‹ Magasin théâtralChapitre 1040 sur 1711 · MARCEL, CAROLINE · texte numérisé non relu

MARCEL, CAROLINE

MARCEL, se croisant les bras.

Ma tête n'enfante que des craintes ridicules, absurdes, tu le vois bien ! . {Ne se maitrisaiil plus.) toi, ta bouche ne s'ouvre que pour le mensonge! jamais un mot de vérité , jamais !...

CAROLINE, r interrompant .

Vous allez recommencer vos scènes?... Je vous déclare que je ne suis pas d'humeur à vous écouter... Je sors; quand vous serez plus calme , je rentrerai.

Elle niel son cliâle cl son chapeau MARCEL, avec autorité .

Oh! vous m'entendrez! lira fermer la porte.) Qu'avez-vous fait de votre temps? Où avez-vous été?

Il Ole le cliâle brusqucnient.

CAROLINE

Il suffit que vous me le demandiez ainsi pour que je ne veuille point parler.

MARCEL

J'ai le droit de vous interroger, votre devoir est de me répondre.

CAROLINE

Êtes-vous dans un élat à bien apprécier ce que je puis vous dire?

MARCEL

Ah! ne le prends pas sur ce ton, Caroline, ce n'est pas celui de l'honnête femme. Cette assurance du maintien et de la voix , ton regard la dément; sois moins fière si tu veux que je croie à ton innocence.

CAROLINE

Croyez, ne croyez pas, que m'importe 1

MARCEL , avec ironie.

Qu'importe en effet à la femme parjure l'estime de son mari?

CAROLINE

Je suis satisfaite de l'estime de moi-même ; ma conscience ne me reproche rien

Encore une fois , cessez ce langage, il change la faute en crime.

CAROI.iNE.

Vous avez des expressions..

MARCEL, OU L'INTERIELR D'UN iUEiVAGE.

MARCEL, plus furieux.

Vos actions les surpassent. Parlerez-vous enfin ? Je l'exige. Où avez-vous été durant cette absence ? jù avez-vous été?...

CAROLINE

Mon Dieu ! calmez- vous...

MARCEL

Que je me calme!... quand tout vient justifier mes soupçons!... Eh bien, ne voyez-vous pas que je suis calme, tranquille, que j'écoute?... voyons... parlez... parlez donc!...

CAROLINE

D'abord j'ai fait une course pour ma cousine.

MARCEL

Où?... pourquoi?

CAROLINE

Cette affaire nest pas mon secret.

MARCEL

Un secret ! mais en doit-il exister entre nous?

Apparemment... ma cousine le veut..,

MARCEL

Ta cousine! toujours ce mot pour calmer ma fureur quand elle est juste... Mais que fait- elle donc cette femme? Pourquoi le mystère dont elle s'entoure, ainsi que toi? Quelle estson existence?... Depuis cinq ans j'observe et j'interroge, rien! non, rien ne peut m'expliquer cette vie... CAROLINE, avec dignité.

Accusez-moi , vous en avez le droit peut-être • mais, monsieur, la conduite des autres ne vous regarde pas.

MARCEL

C'est cela , je n'ai pas même le droit de vous demander compte de vos actions!

CAROLINE

Quand on s'y prend de cette manière...

MARCEL

Ainsi c'était de votre cousine et do ses affaires que vous vous êtes occupée.

CAROLINE

Je VOUS l'ai déjà dit, monsieur, vous ne voulez pas me croire...

MARCEL

On va me prouver que j'ai tort,..

CAROLINE

Certainement, vous avez tort; vous ne savez rien comprendre : égoïste, sans pitié, je ne suis à vos yeux qu'une esclave , il vous faut la soumission... et l'avilissement,

MARCEL

L'avilissement? Non... je veux qu'on soit confiant avec moi.

CAROLINE, en pleurant peu à peu.

Vous ne m'accablez que d'injurieux soupçons. Vous faites le malheur de ma vie. Jamais vous ne pensez que je sois capable d'un bon mouvement et d'une action honorable... Oui, j'ai besoin de tout mon courage pour consentir à vivre plus long-temps avec vous ..

