SCENE VI
NINA; puis MARCEL
NINA, à la porte.
Là, ils sont sortis... les voilà rentrés chez ma mère; il ne les a pas rencontrés... Mon Dieu! je suis toute tremblante... et cependant c'est une émotion bien douce qui agite mon cœur, je le sens... Ah ! le voilà!
Marcel entre pâle, défait, sans voir Nina, sans rien regarder; il descend la scène, Kina la remonte else tient au fond en examinant tous ses mouvemens. La nuit est venue.
NINA, à part.
Il ne m'a pas aperçue...
J'ai tout perdu!... tout!
NINA, à part.
Il paraît souffrir...
MARCEL
Quand le malheur poursuit un homme, il le ronge.
NINA, demCme.
Je n'ose l'approcher.
MARCEL
Tout cet or que j'ai vu briller à mes yeux, je n'y saurais prétendre à présent, je n'ai plus rien pour tenter la chance, plus rien!
NINA, de même.
Que dit-il? je ne puis l'entendre.
MARCEL
Plus rien ! plus rien que les promesses de ces hommes que j'ai trouvés là. Soyez des nôtres, m'ont-ils dit, et votre vie sera comblée... A quel prixl le vol, le meurtre peut-être... Et déjà pour avoir été un moment en contact avec eux, n'at-on pas suspecté ma probité ? ne m'a-t-on pas accusé d'un larcin? moi ! Marcel Gauthier I la honte a couvert mon front, et je vis! ,
MARCEL, OU L'INTERIEUR D'UN MENAGE
NINA, de même.
Mon Dieu! quel sombre désespoir! {Elle s'approche.) Marcel!
MARCEL, effrayé.
Nina! {A part.) Ah! ah ! je suis chez moi.
NINA
Je vous attendais.
MARCEL, en regardant la chambre.
Je suis chez moi... seul !
NINA
Non, pas seul ; la pauvre Nina veille sur vous.
MARCEL, avec abattement.
Seul!