SCENE XIII
Les Mêmes, RICHELIEU, en costume de guerre, suivi de SIROIS et de plusieurs gentilshommes. Deux Pages, vêtus mi-partie de blanc et de rouge, portent devant lui, l'un son casque, et l'autre son épée et ses gantelets.
richelieo.
Messieurs, je reçois vos salutations; nous avons de tristes choses à vous apprendre. {A Marie, qui fait îin mouvement pour sortir.) Vn moment, madame la comtesse. {Aux autres.) L'une de nos armées royales vient d'être battue devant Tbion- *ille I Feuquières, le brave marquis de Feuquières
qui la commandait, est mort, frappe d'une mousquetade. Picoiomini, à la tête des impériaux, s'avance sur Verdun! Le cardinal-infant tente d'opérer une jonction avec lui par la Meuse. Préparez-vous, messieurs, rar si nous ne faisons tête à l'orage, avant quinze jours peut-être on pourra voir du haut des tours de Notre-Dame flotter les bannières espagnoles!
tréville, d'un air résolu.
Monseigneur, quoi quil en soit de tout cela...
RICHELIEU
Je crois à votre zèle, monsieur, et je le melirai à l'épreuve; mais vous voyez que je ne serai pas le dernier prêt; cependant, lorsque je reçus ces fâcheuses nouvelles, j'étais dans mon lit, faiblo, souffrant. Venez à moi, maître Lachenaye, et prétez-moi votre aide pour me soutenir.
lachenaye, à part.
Je ne peux pas me soutenir moi-même
DE RIEUX
Monseigneur, nous avons reçu des ordres. RICHELIEU , 1,'appuijant sur l'épaule de Lachenaye.
Ah ! c'est vous marquis de Rieux ! Apprêtezvous à dire adieu aux plaisirs de Paris, car je vous ai promu à un commandement important. Voici l'ordonnance préparée.
DE RIEUX
Quoi! monseigneur...
LACHENAYE, à part En voilà déjà un qui tourne bride !
RICHELIEU
Oui, messieurs, déjà mes mesures sont prises, car il n'y a pas un moment à perdre. Les gardes suisses et les archers écossais vont être dirigés à l'instant sur Verdun; que de nouvelles levées provinciales soient publiées. Nous ne vous oublierons pas, messieurs, dans les ordonnances d'avancement.
LACHENAYE, à part.
Quel homme! quel grand homme!
RICHELIEU
Vu l'état chancelant de ma santé, j'avais d'abord résolu de me retirer des affaires; oui, messieurs, et je ne tarderai pas sans doute, mais aujourd'hui il y va de la gloire et du salut du pays. Je dois rester encore, je resterai! {Bas à Marie.) Quant à vous, madame la comtesse, quoique vous ne soyez point de nos amis, vous pourrez bientôt témoigner que, si je sais me dévouer à la gloire de la France, je sais aussi protéger l'honneur des sujets de sa majesté. {Lui montrant un papier.) Vous connaissez cette lettre ? MARIE , à part.
Dieu! ma lettre à M. de Lantheuil ! ah !
RICHELIEU
Vous pouvez vous retirer, madame! nous nous reverrons quand je sortirai de chez le roil MARIE , à part, en sortant.
Que faire? que devenir?
RICHELIEU, à Lachenaye.
Maître Lachenaye 1 précédez-moi chez le roi. {Aux aiitres.) Au revoir, messieurs.
Il entre cliezle roi.
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