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SCENE IL LA CHOUETTE, LA COLOMBE

Une colombe traverse le théâtre el va se percher sur le

haut du rocher à gauche.

LA. COLOMBE

Ah 1 je n'en puis plus ! ... je n'avais jamais fait tant de chemiD ! Que... vois-je ! la fée chouette :

LA CHOUETTE

Elle-même, ma sœur . . . Qui vous amène si haut ?

LA COLOMBE

Un vautour m'a poursuivie, j'ai eu peur, j'ai volé jusqu'ici.

LA CeODETTE.

Maintenant, si nous voulons nous reposer un

peu, rien ne nous empêche de redevenir femmes: c'est plus commode pour causer.

LA COLOMBE

Je suis de voire avis.

Musique ; les oiseaux disparaissent , les deux rocliers s'ouvrent, il en sort deux fées ; l'une, qui est la fée Chouette, a un costume brillant mais de couleur noii e et grise; l'autre, la fée Colombe, est toute en blanc.

LA CBODETTE.

Ah ! j'ai craint un moment de ne plus pouvoir redevenir femme... et vraiment c'eût été dommage, car cette forme est toujours la plus jolie.

Air : Je suis heureux, je suis content.

Pour subjuguer par ses atours, Par ses attraits, par ses discours, Pour les plaisirs, pour les amours, En femme il faut rester toujours.

Par mon art à la ronde, Captivant tous les yeux.

Moi, je suis dans le monde Ce qu'on aime le mieux ; Tantôt d'un air novice J'eollamme les amans.

Et puis avec malice Je ris de leurs tourmens.

Pour subjuguer, etc.

En Europe, en Asie, On s'émeut à ma voit; D'une femme jolie Partout on suit les lois.

Restons ce que nous sommes, Car celte forme-là.

Ma sœur, aux yeux des hommes Toujours l'emportera.

Pour subjuguer par ses atours, etc.

LA COLOMBE

Oh! moi, je ne suis pas une coquette comme vous... ce que j'aime avant tout, c'est la constance, les amours sincères... enfin je suis la déesse de la fidélité : aussi, vous et vos pareilles, vous avez conspiré contre moi près de la reine des fées, parce que vous étiez jalouses de me voir occuper la première place après elle.

LA CHODETTE.

Oui, mes sœurs et raoi nous avons porté plainte à notre reine, et nous luiavons dit :« Pourquoi cette préférence accordée à la fée Colombe? que fait-elle pour la mériter?... elle préside aux amours fidèles... belle occupation!... c'est une véritable sinécure., est-ce qu'il y a des amans fidèles ?

LA COLOMBB

Certainement il y en a... et plus que vous ne pensez, méchante langue.

Oui, c'est ce que vous voulez nous faire croire; mais notre reine, qui ne se paie pas de vos belles paroles, a compris que vous deviez ou redescendre au dernier rang des fées, ou trouver sur terre quelques exemples de cette fidélité fabuleuse à laquelle, pour ma part, je ne crois pas.

LA COLOMBE

Et j'en trouverai, je l'ai promis.

LA ciiODETTE, d'un air de doute.

Promettre et tenir... enfin, ma chère, nous vous attendons; c'était d'abord une douzaine d'amans bien épris qu'on vous demandait; puis on a réfléchi que ce serait trop exiger... on se contente de vous demander la paire... voilà tout! un homme et une femme qui s'aiment constamment... pendant une année... une seule!... ce n'est pas trop.

LA COLOMBE

Assurément.

LA CHOUETTE

Eh bien 1 c'est plus que vous n'en pourrez trouver ; la preuve, c'est que vous cherchez encore.

LA COLOMBE

Parce que toutes les nuits vous détruisez mon travail du jour! quand j'ai découvert un cœur bien tendre, bien aimant, vous arrivez bien vite lui souffler des pensées de coquetterie... vous ne vous plaisez qu'à faire le mal I

LA CHODKTTE.

Je ne m'en défends pas! c'est mon bonheur à moi ! cette nuit j'ai fait enlever trois femmes, séduire cinq filles, et battre plus de cent personnes. Je ne suis pas la fée Chouette pour rien ! je protège les coureurs de nuit, les envieux, les méchans, et surtout les femmes laides, parce que celles-là n'aiment pas le grand jour.

