‹ Magasin théâtralChapitre 1179 sur 1711 · M"»* LA.GRANGE, ADÈLE, MADELEINE, LE DOCTEUR · texte numérisé non relu

M"»* LA.GRANGE, ADÈLE, MADELEINE, LE DOCTEUR

LE DOCTEUR

Allons, courage, Adèle, il vous en faut beaucoup ,' prenez la main de monsieur.

Il désigne Léopold.

LÉOPOLD, à part.

Ça n'a pas trop l'air de lui faire plaisir.

ADÈLE, à part.

Quel cruel supplice!

M-^e LAGRANGE.

Mon fils ! mon cher fils !

ANDRÉ

Que voulez-vous? qui vous appelle auprès de moi? je suis donc le fils de tout le monde? L'un m'appelle son ami, l'autre son frère, l'autre son fils... Je ne suis l'ami, le frère ni le fils de personne, eniendez-vous! Qu'on me laisse, je veux être seul.

Il rit.

LÉOPOLD, présentant Adèle.

Je viens te présenter ma fiancée.

ANDRÉ

Eh bien ! Adèle, tu épouses celui que tu aimes> ton bon André! Sois heureuse, sois heureuse, Adèle.

Il lui tend la main sans la regarder. ADÈLE.

G ma mère, je succombe!

LÉOPOLD

Ce n'est pas trop amusant pour moi.

Silence! rentrez!

LÉOPOLD, à part.

Quand donc me dira-t-on de sortir?

Il rentre. On entend «ne clocbe lugubre qui sonne à de courts intervalles jusqu'à la fin de l'acte.

ANDRÉ

Et tenez, n'est-ce pas la cloche joyeuse qui annonce la cérémonie? Oui, oui, c'est elle; ils partent, ils se donnent le bras, ils vont à l'église parés de fleurs.

LE DOCTECR, regardant à la croisée.

Ciel 1 profitons de cette triste circonstance.

ANDRÉ

Je veux les voir, courons 1 (Il court à la croisée.) Les voilà!

LE DOCTEUR, bas aiix autres.

Restez, restez là tous, et silence.. . A ma tâche, maintenant! [Après s'être rapproché d'André.) Que faites-vous là, mon ami?

ANDRÉ

Je regardais, je croyais assister à une noce, et c'est un enterrement qui passe.

Il rit ; la cloche sonne toujours.

LE DOCTEUR, gravement.

Le monde est ainsi fait, André, la douleur réelle en place des joies rêvées.

C'est vrai, très-vrai, ce que vous dites là. Voyez, plus de mille personnes suivent celte bière. LE DOCTEUR, à part.

Sans cesse le nombre fatal 1 [Haut.) II y a bien des cœurs qui saignent dans cette foule... ils pleurent.

ANDRÉ

Un homme?

LE DOCTEUR

Mon, une femme.

ANDRÉ

Une mère peut-être?

LE DOCTEUR

Oui, et cette pauvre mère est morte pour son fils, pour le seul être au monde qui lui faisait supporter la vie.

ANDRÉ

Le cruel I

LE DOCTEUR

Ce fils s'oublia un jour, pour sauver sa mère souffrante, il emprunta un peu d'argent, et la honte de ne pouvoir le rendre...

ANDRÉ

Il l'avait volé, peut-être !

LE DOCTEUR

L'argent est rendu depuis long-temps; mais le regret, les remords du jeune homme, ont aliéné sa raison, il n'a plus reconnu ses amis, ni sa fiancée qui le pleure, ni sa mère qui est morte de désespoir.

ANDRÉ, riant.

Ah! le nom de cette mère? quel est son nom?

LE DOCTEUR

Le nom de son fils, c'est André.

ANDRÉ, avec effroi.

André !... André I...

LE DOCTEUR, aux autres.

O mes amis, j'espère... le rire s'éteint.

ANDRÉ

André! André! avez-vous dit?

LE DOCTEUR

Oui, André Lagrange, un cœur noble, généreux.

ANDRÉ

Un voleur! Et la mère... [il indique ce qui se

passe au dehors) la mère ! c'était donc la mère d« cet André? c'est donc elle qu'on descend là-bas dans la tombe? c'est elle pour qui cette croix noire est préparée? c'est elle sur qui l'on jette la terre sainte?

Il revient sur le devant de la scène,

Oui, oui, c'est elle!

ANDRÉ, avec un cri terrible.

Ah! ma mère! ma mère!

LE DOCTEUR

Oui, ta mère, André.

M'ne LAGRANGE, à part.

Oh ! je meurs I...

ANDRÉ, se précipitant vers la croisée, en secoue les barreaux avec force.

Ma mère!... Foule, amis, prêtres, fossoyeurs, arrêtez 1 arrêtez ! arrêtez ! ... je veux voir ma mère ! je veux la voir!... arrêtez!...

LE DOCTEUR

Eh bien, oui, vous allez la voir et la rappeler à la vie... Mais par ici, André, par ici.

ANDRÉ

Oui, par ici. {Apercevant sa mère.) Ciel!

LE DOCTEUR, à Jlfine Larjrange.

Parlez-lui, parlez-lui !

M™e LAGRANGE.

Mon cher fils, mon André.

ADÈLE

Mon ami.

ANDRÉ

Ciel! elle parle, elle existe!... Ma mère!... oh! parlez, parlez-moi encore, parlez-moi toujours, si vous voulez que je vive.

Ses jamLes fle'chissent, on le soutient. LE DOCTEUR.

Les larmes sont venues, il est sauvé!... {A André.) Allons, mon ami, du calme... votre mère est là près de vous; mais vous avez encore d'aures cœurs à ménager.

ANDRÉ, revenant à lui et rappelant ses souvenirs .

Oui, oui, Adèle, Madeleine I je les vois, je les reconnais!... et vous aussi, docteur.

Il tombe dans ses bras.

FIN

PARIS. — IMPRIMERIE DE V* BONDEY DUPRE, rue Saint-Louis, 46, au Marais.

PKOLOGUK, SCÈSE XXI.

LES PRUSSIENS EN LORRAINE

L'H0NlM:IJÎ1 D'UNE MÈRE,

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