‹ Magasin théâtralChapitre 1268 sur 1711 · SCENE XIII · texte numérisé non relu

SCENE XIII

PAQUERETTE, FEUILLETÉ

FEUILLETÉ, portant une galette.

Air des Cancans.

J'ai le cœur plein d'amour

Et brûlant comme mon four;

Oui, chez moi constamment C'est tout chaud, c'est tout bouillant.

Pour toi je sèche, je cuis, Je soupire et je pâtis !

Goût' le gâteau que voilà.

Et mets un peu ta main là...

J'ai le cœur, etc.

PAQUERETTE

Comment, Feuilleté, c'est pour moi cette belle galette?

FEUILLETÉ

Et pour qui donc?... qui plus que toi est digne de ma pâte-ferme!... toi, ma jolie Pâquerette... toi, ma passion... elle est peut-être un peu salée, mais c'est pour lui donner du goût.

PAQUERETTE

Est-ce que tu as fini ton ouvrage ?

FEUILLETÉ

Ah! j'ai encore un flanc au four pour un baptême... en cerises, que m'a commandé le parrain... un peu cuit... de centsous; mais Criquet estchez moi, il y veillera. Je ne voulais pas être plus long-temps sans te voir... c'est qu'une heure loin de toi, c'est plus long qu'une journée ensemble.

PAQUERETTE

Sais-tu quec' est bien gentil ce que tu me dislà?

Oh ! quand nous serons mariés, je t'en dirai bien d'autres, va... mariés... l'un avec l'autre, je serai ta moitié, et tu seras mon tout!... Quel joli ménage nous ferons!... d'abord, jeté bourrerai de pâtisseries et de caresses.

PAQUERETTE

Et moi donc \

ENSEMBLE

Air : Filles de VEnfer.

Lorsque nous serons époux, (iiï.) Que notre sort sera doux ! (bis.)

ENSEMBLE

Jamais de chagrin chez nous.

Jamais de soupçons jaloux.

Que notre sort sera doux, Lorsque nous serons époux !

FEUILLETÉ

Moi, je veux que tu deviennes Grasse et rose comme un amour; Cliaqu' matin, je veux qu' tu prennes Les premiers gâteaux d' mon four !

Nous ferons de Ijonn's recettes,

L'argent, dans c' comm'rce-là.

Vient en faisant des boulettes, El de tout temps on en fera !

ENSEMBLE

Lorsque nous serons, etc.

PAQUERETTE

Moi, je veux dans notr' boutique

LA CHOUETTE ET LA COLOrviBE.

Que tout séduise les j'eux.

Pour attirer la pratique J'aurai l'air bien gracieux.

PJol' fortune, sans anicroches Doit s'arrondir, car pour ça I n' faut faire que des brioches, Et de tout temps on en fera.

ENSEMBLE

Lorsque nous serons, etc.

FEUILLETÉ

C'est égal, Pâquerette, je suis fâché que tu aies voulu attendre jusqu'à la fin de l'année pour nous marier, et quoique nous n'ayons plus qu'un mois à attendre, je trouve qua c'est encore trop.

PAQUERETTE

Pourquoi cela ?

FEUILLETÉ

Parce que cette nuit j'ai fait un vilain rêve .. un rêve qui me tourmente... je voyais une chouette sur mon lit, et ce maudit oiseau ne cessait de me répéter : « Tu n'auras pas Pâquerette... elle t'oubliera; unegrande dame te consolera... patati... patata... >•

PAQUERETTE

Comment, une chouette te disait cela?... Oh ! c'est bien singulier; j'ai vu en songe le même oiseau, qui m'annonçait aussi des choses extraordinaires.

FEUILLETÉ

Ah ! bah!... rêver chouettes tous les deux... c'est étonnantça; je ne crois guère aux songes... pourtant je voudrais bien que quelqu'un pût m'expliquer ce que ça veut dire.

Il y a une personne dans le pays qui serait bien en état de nous le dire etsurtout de nous donner de bons conseils, la mère Berthe.

