SCENE V
MADELEINE, pHM ANDRÉ, entrant par la porte à droite du spectateur.
MADELEINE, seule, fermant ta porte du fond.
C'est la première fois que je parle à cette jeunesse; eh bien, je l'aime déjà tout plein. Ah! voici M. André!
ANDRÉ, vivement et avec anxiété.
Eh bien, Madeleine, et ma mère?
MADELEINE
Elle va mieux.
ANDRÉ, avec joie.
Vraiment? .. Elle a dormi?
MADELEINE
Si tranquillement que, moi qui la regardais, ça a fini par me gagner... et pour la première fois depuis huit jours, je me suis permis aussi deux heures de sommeil.
ANDRÉ
Bonne Madeleine!.. Ainsi le docteur ne se trompait pas hier, lorsqu'il nous assurait qu'elle allait tout-à- fait bien?
MADELEINE
Le docteur ne se trompe jamais.
ANDRÉ
Ohl j'ai tant souffert pendant cette longue et cruelle maladie, qui a mis en danger les jours de ma mère!... penser que j'aurais pu la perdre!... que, sans le secours de l'art, sans les soins dont nous l'avons tous entourée, elle serait morte peut-être... Mortel... ma mère!... elle pour qui je donnerais mille fois ma vie ..pour qui je mendierais !... Oh ! pour sauver ma mère, que ne ferais-je pas?... Tiens, Madeleine, je puis te l'avouer aujourd'hui que le péril est passé, mais il y a des momens où, quand je voyais les souffrances dema mère, quand d'autre part je voyais nos ressources épuisées... l'argent qui nous manquait, et qui cependant était nécessaire pour la sauver... cet argent, pour me le procurer, j'aurais tout bravé... les dangers, la mort, le déshonneur peutêtre I
MADELEINE
Que dites-vous?... Ah! mon Dieu ! mais vous êtes fou 1
ANDRÉ, se calmant.
C'est vrai !... oui, c'est vrai 1... Il y a eu des instans où, quand je restais en face de cette pensée cruelle, il me semblait que ma pauvre tête se brisait, que ma raison allait m'abandonner... mais grâce au ciel, tout cela est fini, plus rien a craindre... je suis calme, je suis heureux... écartons ces tristes idées. Dis-moi, il me semble qu'on a fermé celte porte tout-à-l'heure?
MADELflNE, Cl part.
Il a flairé la voisine.
J'ai cru entendre une voi\ qui nie glissait délicieusement à lame! elle me paraissait si douce !
MAUEI.KIÎSE.
C'est donc à dire que j'ai une voix de grenadier, moi?
ANDRÉ
Non, mais... Tu as raison, je me trompais... un rêve...
MADEl.BI^E, à part.
Le coquin, il rêve tout éveillé. {Haul.) Vous pouvez aller tranquillement à votre ouvrage.
ANDIIÉ
Sans embrasser ma mère?
MADELEINE
Oui, oui, elle dort ; et puis on est déjà venu vous chercher.
AM>UÉ.
Qui donc ?
UADELEINE.
Votre ami, un mauvais sujetqui parle aux gens le chapeau sur la tête, et qui pis est, sur le côté de la tète... M. Popold enfin ; il parait que la besogne presse.
ANDRÉ
Tu diras à ma mère que je reviendrai dans la matinée.
MADELEINE
Oui, oui.
AyoKÉ, sortant une lettre de sa poche ; à part. Encore cette lettre sous sa porte, ce sera la dernière.
MADELEINE
Mais allez donc, on vous attend.
Il sort.
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