‹ Magasin théâtralChapitre 1054 sur 1711 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

CAROLINE, Mme ALLARD.

M"e ALLARD.

Puisque tu m'écris de venir... tu n'es donc plus fâchée contre moi?... mais, mon Dieu! quel désordre dans ta chambre? que se passe-t-il?... que me veux-tu?... Je suis une bonne femme, et tu as raison de compter sur mon amitié.

CAROLINE

Pardon, ma cousine...

M"" ALLARD

De quoi donc?

- CAROLINE

Je vous dérange, peut-être...

M™<^ ALLARD

Quand lu me dérangerais, le malheur n'est pas grand...

CAROLINE

J'ai à vous parler... oui...

M^e ALL.4RD.

Parle.

Je suis bien malheureuse. ..Ne pensezpas que Je veuille vous faire des reproches... vous m'avez aidée dans ma chute, vous avez contribué à me perdre, ne voulez-vous pas aujourd'hui me prêter votre secours pour réparer le mal?...

M"e ALLARD.

Moi, je veux ce que tu veux, et rien autre chose... Allons, te voilà toute tremblante! explique-toi.. .

CAROLINE

Depuis le jour fatal... depuis quatre mois je ne vous ai pas vue, vous avez ignoré ce qui s'est passé.

M™e ALLARD.

Non pas, non pas! je m'intéresse trop à toi pour n'être pas curieuse...

CAROLINE

Marcel a été malade... en danger de mourir...

M^e ALLARD.

Je sais cela.

CAROLINE

Quoiqu'il refusât de me voir, je n'ai pas quitté cette demeure où le devoir et le repentir ont soutenu mes forces et mon courage : durant les heures de son sommeil, je pénétrais jusqu'à lui, je pouvais I veiller et prier pour le pardon do ma faiit(>: o\ ];i,

près de cette porte, à son réveil, j'attendais qu'une plainte me rendit nécessaire, que le moindre de sesdésirs me fournit l'occasion de lui révéler ma présence, de lui prouver mon dévouement.

M™"' ALLARD

Tu as agi en brave femme, je t'en félicite.

CAROLINE

Enfin, mes soins et mon zèle ont touché son cœur, j'ai trouvé grâce devant lui, il m'a permis de rentrer dans son ménage... mais le repos, la tranquillité, l'espérance ne viennent plus, comme autrefois, parer celle demeure.. N'avoir qu'une chambre et craindre de s'y rencontrer ; n'avoir qu'une table et ne s'y trouver que pour baisser les yeux, voilà notre supplice aujourd'hui.

M™c ALLARD.

Ça se passera.

CAROLINE

Non, non... cet amour dont )'élais si fière il n'existe plus.

W^e ALURD.

Ça reviendra. Marcel t'a trop aimée pour ne pas t'aimer encore... et puisque tu es décidée à ne plus l'éloigner de ton devoir... cl lu as raison! tu vois bien que je ne suis pas une mauvaise femme, ainsi que le père Gauthier le prétend... eh bien, petit à petit, tu sauras reprendre l'empire que tu avais sur ton mari, si tu sais agir avec adresse, prudence et circonspection..

CAROLINE

Oh! plus d'adresse, plus de calcul, la droiture et la loyauté : un repentir sincère, une conduite pure, pour moi, l'avenir est là.

M™2 ALLARD

C'est fort bien, sans doute; mais ça ne suffit peut-être pas : que fais-tu pour ramener ton mari?

CAROLINE

Que puis-je faire ? Il m'évile ; depuis que sa santé lui permet de sortir, il passe ses journées loin d'ici; il no travaille plus, la misère se fait sentir, et il semble indifférent au désordre qui la suit... d'une humeur bizarre, tour à tour triste, sombre ou d'une gailé folle, j'ai de la peine à le comprendre. . Oui, cette joie me fait mal... Je puis supporter son silence, quelque n^orne qu'il soit; mais ce rire force, ce rire cruel, il déchire mon cœur... Mon Dieu! non D'eu, '1 ne m'aime {.lus!

M"S ALLARD

Rien ne le prouve

CAROLINE

Je l'ai trahi...

Elle pleure.

M^s ALLAUD.

Veux-tu suivre mes conseils? écoute-moi. D'abord tu as tort de te désoler ainsi ; ça n'avance à rien... ensuite il faut ruser... on en a le droit, quand c'est pour le bien.

CAROLI.NE

Marcel est sourd à ma voix, même quand je lui parle de nos enfans : voilà surtout le sujet de mon

desespoir.

M'"<' ALLARD

Je ne crois jamais à ce qui est trop fort.

CAROLINE

M<ais cette ame si tendre ne peut vivre sans amour!. ..Ma cousine, un pressentiment fatal attriste mes esprits, m'épouvante de la crainte qu'il n'aime une autre que moi...

M^^e ALLARD.

As-tu des soupçons sur quelque personne ?

CAROLINE

Je ne sais... mais j'ai besoin de sa tendresse à présent, pour me soutenir dans ma conduite... son indifférence serait du mépris, et l'idée du mépris me torture le cœur... j'aimerais mieux la haine, je crois.

M"6 ALLARD

Parlons sérieusement : q,u'as-lu projeté?.... pourquoi me fais-tu venir?

CAROLINE

Pour me rendre un dernier service. J'ai toujours conservé les lettres de...

ii^^ ALLARD.

De M.Francmesnil.

CAROLINE

Elles sont là... cachées; mais Marcel peut les découvrir, et je tremble que le hasard ne lui cause un tel chagrin.

M™e ALLARD.

Que ne les brûles-tu?

CAROLINE

Non, non, on pourrait croire que je les ai conservées, et je veux détruire toute espérance en les lui rendant ; elles sont là , venez -, mais silence... j'entends le pas de Marcel.

M™^ ALLARD

Tu as l'oreille fine ..

CAROLINE, à la porte.

C'est lui!... comment faire?... il n'entre pas... où va-t-il?... (Elle ouvre doucement la porte et regarde.) Il s'arrête à la porte de Nina?... oui... pourquoi regarde-t-il par la serrure?... mon Dieu! que signifie ce mystère?... Mais il revient... ma cousine!... làl là! dans notre chambre; entrez... je ne veux pas qu'il vous voie ici...

M™e ALLARD.

Pour quelle raison?... Tu es folle, en vérité... mais je fais tout ce que tu veux. (4 par/.) Je trouverai bien le moyen de savoir s'il l'aime encore, en excitant sa jalousie...

Elle entre dans la cliambic de Caroline.

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