MARCEL

Allons, la voilà qui pleure. . Ah! mon Dieu, que je suis malheureux! j

CAROLINE

Si vous croyez que c'est agréable de vivre comme ça! oh! non! allez, je ne sais pas où j'aimerais mieux être.

MARCEL

Vous disiez que c'était pour

Et moi donc!

votre cousine...

CAROLINE

Certainement.

Caroline...

Il s'approche d'elle et lui prend le bras timidemeat. CAROLINE.

Oh ! laissez-moi...

MARCEL, assis sur un tabouret aux pieds de Caroline.

Pardonne-moi mes craintes, ma jalousie... si je t'aimais moins , je serais moins exigeant sans doute... et moins heureux aussi ! Caroline, mon amour, c'est ma vie, vois-tu... Si tu voulais, nous serions riches, car il n'y a rien que je ne puisse faire pour toi; mon cœur deviendrait une source intarissable de moyens pour réussir... si tu voulais, pour toi, pour toi! je croîs que j'irais au faite des grandeurs...

CAROLINE

Marcel, tu n'y penses pas.

MARCEL, la comblant de caresses.

Si ! si ! je te vois, je te presse dans mes bras je SUIS heureux !... Sais-tu ce qui manque à mon bonheur en ce moment? nos enfans.

CAROLINE

Nos enfans !...

MARCEL

S'ils étaient là, qu'un de tes baisers me deviendrait doux!... les pauvres petits! il y a Ion? temps que nous ne les avons embrassés ! . Allons les voir, veux-tu? bientôt, demain, ce soir' Partons , partons ! mes enfans et toi , c'est ' le bonheur !...

CAROLINE, à pan.

Ah! ma cousine, ma cousine !...(H«„^j Le pouvons-nous?

MARCEL

Ah! C'est vrai!... l'argent nous manque... eh bien, dis-moi que tu m'aimes.

CAROLINE

Tu me fais toujours de la peine aussi...

MARCEL

Allons, sois bonne, oublie... un regard, une parole, un baiser!... oh! que tu es belle, Caroline, et que je t'aime, moi!

CAROLINE

Vous serez plus raisonnable, monsieur?...

MARCEL, avec tendresse.

Oui, oui...

CAROLINE

Vous ne soupçonnerez plus votre Caroline?

MARCEL

.Non , non.

CAROLINE, à part.

Pour moi, je réponds bien qu'à l'avenir...

MARCEL

Sai lu ne me trompes pas, bien vrai?

CAROLINE

Eucore ! si je te trompais pardonncrais-je? nos querelles ne iiniraient pas; mon intérêt serait de les faire durer.

M.\UCEL.

Quelquefois lu les as fait durer, mauvaise!

CAKOLINE.

Pour vous punir, vilain jaloux

MARCEL

Jaloux!... non! c'est que je ne puis rien que par toi... quand tu es là , dans notre ménage , il n'y a pas de palais qui me semble préférable. Je n'ai de cœur au travail que quand je te sens près de moi, que quand, en levant les yeux, je t'aperçois à mes côtés... aussi ne me fais pas de chagrin... cela m'ôte tout courage... Sais-tu pourquoi Je me plais tant dans cette petite chambre? c'est que nous la remplissons à nous deux... Tiens, Caroline , dans tes bras , il n'y a pas de chagrins qu'on n'oublie! Je ne suis pas jaloux comme un mari , mais comme un amant... Mon Dieu ! que je suis heureux de n'avoir point écouté mon désespoir et de vivre pour te voir , pour t'aimer!... oui, j'ai voulu plus d'une fois terminer mes souffrances, me donner la mort...

CAROLINE, effrayée.

La mort !

MARCEL

Mais tu as souri, je suis revenu à la vie!... comme en ce moment, comme toujours, quand tu m'assures que lu n'es pas coupable...

Eh non!... te voilà plus raisonnable... je veux tout te dire...

MARCEL

Moi, je ne veux rien savoir...

CAROLINE

Si fait... Ma cousine, depuis son veuvage...

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