ROUSSILLON, M. DE MONTERAIS, JULES
M. DE HONNERÂIS.
C'est vous, monsieur, qui avez eu l'impudence de m'écrire le billet que j'ai trouvé dans ma cassette ?
ROUSSILLON
C'est moi qui ai eu cette attention délicate.
M. DE M0>NERAIS.
Savez-vous que je puis vous faire arrêter?
ROUSSILLON
C'est vrai! car vous avez écrit au procureur du roi.
Et vous n'avez pas tremblé?
ROUSSILLON
Si, si, j'ai tremblé, mais pour vous.
JULES
Pour mon père!... Drôle!
M. DE MONNERAIS, après un moment de silence. Laissez-nous, Jules. {A part.) Cet homme est plus dangereux que je ne pensais.
JULES
Mais, mon père, vous voulez rester seul avec un pareil misérable?
M. DE MONNERAIS.
Je n'ai rien à craindre de lui.
ROUSSILLON
Ni moi rien à craindre de monsieur votre père ; vous pouvez être tranquille, jeune homme.
Jules sort.-
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ROUSSILLON, M. DE MONNERAIS.
M. DE MONNERAIS.
Ah ! tu crois donc n'avoir rien à craindre de moi?
ROCSSlLtON.
Pour le moment, j'en suis sûr ; plus tard, je ne dis pas.
M. DE MONNERAIS.
Et pourquoi pas maintenant?
ROUSSILLON
C'est que maintenant, voyez-vous, j'ai en ma possession quelque chose qui pourrait bien vous envoyer aux galères, tout baron que vous êtes.
M. DE MONNERAIS.
Misérable I
ROUSSILLON
Si votre fils avait été là, je ne vous aurais pas dit ça... j'ai des procédés et des principes... Je sais qu'il ne faut pas humilier les pères devant les enfans; mais nous sommes seuls, j'ai d'autres affaires que la vôtre à terminer, et vous m'avez déjà fait perdre assez de temps. Acceptez-vous ma proposition ?
M. DE MONNERAIS.
Mais avant de faire un pareil marché, il fau t que je sache ce que tu veux me vendre.
ROUSSILLON
Oh! le catalogue n'est pas long... deux chiffons de papier .. Primo, une lettre de M. lecomte de Monnerais, votre frère, qui...
M. DE MONNERAIS, l'interrompant.
Bien!
ROUSSILLON
Bien!... Seconde, une déclaration datée du village de Saunoy,etsignée de la marquiseLaura de Gèvres et du chirurgien qui l'a accouchée, attestant...
M. DE MONNERAIS.
Assez, assez.
ROUSSILLON
Ça n'est pas gros, mais c'est superfin, et je ne vous ai pas surfait en vous demandant quinze mille francs.
M. DE MONNERAIS.
Tu as dit dix mille.
ROUSSILLON
J'ai dit ça, moi ?
M. DE MONNERAIS.
Si tu ne l'as pas dit, tu l'as écrit.
ROUSSILLON
C'est possible; mais comme je ne sais pas l'orthographe, j'ai pu me tromper... mais c'est quinze mille que j'ai voulu mettre.
M. DE MONNERAIS.
Quinze mille, soit.
En or.
M. DE MONNERAIS.
En or?
ROUSSILLON
Oui, et le plus tôt sera le mieux.
M. DE MONNERAIS, après un moment de réflexion.
Tu dois bien penser qu'on n'a pas chez soi quinze mille francs en or... Dis-moi l'endroit où sont ces papiers, et je te donnerai un bon sur mon banquier à Lille.
ROUSSILLON
C'est pas ça...
M. DE MONNERAIS.
Comment ce n'est pas ça?
ROUSSILLON
J'ai une autre manière que je préférerais.
M. DE MONNERAIS.
Laquelle?
ROUSSILLON
Donnez-moi les quinze mille francs, et je vous dirai où sont les papiers quand j'aurai quitté le pays.
M. DE MONNERAIS.
Et tu me crois assez niais pour me fier à toi quand tu auras l'argent î
ROUSSILLON
La confiance ne se commande pas, n'en parlons plus ; cherchons autre chose.
M. DE MONNERAIS.
Il est bien plus simple de me dire où sont ces papiers, et je t'enverrai ton salaire.
ROUSSILLON
Et vous me croyez assez godiche pour croire...
M. DE MONNERAIS.
Misérable I
Ici on voit se déplacer la corde du Ladiçjeonneur et celuici paraît. Le jour baisse.
ROUSSILLON
C'est que c'est difficile de s'entendre quand on a une égale confiance l'un dans l'autre.
M. DE MONNERAIS.
Il faut pourtant en finir.
ROUSSILLON
Je suis tout aussi pressé que vous.
M. DE MONNERAIS.
Quel danger as-tu à courir de ma part, puisque tu as ces papiers?
ROUSSILLON
De votre part, non... mais, entre nous, je ne me soucie pas de flâner long-temps dans les environs...
M. DE MONNERAIS.
En effet, j'y pense... C'est toi qui as volé les Lombard...
ROUSSILLON
Bah! on les a volés ?... Eh bien! monsieur le î)aron,ils sont assez mauvaises langues pour avoir été dire à la police que c'était moi, et la police sera peut-être assez bon enfant pour les croire.
M. DE MONNERAIS, à part.
S'ils te faisaient arrêter je serais perdu.
L'OUVRIER
ROUSSILLON, à paru
S'ils m'empoignent, je suis flambé!
M. DE MOSNERAIS.
Allons, voyons, il s'agit de prendre un parti...
BOCSSILLON.
Eh bien ! tenez, croyez-moi, si nous voulons arriver, partons d'un principe : donnant, donnant.
M. DE MONNERAIS.
Soit I Où veux-tu que je te retrouve?
ROCSSILLOPÎ.
Je n'ai pas encore arrêté d'appartennent, et d'ailleurs je ne voudrais pas vous déranger... [A part.) Et j'ai besoin de repasser par ici.
M. DE MONNERAIS.
Mais enfin que veux-tu ?
ROUSSILLON
Tenez, je suis bon homme, et je n'y mets pas tant de finesse.
M. DE MONNERAIS.
Voyons.
ROCSSILLON.
Ce soir, à dix heures dans le château.
M. DE MONNERAIS.
Tu oserais y rentrer ?
ROCSSILLON.
J'ai bien osé y venir. Mon argent seraprêtî
M. DE MONNERAIS.
Et tu apporteras les papiers?
ROrSSXLLON.
Vous les aurez. [A part.) Quand je les aurai repris.
M. DE MONNERAIS, à part.
Enfin, il se livre a moil
ROCSSILLON, « part.
Tant pis pour lui s'il rechigne ou s'il fait la méchant; ce soir il y aura ici quelqu'un qui me le paiera plus cher que lui.
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