‹ Magasin théâtralChapitre 1359 sur 1711 · SCENE XA^II · texte numérisé non relu

SCENE XA^II

AUBRAY, NORVAL.

NORVAL, « part.

Encore cet infernal sourire!

AUBRAY

Pour toi, Norval, j'ai promis que je n'aurais pas de secret... Tiens, regarde... un médaillon... une lettre...

Il les tire de son sein tl Its lui montre.

Ah! qu'ai-je vu?,.. ( Haut à sir Aubray. ) Et c'est là...

AUBRAY

C'est là ce que je voulais avoir, et j'ai pleinement réussi.

NOaVAL.

Mais comment? par quel moyen?...

AUBRAY

Pendant que mes soldats visitaient avec soin le château de lady Melrose , il m'est venu dans l'idée de me rendre seul à celui de la vieille comtesse Hamilton... et je n'ai pas eu de peine, en l'effrayant un peu pour les jours de son fils, à me faire livrer par la pauvre femme le secret d'état que j'ai poursuivi jadis pour la république... et que je vendrai peut-être à la royauté, si elle veut m'en donner un prix raisonnable.

NORVAL.

Mais, si je m'en souviens bien, ces papiers n'ont pas la valeur que >ous leur supposez, colonel.

AUBRAY

Ah! tu crois cela, Norval...

NORVAL.

Sir Georges me l'a dit, il y a six mois, lorsque vous m'aviez chargé de commander son supplice. Ce n'est pas de la politique, ce n'est^qu'un billet sans importance, que sais je? une lettre d'amour adressée à une femme.

Sans doute, à une femme... je n'ai pas encore enlevé le cachet... J'hésite; on pourra me savoir gré de ma discrétion.

NORVAL.

Et vous payer plus cher, n'est-ce pas, sir Aubray?

AUBRAY

Beaucoup plus cher.

NORVAL.

Mais, du moins, vous avez lu l'adresse ?

AUBRAY

Oui; tu peux la lire aussi, Norval.

NORVAL, lisant.

« A miss Lucy Barcklay. » Ce nom...

AUBRAY

Une petite bourgeoise.

NORVAL.

Vous voyez que vos soupçons...

AUBRAY

Unepetite bourgeoise devenue depuis unejgrande dame, la favorite de la reine, lady Melrose .enfin!...

NORVAL.

Lady Melrose!

AUBRAY

C'est la preuve que je cherchais, et tu comprends

qu'un secret de femme peut être pour moi plus important, plus précieux qu'un secret d'état.

NORVAL.

Colonel Aubray, je ne crois pas, je ne puis croire que vous fassiez usage de cet écrit?

AUBRAY

Si fait!... Qui m'en empêchera?

NORVAL.

Songez-y, oh! songez-y bien, cette dame n'at-elle pas déjà trop fait pour vous? Quelque haine que j'aie, ainsi que vous, pour tous ces nobles, nos anciens adversaires, je crois que vous devez de la reconnaissance à celle qui vous a rendu votre rang, votre grade; je crois que vous renoncerez à employer de pareils moyens pour l'asservir ou pour la perdre.

ACBRAT.

Tu es fou!

NORVAL.

Ohl je vous en supplie, revenez avec moi à des sentimens plus généreiix, plus dignes de deux anciens soldats de Cromwell... Cet écrit, il faut l'anéantir!

AUBRAY

Jamais! y penses-tuT... D'où te vient, Norval, ce beau retour de vertu puritaine et de désintéressement? Cet écrit, c'est ma fortune, la tienne, c'est le talisman qui doit faire de moi l'heureux époux d'une des plus riches héritières des trois royaumes.

NORVAL, à j^art.

De ma sœur!

AUBRAY

Et si l'on me refuse, je la garde, cette lettre, je la garde pour en donner lecture à qui voudra l'entendre... s'il le faut, je la fais imprimer, pour que le nom de lady Melrose soit répété dans Londres, et serve à tous nos gentlemen et à John Bull de jouet et de risée.

NORVAL, éclatant.

Misérable!

AUBRAY

Hein? plaît-il? Que signifie...

NORVAL.

Cela signifie, colonel Aubray , que je ne puis me contraindre davantage à l'aspect de tant de bassesse et d'infamie; cela signifie que tu es à mes yeux le plus lâche et le plus méprisable de tous les hommes; cela signifie que tu vas à l'instant, à l'instant même, me remettre ces papiers, ou que l'un de nous deux ne sortira pas vivant de cette chaumière!

A la fin de celte tirade, il s'est élancé sur sir Auljray. Macdowel el ses soldais, attirés par le bruit, sont rentres en scène.

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