LA FÉE CHOUETTE, FEUILLETÉ
Feuilleté' est endormi sur un morceau de roc ; la fc'e Clioueltc est de'gnise'e eu ermite.
LA cnoUETTE, regardant Feuilleté.
Il est évanoui... après la chute qu'il a faite en s'échappant psr la fenêtre du palais Ganachini, si je ne l'avais pas soutenu en l'air, je crois qu'il ne s'en serait pas relevé... Ce n'est pas sa mort que je veux, c'est sa fidélité qu'il me faut vaincre.
Elle s'approche de Feuitlelé et chante.
Ici daigne m'entend re, Et que ma voix bien tendre Te fasse enfin comprendre Mes feux Et mes vœux.
Une douce flamme Brûle mon cœur ; Je sens en mon âme
Sa vive ardeur.
Quand ma voix te presse.
Daigne en ce jour Payer ma tendresse D'un peu d'amour.
Feuilleté commence à rei>enir à lui ; elle dit la reprise en s'éloignant un peu.
FEUILLETÉ^ Ouvrant les yeux.
Où suis-je doncî... je dois être mort, car je m'étais jeté dans un précipice.
LA CHOUETTE, s'avançant.
Grâce au ciel, mon frère, vous existez encore.
FEUILLETÉ
Que vois-jel... un ermite... un vénérable ermite... Et comment se fait-il que je sois dans cette grotte?
LA CHOUETTE
Je vous ai vu tomber dans un précipice... j'ai volé à votre secours ; un baume merveilleux a guéri vos blessures.
Puisque Pâquerette est morte, qu'est-ce que vous voulez que je fasse au monde ?
LA CHOUETTE
Croyez-moi, la vie peut encore avoir pour vous quelques charmes. Si vous n'avez pas d'asile, restez avec moi, mon fils.
FEUILLETÉ
Que je me fasse ermite?... mais je n'ai pas l'âge, mon vénérable père.
LA CHOUETTE
Croyez-vous donc qu'il faille être vieux pour se résigner à la retraite î... regardez-moi.
Elle ôte sa faujsse barbe.
FEUILLETÉ
Qu'est-ce que je vois làl un ermite de vingt ans!
LA CHOUETTE ET LA COLOMBE
LA CHOCETTB.
Oui, mon frère.
FEUILLETÉ
Et vous habitez seul dans cette grotte?
LA CHOOETTE.
Absolument seul.
Et vous avez pour vivre?...
LA CHOUETTE
Des racines que je cueille aux environs, et l'eau du torrent voisin.
FEUILLETÉ
Des racines et de l'eau... ça ne doit pas faire de bon bouillon.
LA CHOUETTE
Est-ce que j'ai la figure d'une personne qui pâtit?
FEUILLETÉ
Ma foi non... je vous trouve fort bonne raine.
LA CHOUETTE
Avez -vous besoin de quelque chose, mon frère ?
FEUILLETÉ
Au fait, ma chute m'a creusé l'estomac... voulez-vous me passer la cruche, mon frère?
LA CHOUETTE
Attendez... pour les malades, j'ai quelque chose de meilleur que je tiens en réserve... l'eau vous ferait du mal. {Elle lui donne une gourde d'osier.) Bayez de ceci... buvez-en beaucoup... cela ne peut que vous faire du bien.
FEUILLETÉ , après avoir goûté.
Diable!... c'est au moins du cognac ça... et du très-vieux. [Il boit.) Si c'est là vot' boisson habituelle, mon cher frère, vous devez être quelquefois un peu pochard... Oh! je sens une chaleur... c'est étonnant, je n'ai plus du tout envie de mourir.
LA CHOUETTE, à pari.
Bravo I
FEUILLETÉ, un peu étourdi.
Mais dites-moi un peu, mon petit père... plus je vous regarde... et plus vous me faites l'effet d'un ermite de contrebande.
LA CHOUETTE
N'avez-vous jamais entendu parler de la belle Margaritta...premièrechanteuse du grand théâtre de Madrid ?
FEUILLETÉ
Le grand théâtre I... une première chanteuse... Il paraîtrait, cher frère, que nous ne sommes plus au prône.
LA CHOUETTE
Margaritta, conduite par le hasard dans l'île des Lumières, y devint éperdument amoureuse d'un jeune artisan... d'un simple pâtissier.
FEUILLETÉ
Je devine... ce pâtissier... c'est vous.
LA CHOUETTE
Ce pâtissier s'appelle... Feuilleté.
FEUILLETÉ
Hein?
LA CHOUETTE
Et je suis Margaritta, la chanteuse!
Elle jette sa robe d'ermite et paraît enélogaat costume de ilanseuse espagnole,
FEUILLETÉ , reculant effrayé.
Ah ! mon Dieu I
LA CHOUETTE
Tu vois bien que je ne t'ai pas menti, que tout est vrai dans mon récit... comme mon amour pour toi.
FEUILLETÉ
Vous m'aimez ?
LA CHOUETTE
C'est parce que je t'aime que je t'ai secouru... rendu à la vie quand tu allais mourir... et toi... voudrais- tu me laisser périr de ma douleur ?
FEUILLETÉ, à part.
Ah! mon Dieu!... je fléchis, je faiblis...
ENSEMBLE
ÂIB :
LA. CHOUETTE
Il sent son cœur Qui bat ; est-ce de peur ?
Auprès de moi, 11 sent un duux^ émoi ;
Ici je veux Qu'un baiser plein de feux
.\it attesté Son infidélité.
FEUILLETE.
Je sens mon cœur Qui bat ; est-ce de peur?
Oui, malgré moi Je suis tout en émoi ;
Ici je veux Pourtant braver ses yeux :
En vérité , C'est d' la fidélité.
LA CHOOETTE, s^ approchant de Feuilleté.
Pour calmer ma peine exti éme, Tu ne peux me refuser ; De toi, daus ce moment même, Je ne veux qu'un seul baiser. ,•
FEUILLETÉ. • ■ '"%j|î Un baiser, c'est peu de chose, ■•
Et je n'y vois pas grand mai ; Pourtant il m's'embl' que je n'ose.
Ou que ça me s' rait f^|^.