dirai des choses.
GAUTHIER, àMaicel.
Dis donc, Marcel, fais tes affaires, mon garçon, ne te gène pas.
GERVAIS
Oui, nous sommes là, nous allons causer.
NINA
Paresseux!. . allons, retourne à ton ouvrage... Puisque je dois vous tenir compagnie, je vais commencera travailler... [Elle s'assied*.) On peut causer et broder en même temps; la causerie avec la broderie, sert toujours la galanterie. C'était un jeune homme qui disait cette devise-là aux demoiselles , chez ma niaitresse, quand j'étais en apprentissage.
MARCEL, habillé.
Là! je serai bientôt de retour, ne vous impatientez pas.
GERVAIS
Un séducteur.
NINA
Non; mais comme toi un fainéant
GERVAIS
Eh bien! je m'en vais, mais je reviendrai
NINA, bas à Gauthier.
Voyez comme il est agité, votre fils, monsieur Gauthier.
MARCEL
A bientôt, mon père...
11 va pour sortir.
Allons, venez, monsieur Marcel. {A Nina.) A bientôt, méchante.
Il sort.
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