SCENE IV
NORVAL, AUBRAY.
NORVAL.
Sir Aubray !
AUBRAY
Moi-même, un peu changé, tu le vois... l'avénement de Charles II m'a fait perdre, comme à toi, mon grade, ma position... le démon du jeu a fait le reste... je n'ai plus un schelling, je n'ai plus une obole, et me voilà au dernier chapitre de ma fatale histoire... Mais toi, j'ai peine encore à le croire... mon ancien lieutenant, soldat du roi !
NORYAL.
Il le fallait pour empêcher la ruine de mon père.
ATJBRAY.
Tu n'es pas heureux!
NORVAL.
Mais VOUS l'êtes moins encore, à ce qu'il me semble : sir Aubray , disposez de moi si je puis vous être utile.
AUBRAY
Tu me tends la main ! Tu me fais des offres de service, à moi qui allais, il y a six mois...
NORVAL.
Ordonner ma mort... vous le deviez... la discipline l'exigeait.
AUBRAY
Et tu me pardonnes?
NORVAL.
Je vous le répète , je suis à vous.
AUBRAY
Mais, comment se fait-il que tu aies été oublié par lady Melrose et sir Georges Hamilton, à qui tu as rendu un si important service?
NORVAL.
Oublié... non... tous les deux ont voulu m'accabler de leur reconnaissance; mais moi , j'ai toujours su m'y dérober. Depuis six semaines seulement, mon métier de soldat du roi m'a rapproché d'eux sans qu'ils s'en doutent... je les vois tous les jours entrer au palais et en sortir ; mais eux ne font pasattentionàmoi, et ne s'avisent pas de me chercher sous cet uniforme.
AUBRAY LE MEDECIN
AUBRAY
Pourquoi les fuir?
NORVAt.
Parce qu'il ne peut y avoir aucune relation entre moi et des favoris de Ciiarles II ; parce que, résolu à n'accepter ni places, ni faveurs, ni grade sous les Stuarls... je n'ai besoin auprès d'eux de la protection de personne... parce que, si je n'ai pas voulu être payé par la république pour donner la mort à sir Georges , je ne veux pas non plus être payé par sir Georges pour lui avoir sauvé la vie.
ACBRAY.
Je t'admire, et je rougis en même temps , mon cher Norval, de ne pouvoir être un puritain aussi rigide, aussi stoique que toi... Je te l'avouerai même, dans ce moment, tout misérable que je suis , je ne désespère pas de refaire ma fortune par le crédit d'une grande dame.
Que dites-vous ?
ACBRAY.
Je l'attends... elle va venir.
NORVAL.
Elle va venir I
ACBRAY.
Je le crois du moins : je lui ai écrit quatre lignes , et il me paraît impossible qu'elle y résiste.
NORVAL.
Comment t quatre lignes !
ACBRAY.
Très-simples; je lui demande un instant d'entretien; je lui dis que je l'attends, voilà tout. Ce ne sont pas les expressions de mon billet qui auront sur elle quelque empire. C'est tout simplement ma signature.
>'ORVAL
La signature du colonel Aubray... c'est avec ce nom, ce nom proscrit, que vous prétendez...
ACBRAY.
Non pas le colonel, mais le docteur Aubray.
NORVAL.
Le docteur!
Ici le sergent Macdowel vient rl'entrer en scène par la gauche, suivi de trois ou quatre soldats.
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