SCENE V
Les Mêmes, GANACHINI, VIOLENTINE, BOURIQUET, Villageois , Sauteurs , Paillasses : LA FÉE CHOUETTE , toujours en vieille blanchisseuse.
Panda nt le chœur, la chouette arrive et se mêle à tous les jeux, mais en observant toujours Pâquerette.
CHOEUR
Final de la Reine d'un Jour.
Aux jeux, à la folie Livrons-nous tour à tour.
Que la fête est jolie!
Célébrons ce beau jour.
PAQUERETTE, à pan.
Tout ira bien, j'espère.
LA CHOUETTE, à pari.
Ici règne un mystère.
PAQUERETTE, à part. Grâce à la plume qui me protège, Je puis m'amuser à leurs dépens.
LA CHOUETTE, à part.
Je découvrirai le sortilège Qui cache en ces lieux nos deux amans.
CHOEUR
Aux jeux, à la folie, etc., etc.
Pendant le chœur,Ganachini et Violentine sont sortis de l'auberge en regardant la fée. La Chouette disparaît dansla foule.
GANACHINI.
On paraît s'amuser beaucoup ici... Mais la rosière... je demande la rosière... En as tu trouvé beaucoup?
feuilleté.
Seigneur, afin que vous ayez vous-même la facilité de choisir la jeune fille qui mérite la rose, on va vous apporter un miroir magique. [JPaisant approcher Pâquerette.) Tiens, petite, avance toi-même, et viens expliquer ton spectacle à monseigneur.
GANACHIKI.
Ah! c'est cette jeune bachelette qui va nous montrer la marmotte. Allons, petite, apportenous ta curiosité. {Ganachini et Violejïiine s'asseyent. Pâquerette fait apporter par les paysans une glace que l'07i met au milieu du théâtre.) Yoilk. une très-belle glace. {Il va se regarder.) Eh bien! je ne me vois pas dedans.
PAQUERETTE
Ah! monseigneur, c'est qu'il y a une manière de se regarder.
GANACBINI.
Il faut peut-être fermer les yeux.
PAQUERETTE
Asseyez-vous d'abord, et dites qui vous désirez qui approche.
GANACHINI.
Maire, oi!i sont les jeunes Qlles qui aspirent à être rosières ?
FEUILLETÉ
Elles y aspirent toutes, seigneur.
VIOLBNTINE.
Faites-en avancer une. {Une jeune jiaysanne s'avance.) Faites-nous voir le cœur de cette villageoise, que nous sachions si elle mérite la rose.
Pâquerette place la paysanne devant la glace sans pourtant la masquer. Elle lui fait lever le hras gauche, et aussitôt dans la glace on voit un cœur vert.
GANACHINI.
Un cœur vert!... Comment! cette jeune fille a le cœur vert ! Elle est donc malade?
PAQUERETTE
Non, seigneur; cela signifie seulement qu'elle est ambitieuse, qu'elle espère un jour avoir des parures, des diamans, des cachemires, et qu'elle ferait tout pour cela.
Tout! c'est beaucoup! Ma chère enfant, j'en suis fâché, mais votre vertu ne me semble pas bien solide. Passons à une autre.
Le cœur disparaît . Une seconde paysanne est placée devant la glace; on voit paraître un cœur rouge.
VIOLENTINE.
Ohl voilà un cœur bien rouge... il doit être tout en feu 1
PAQUERETTE
Vous l'avez dit, princesse, cela annonce un caractère brûlant, passionné.
GANACHINI.
Paysanne, j'en suis désolé, mais... « Tu. n'auras pas ma rose, car m la rôtirais. » A une autre.
. VIOLBNTINE.
Cette glace est peut-être menteuse, je veux en faire l'essai.
GANACHINI, à part.
Comment ! est-ce que mon épouse aurait aussi la prétention d'être rosière ?
PAQUERETTE
Placez-vous, madame.
Violentiue se place; on voit un cœur jaune. GANACHINI.
