‹ Magasin théâtralChapitre 1043 sur 1711 · FRANC1IES:<IL · texte numérisé non relu

FRANC1IES:<IL

Mais, comment va Caroline:

U^^ ALLARD

A merveille.

FRANCMESNIL

Concevez- vous rien à son humeur?

M^^e ALLARD.

Mais oui! la pauvre femme n'a plus de certitude sur votre amour, et l'amour seul peut la soutenir dans la terrible position où vous l'avez placée vis-à-vis de son mari.

FRANCMESNIL.

Vous savez bien que je l'aime..

M™e ALLARD.

Il y a des degrés dans l'affection; nous voulons, nous, une passion exclusive, parce que nous la prouvons par des sacrifices...

FRANCMESNIL.

Pourquoi douter de moi, maintenant?...

M™e ALLARD.

Quelle garantie pouvez-vous nous offrir... là, franchement?... vous me faisiez la cour, je n'étais pas veuve encore... Un jour vous rencontrez chez moi ma petiic cousine, vous vous adressez à elle en me donnant pour raison que vous ne vouliez pas troubler mon ménage... c'est très-bien ! ... Caroline a la faiblesse de vous aimer ; vous lui promettez de l'épouser, elle vous croit, et puis un jour le hasard nous fait découvrir que vous allez en épouser une autre! Vous le savez bien aussi, Caroline ne s'est mariée que par dépit, que par vengeance, et elle vivrait tranquille au moins dans son ménage, si vous n'étiez pas venu, après trois ans, lui ravir le repos... Pauvre femme! elle a lutté, c'est une justice à lui rendre; mais a-t-on long-temps du courage contre son propre cœur?...

FRANCMESNIL.

Parlons de notre situation actuelle...

M™e ALLARD.

Son mari est jaloux, il la tourmente, et t craignons qu'il ne se doute de la vérité.

FRANCMESNIL.

Il faut que je la voie, que je lui parle...

M™« ALLARD

Mais elle a pris la résolution de ne plus vous accorder une seule entrevue; je suis chargée de vous le dire... et je l'approuve...

FRANCMESNIL.

Si vous êtes toutes deux liguées contre moi, je ne dois plus conserver d'espérance... cependant je veux , M™e AUard , que Caroline ait un dernier gage de ma tendresse... Tenez, en cheminant, j'ai vu dans un magasin quelques étoffes qui m'ont semblé de bon goût... voilà deux robes, choisissezen une pour vous, et donnez l'autre à votre cousine, comme un présent de vous...

M™e ALLARD.

Je le crois bien!... c'est une femme sévère sur les principes... elle vous aime , ce n'est pas sa faute ; mais recevoir le moindre cadeau de vous, qui êtes plus riche qu'elle!... jamais on ne la déciderait à cela... {Elle ouvre le paquet que Francmesnil lui a montré.) Ah! c'est gentil !.. .ça fera bien, avec des manches plates... je prends celle-ci... car je crois que l'autre conviendra mieux à Caroline...

FR.iNCMESNIL.

Et quand devez-vous la voir ?...

M^i^ ALLARD, sans l'écoutcr.

Mais que mettrai-je avec cette robe?... ça va me nécessiter un chàle... oh! ce ne sera pas cher, un petit chàle...

FRANCMESNIL.

Pensez-vous que Caroline ait aussi besoin d'un petit châle?

M™e ALLARD.

Elle! non. Son mari d'ailleurs pourrait soupçonner quelque chose, et la prudence exige... Cette étoffe est charmante, employée elle fera à merveille. {Elle ta développe et se regarde dans un petit miroir. ] Mon Dieu que c'est désagréable de n'avoir pas de glace ! .. . C'est à peine si l'on peut se voir la taille dans ce méchant miroir...

FRANCMESNIL.

J'ai donné l'ordre au tapissier de vous apporter un miroir plus grand

M™^ ALLARD

Oh! non!.,, non! je uc veux pas!...

FRANCMESNIL

La chose est faite...

M™^ ALLARD

J'en suis coutraiiée... là, vrai... très-contrariée... j'aurais attendu...

FRANCMESML.

Je vous le demande... quand verrez-vous Caroline?

M'°'= ALLARD

Elle m'a bien défendu de vous le dire; mais je suis pour vous d'une faiblesse impardonnable! elle doit venir aujourd'hui à une heure... ne me trahissez pas; que ce soit le hasard qui vous amène, si vous voulez absolument la voir.

FRANCMESNIL.

C'est bien... je vous quitte... parlez en ma faveur.

M"<= ALLARD

Eh! mon Dieu! que vous savez bien me faire faire tout ce que vous voulez! [En reconduisant Francmesnil. ) A une heure, n'y manquez pas.

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