SCENE XIV
SIR GEORGES, NORVAL.
GEORGES
Je savais que je devais retrouver ici celui qui m'a sauvé la vie. Le lieutenant Wilfrid me l'avait dit en m'avertissant de ce qui se passe au château de Melrose. Je suis venu; car plus que jamais j'ai besoin des services d'un homme d'honneur...
NORTAL.
Expliquez-vous.
GEORGES
Cet Aubray à qui l'on vient de donner le commandement des gardes du roi , cherche tous les moyens de me nuire et de me renverser... et comme il n'y a pas de calomnie qui puisse trouver prise sur ma vie, il s'est avisé, par un instinct de démon, d'employer, pour me perdre, au nom du roi, les mêmes moyens et les mêmes prétextes qui lui avaient servi jadis au nom du parlement; il s'est rappelé que lui et les siens me poursuivaient alors comme dépositaire d'un secret d'état, et il a persuadé d'abord à lord Rochester, puis, par son entremise, à Charles II lui-même, de m'en demander compte, comme avait voulu le faire la république. Ce secret que je ne connais pas moimême , et qui a donné lieu à bien des interprétations différentes de la part de tous les partis....
NORVAL.
Eh bien ! me trompé-je? et nem'avez-vous pas dit il y a six mois que c'était le secret d'une femme?...
GEORGES
En effet.
NOUVAL , à part.
O ciel, et cette joie qui éclatait dans les yeux de sir Aubray quand il a reçu le message du roi, et ses menaces à lady Melrose....
GEORGES
Yous ne m'écoutez plus, monsieiu:.
NORVAL.
Ah ! pardon, pardon, je suis à vous... parlez... Cette femme...
GEORGES
Je l'ai vainement cherchée dans toute l'An*
gleterre. Le nom obscur inscrit sur le médaillon qui contient ces papiers est inconnu de tous mes nobles amis ; et désespérant de faire parvenir ce dépôt à son adresse, je l'ai remis à ma mère, dont le château est en face de celui de lady Melrose... mais aujourd hui, aujourd'hui que le génie infernal de sir Aubray est en éveil pour découvrir cet écrit, je ne le trouve plus assez en sûreté dans la demeure de ma mère, puisque ces misérables ne respectent rien... Et cependant, monsieur, j'ai juré, il y a un an , à mon père blessé à mort par les balles républicaines, j'ai juré, en recevant de lui ce dépôt, qu'il ne tomberait jamais au pouvoir de nos adversaires. Vous m'aiderez à tenir ma parole, n'est-il pas vrai ? et cette fois, je vous devrai plus que la vie.
NORVAL.
Vous voulez , n'est-ce pas , que je sois à mon tour dépositaire de ce médaillon et de cette lettre ?..=
GEORGES
Oui , pour quelques jours... ce temps me suffira pour confondre sir Aubray, pour obtenir justice et réparation. ( Écrivant sur ses tablettes, et les lui remettant. ) Tenez... avec ce mot vous allez vous rendre auprès de la comtesse Hamilton.
NORVAL.
Sur-le-champ...
GEORGES
Elle vous remettra...
NORVAL.
Bien I bien... et je fais à sir Georges Hamilton le même serment qu'il a fait à son père.
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