Air : l'ont ce que je sais.

Faire le mal c'est ma folie, J'ai quelque chose d'un lutin ; Semer partout la zizanie, Causer des tourmens, du chagrin, C'est mon plaisir soir et matin.

Je rends les femmes plus coquettes Quand ell's ne le sont pas assez, Puis je fais les maris... chouettes Et voilà, et voilà tout ce que je sais; Troubler les ménages, les fêtes, Voilà, voilà tout ce que je sais.

LA COLOMBE

Le joli savoir que vous avez là! mais je vous assure qu'ily a beaucoup d'hommesfidèles... sans que cela paraisse... Tenez, celte nuit j'étais perchée dans un beau jardin , j'ai vu un homme assis dans un bosquet de roses, près d'une jolie femme, qui n'était pas la sienne, et tout-à-coup il s"est sauvé... parce qu'il avait peur d'en devenir amoureux :

LA CHOCETTE.

Ah 1 mon Dieu I et dans quel pays avez-vous trouvé cet homme-là ?

LA COLOUBE.

C'était un Iroquois.

LA CHOUETTE

Vous feriez bien mieux de chercher vos deux amans fidèles.

LA COLOMBE

Soyez donc tranquille, on les trouvera.

LA CHOUETTE , se moquanl.

Oui, une 6délité de six semaines.

LA COLOMBE

J'en ai déjà trouvé une de onze mois.

LA CHOUETTE

En vérité î mais c'est les trois quarts et demi de ce qu'on vous demande. Un homme et une femme qui s'aiment depuis onze mois!... où sont donc ces deux merveilles?

LA COLOMBE-

Oui, attendez que je vous le dise, pour que vous alliez les déranger dans leur honnête occupation ! ( A part. ^ Je me garderai bien de lui nommer Pâquerette et Feuilleté! quoique je sois sûre d'eux, j'aime mieux ne pas les exposer à la tentation.

LA CHOUETTE, à pari.

Elle ne se doute pas que depuis quinze jours j'ai découvert sa petite paysanne et son jeune pâtissier, dans les états du seigneur Ganachini. Maintenant toutes mes batteries sont dressées; la femme du prince est coquette et vindicative; leur frère a beau être laid comme un monstre, il est amoureux comme un pigeon; Ganachini est un vieil imbécile, qui fait tout ce que veut sa femme; ils seconderont mes projets.

LA COLOMBE

Au revoir, ma sœur; dans un mois, mes protégés s'aimeront depuis un an; je vous les présenterai au tribunal de notre reine.

Dans un mois.

LA COLOMBE

J'ai affaire à deux mille lieues d'ici , je vais reprendre mes ailes...

LA CHOUETTE

Et moi aussi, car j'ai donné rendez-vous à deux hiboux de mes amis... à Paris dans la rue de la Licorne.

LA COLOMBE, à part.

Allons retrouver mes jeunes amans.

LA CHOUETTE, à part.

Rendons-nous à la cour du prince Ganachini.

ENSEMBLE

Air : Final de Bruno.

Devenons oiseaux, Prenons notre plumage!

Sous dirs cieus plus beaux Sont des objets nouveaux.

Bravant le danger.

Pour nous quel avantage De pouvoir changer, De pouvoir voltiger!

LA COLOMBE, à pari.

Près de Pâquerette II faut retourner à l'instant ; Puisse cette jeune fillette Rester fidèle à son amant;

Moi, je vais sur terre Jouer encor quelque bon tour El mettre tout le monde en guerre Pendant la nuit, pendant le jour.

LA CHOUETTE ET LA COLOMBE. 3

EN'SEMBLE

Devenons oiseaux, etc., etc.

yépres le morceau les deux fées rentrent dans les rochers .

qui se referment sur elles. Les oiseaux reparaissent sur le sommet de chaque pic et s'' envolent. Ensuite les rochers s''enfoncent,les nuag-es dit fond s^ élèvent, et on voit un riche palais, ouvert au fond, un petit trône A

gauche.

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SCE?fE m.

GANACHLM, Gabdes.

Les gardes de Ganaclnni ont un costume de soldats, mais pour coiffure un bonnet de coton; ils portent un fusil sur un bras, et sur l'autre une serviette comme les garçons limonadiers.

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