SCENE V
RICHELIEU, CHAMILLY, JACQUES SIROIS ati fond, appuyé sur son arquebuse.
Richelieu s'avance lentement, va s'assoir à la table de droite sur laquelle il dépose les papiers qu'il lient à la main.
CHAUILLY, à part.
Du courage!
RICHELIEU, assis et parcourant Les papiers sans regarder Chamilly.
Approchez, monsieur de Chamilly.
CHAMILLY, à pan.
Va-t-il donc me lire mon arrêt lui-même, et cet homme est-il là pour l'exécuter?
RICHELIEU
Qu'avez-vous fait, monsieur, des mois, des années que je vous ai laissés pour vous donner le temps du repentir?
CHAMILLY
Ma foi, monseigneur, j'ignorais à quel emploi TOUS destiniez mesinstans.
Vous avez joué, monsieur! malgré les ordonnances, vous avez fréquenté les brelans, au milieu de ce que Paris renferme de fendeurs, d'escrocs et de spadassins.
CUAMILLY.
J'avoue, monseigneur, qu'il se pourrait bien faire que tous mes compagnons ne fussent pas
d'une probité avérée, car bien que j'ose me vanter de connaître à fond tous les jeux...
RICHELIEU, d'un ton colère.
Hein?
CHAMILLY, se reprenant.
Oh I pardon !
niCIIELIEU.
Continuez!
CHAMILLY, balbutiant.
Je voulais vous faire entendre que... j'.ii plus perdu que gagné.
RICHELIEU
Je le sais... aussi, vous avez ajouté un scand.di; à un autre : vos dettes sont énormes. Vous devez six mille pistoles à l'usurier Jacomény. CHAMILLY, avec étonnemeut.
Tant que cela ?
RICQEUEU.
Est-ce tout? non, ce n'était point assez du jeu et du vol...
CHAMILLY, relevant la tête avec colère.
Du vol ?
Jacques Sirois fait tomber hrusquonieiil scn arqU(;Lusc
iur le parquet.
RICUELIEO.
Baissezle ton, s'il vous plaît, monsieur! oui, du vol! comment nommer autrement une dette faite lorsqu'on a vendu et dissipé son patrimoine et qu'aucun espoir ne reste de satisfaire son créancier ?
CHAMILLY
Mais je jouais, monseigneur... et la fortune... RICHELIEU, l'interrompant.
Ce n'était point assez de tout cela; il fallait que la débauche fut de la partie! vous avez hanté publiquement les tavernes et souffert qu'un fils de France marchât avec vous dans cette voie de honte et de perdition ! Ne vous en défendez pas, chevalier de Chamilly I malgré l'expérience du passé, vous avez renoué vos anciennes relations avec Monsieur.
CHAMILLY
Pour troubler le repos de quelques bourgeois de Paris, c'est possible, mais non plus celui de l'État.
RICHELIEU
Vous n'avez point exécuté les conditions que je vous avais imposées. Monsieur, vous deviez mourir devant Corbie.
CHAMILLY
J'ai fait tout ce qu'il fallait pour cela. Je jure par le Christ que jamais je n'ai pris autant de soins pour ménager ma vie que j'en ai mis alors à l'exposer. Ce sergent que voilà et qui doit me reconnaître comme je le reconnais à présent, peut attester qu'il m'a vu au milieu de la mêlée et que j'y combattais en furieux, sans cuirasse et la poitrine découverte. Il était en même temps que moi devant Corbie; j'invoque ici son témoignage, qu'il parle!
Sirois reste impassible.
RICHELIEU
II ne parlerait que si je lui en r.onnajs l'ordre
IVIAGASIIN THEATRAL:
11 se trouvait aussi comme vous à Castelnaudary, monsieur, mais non dans les mêmes rangs 1 Écoulez-moi, il faut en finir; voilà ce que nous ordonnons...
ciiAMitLY, à part.
Allons doncl qu'il se dépêchel niCHELiEU, examinant Chamilly d'un regard scru-
ttiienr; puis so7i visage s'éclaircit et il reprend
d'ttn ton doux et presque familier.
Chevalier, il faut changer de vie eî payer vos dettes.
CHAMILLY, stupéfait.
Plail-il, monseigneur?
niCHELIEU,
Oui, monsieur, un homme de votre nom, et qui, comme vous, a une large carrière... [mouvement de Chamilly) peut-être, ne doit pas choisir pour compagnons des gens de tripot et vivre aux dépens d'un usurier, d'un Jacomény ! il faut rompre avec les uns et payer l'autre.
CHAMILLY, à part.
Se raille-t-il de moi ?
mCHELIEU.
Vous m'avez entendu?
CHAMILLY
Parfaitement, monseigneur! mais un point m.'embanasse.
RICHELIEU
Lequel ?
CHAMILLY
C'est que, pour payer, il faut que j'emprunte.
RICHELIEU, souriant.
Singulière façon de payer ses dettes.
CHAMILLY
Je n'en ai pas d'autre. Tout ce que je possède suffirait à peine pour satisfaire le dernier de mes créanciers dont Jacomény n'est que le chef.
niCHELIEU.
Miséricorde! vous avez donc mené un train de prince, monsieur?
CHAMILLY
J'avais de rudes soucis , et votre éminence en connaît la cause! il fallait bien me distraire pour ne pas trop songer à ma fin qui pouvait être trèsprochaine.
Eh bien ! nous vous délivrerons de ces craintes qui vous mettent en si grosse dépense. Nous vous pardonnons, chevalier! nous vous faisons la vie sauve.
CHAMILLY
Qu'entends-je?
RICHELIEU
Oui, nous vous faisons la vie sauve! mais ce n'est pas tout de vivre ; c'est à vous débarrasser de vos dettes que nous voulons arriver.
CHAMILLY
vive Dieu! et gloire ai frrand cardinal! maintenant un avenir à moi et l'épée de Damoclès rentrée au fourreau ?