FEUILLETÉ

Oh! oui, cettevieille femme qui n'a plus qu'une dent, que tout le monde respecte et honore dans le village... on dit que c'est la crème des vieilles femmes... mais je n'ai jamais osé lui parler.

PAQUERETTE

Ni moi, mais elle a l'air si bon, je suis sûre qu'elle nous écouterait avec plaisir.

FEUILLETÉ

Si je le savais, je dirais : Allons la consulter.

Pendant que les deux amans causent , la fée Colombe, sous le costume d'une vieille pajsanne, paraît loul-à-coup assise dans un vieux fauteuil qui roule et s'arrête contre Pâquerette, de sorte qu'en se retournant les amans aperçoivent la vieille pajsanne assise près d'eux. PAQUERETTE.

Tiens!... eh mais! la v'ià la mère Berthe.

FEUILLETÉ

Ehl oui, vraiment... je l'ai pas entendu ouvrir la porte.

PAQUERETTE, allant à elle.

Bonjour, mère Berthe. Ohl que c'est aimable à vous de venir me voir I Est-ce qu'il y a longtemps que vous êtes là?

LA COLOMBE

Non, mes enfans, j'arrive, et je me reposais parce qu'à mon âge on est vite fatigué.

FEUILLETE.

Vous arrivez joliment à propos, dame Berthe; nous voulions aller vous consulter au sujet d'un rêve que nous avons fait tous les deux.

LA COLOMBE

Je le sais, je vous ai entendus : vous avez vu tous deux une chouette.

FEUILLETÉ

Oui, une chouette grise, c'est ça... et une chouette grise, c'est ma bête noire à moi.

PAQUERETTE

Oh ! mère Berthe, qu'est-ce que ce songe-là nous annonce?

LA COLOMBE

Bien des choses, mes enfans : Pâquerette, un grand seigneur voudra te séduire, l'entever; peutêtre même on te séparera de Feuilleté, qui de son côté aura bien des pièges à éviter, bien des tentations à combattre.

PAQUERETTE

Ah! mon Dieu ! comment triompher de ces malheurs?

FEUILLETÉ

Comment garder ma Pâquerette pour moi tout seul?

LA COLOUBE.

Mes enfans, vous possédez sans vous en douter un talisman qui peut vous protéger contre tout ce qu'on tenterait pour vous séparer.

Air du Talismnn.

Tous les deux dun amour sincère Yous vous aimez, je lésais bien ; Mais qu à l'avenir rien n'altère

Entre vous ce tendre lien ; Alors, du sort le plus rebelle Vous triompherez constamment :

Rester toujours fidèle Il n'est pas d'autre talisman.

PAQUERETTE

Rester fidèle, niais c'est charmant, Nous emploierons ce talisman.

FEUILLETÉ

Nous l'emploierons, je vous le jure.

T)'abord, moi, ça m" va joliment.

Etr' fidèr, c'est dans ma nature, J' suis un canich' pour l'attach'raent.

PAQUERETTE

Des conseils de la bonne mère

Nous nous souviendrons conslammeut;

Notre amour est sincère, Nous emploierons ce talisman.

ENSEMBLE

Rester fidèle, mais c'est charmant, Nous emploierons ce talisman.

Pendant r/it'its chantent, le /aiiteiiil se relire, emmenant ta fée, qui disparaît j le. fait tetnl vide a repris sa place. PAQUERETTE.

Tiens ! ... eh bien ! la bonne mère est partie!

C'est étonnant, pour une vieille femme, comme elle entre et sort lestement... Ah: mon Dieu! et mon flanc aux cerises que j'oublie; je retourne au four, car je ne peux pas trop me fier à Criquet. Au revoir, ma petite Pâquerette; une fois ma commande livrée, je reviens près de toi.

PAQUERETTE

Dépéche-toi, je t'attends.

FEUILLETÉ, en sortant.

J'ai le cœur plein d'amour.

Et brûlant comme mon four.

Oui, chez moi constamment C'est tout cliaud, c'est tout bouillant.

Il sort.

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