Ah! mon Dieu! un cœur jaune!
Monseigneur, cela annonce...
GANACHINI.
Eh parbleu ! tout le monde sait bien ce que cela annonce.
VIOLENTINE.
On n'a pas besoin d'explication !
GANACHINI.
C'est juste, on n'a pas besoin d'explication. A
mon tour, je veux voir, non pas mon cœur, je le connais parfaitement, j'ai le cœur sur la main; mais comme les peintres ne m'ont jamais fait ressemblant, c'est ma tête que je veux voir dans cette glace. Allons, je pose pour la tète. (// se place ; on voit la tête d'un cerf. Tout le monde rit.) Une tête de cerf!... Quelle horreur!
BOURIQUET.
C'est très-ressemblant.
LA CHOUETTE, s'avançanl.
Vous n'avez pas trouvé de rosière... mais faites poser celle qui montre cette curiosité.
PAQUERETTE
MoiT mon Dieu, je le veux bien.
Elle pose ; on voit un cœur Liane.
GANACHINI.
Un cœur blanc 1... Ah ! voilà la véritable !
VIOLENTINE.
Qu'est-ce qu'on disait donc!... qu'il n'y avait de rosière que Pâquerette ? LA CHOUETTE, enlevant la plume de Pâquerette.
La reconnaissez-vous?
TOUS
Pâquerette l
LA CHOUETTE
Oui, c'est Pâquerette. (Arrachant la barbe à
Feuilleté.) Cet homme est son amoureux... et
quant au monstre qu'il montrait dans cette cage...
DROidADAlROS, écartant le rideau.
Je suis Dro... Dro...
FEUILLETÉ, courant à la cage et le frappant. Silence, Caressant.
Il referme le rideau.
GANACHINI.
Est-ce qu'il parle?
FEUILLETÉ
Non, il grogne, voilà tout.
LA CHOUETTE
Regardez.
Elle va à la cage, qu'elle touche, et qui se change en un fourneau sur lequel sont placées plusieurs casseroles ; on voit le feu dessous.
GANACHINI, enchanté.
Un fourneau garni de s*es casseroles!... Ah! je vais donc enfin dîner! ...
Il s'en approche ; tout-à-coup, du milieu du fourneau, s'élance Dromadairos dans sa peau de tigre. On recule avec effroi.
FEUILLETÉ, aux paysans.
Mes amis, on a mis le monstre en liberté ; il va vous dévorer tous.
LES PAYSANS
Il faut le tuer.
Dromadaires se sauve. Les paysans, armés de bâtons, le poursuivent. On le renverse à l'aide de fourches. On le tient étendu parterre; en même temps, d'autres approchent avec effort une grande dalle, et la laissent lourdement loniLer sur le malheureux Dromadairos, quelle écrase.
LA CHOUETTE
Malheureux, que faites-vous ! c'est le seigneur Dromadairos!
LA CHOUETTE ET LA COLOMBE
VIOLKNTINB.
Mon frère!... Misérables, enlevez cette pierre.
On relève la pierre, sur laquelle on Irouve imprimée toute la silhouette de Dromadaires. Quant à lui, il est e'tendu par terre, plat comme une feuiUe de papier. Tont le monde pousse un cri d'horreur,
LA. CHOCKTTE.
Ne vous désolez pas encore. Qu'on m'apporte un petit soufflet... je vais essayer de lui donner de l'air.
On apporte un e'norme soufflet, qu'on approche de la houche de Dromadaires. On voit son corps se gontler peu a peu; puis il se dresse, se relève en sautant, jette au loin sa tête de lion, offre le bras a la Chouette, et sort suivi de tous les paysans, qui crient au prodige, et de Violentine, qui a donne' l'ordre à ses gardes d'arrêter et d'entraîner Pâquerette et Feuilleté. — Le the'âtre change. — Une petite chambre du palais. Au fond, deux fenêtres, une à gauche donnant sur un pre'cipice, l'autre donnant sur une chapelle. Porte de côté.
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