SCENE XVIII
Les Mêmes, ADÈLE.
ADÈLE, entr'ouvrant la porte .
Encore moi! puis-je entrer?
madeleine.
Tiens, est-ce que vous n'êtes pas de la maison !
M™« LAGRANGE
Eh bien, on ne vient pas me serrer la main ! ADÈLE, entre, cachant quelque chose derrière elle.
Pardon, ma mère; c'est une petite surprise, une grâce que j'implore.
MADELEINE
Vous demandez donc toujours? vous n'en avez pas assez avec les vingt-deux lettres?
ADÈLE
Si, si... mais c'est un petit bonnet tout simple, tout mignon, que j'ai fait pour ma mère.
M""* LAGRANGE
Un bonnet !...
ADÈLE
Oui ; dès que j'ai cru voir approcher votre convalescence, j'ai pensé dans ma joie à cette tête un peu souffrante qu'il fallait rajeunir, et voilà...
Elle présente le bonnet à M"*'^ Lagrange. M™^ LAGRANGE.
Pauvre chère enfant!... je l'accepte avec bonheur.
ADÈLE, follement.
Oh ! que je suis contente I merci, merci ! voyons s'il ira bien, essayons-le.
MADELEINE
C'est cela, essayons le bonnet de première sortie. (u4 part.) Égayons-la autant que possible.
ADÈLE, essayant le bonnet à M'"^ Lagrange.
Immobile!... ne remuez donc pas la tête... là! là! comme ça il ne va pas mal au moins, n'est-ce pas, Madeleine?
MADELEINE
On jurerait une jeune fille de quinze ans.
M™<^ LAGRANGE
Veux-tu te taire, flatteuse!
MADELEINE
Si on peut dire!... Mais vous êtes gentille à
croquer... je ne sais pas même si vous avez été malade.
M"''= LAGRANGE
Folle!
MADELEINE
Oui, folle de vous voir heureuse.
Ce n'est pas tout encore.
MADELEINE
Comment, il y a autre chose?
ADÈLE
Oui, pour vous, des mitaines brodées'.
MADELEINE
Pour moi? je n'accepterai rien... je ne veux rien... Voyons si elles m'iraient !
ADÈLE
J'en suis sûre, ça prête, c'est élastique. MADELEINE, les essayant.
Oui, c'est eslatique, ça tient chaud, et puis c'est cossu! j'ai l'air d'une princesse, d'une gardechampêtre; s'avez-vous, mam'selle, que je grille de vous punir de tout ça î
ADÈLE
Comment donc?
MADELEINE
En acceptant.
ADÈLE
Je serais bien plus punie si vous refusiez.
MADELEINE
Oh! va-t-elle enrager Catherine la Bossue, avec son tablier tout flambant rouge I et la grosse Dodiue, qui ne jacasse plus que de sa robe lilas à dix-sept sous l'aune... Je ne leur parlerai plus que les mains en avant, comme ça... {elle fait le geste) afin que les mitaines leur crèvent les yeux ; je veux les éborgner avec mes mitaines brodées... Sont-elles jolies! sont-elles jolies! j'ai bien envie de vous embrasser.
ADÈLE
Oui, embrassons-nous toutes, et vivent les belles mitaines, les jolis bonnets et la santé.
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