ARABELLE, LADY MELROSE, NORVAL, SIR AUBRAY
AUBBAY.
Les secours seront inutiles... Tu as frappé droit au cœur, Norval, et la blessure est mortelle.
NORVAL.
Maintenant enfin, à moi ce médaillon, à moi cette lettre.
AUBRAY, montrant le médaillon et la lettre qu'il retient convulsiveuicnt.
Pas avant que j'en aie fait lecture ; pas avant que ma voix mourante ait fait rougir cette noble dame devant toi, devant sa fille.
NORVAL, levant encore l'cpée sur Aubray. Infâme!
AUBRAY
Soit!... Donne au mourant un dernier coup d'épée, et j'aurai le bonheur peut-être qu'on t'arrêtera comme assassin.
Norval va pour sortir.
LADY MECnOSE.
Ah I restez, Norval, restez, je vous en supplie !
AtJBRAY, lisant.
« Chère et noble Lucy, quand cette lettre vous » parviendra, le captif qui t'écrit aura cessé de » vivre. Mais à cette heure solennelle, votre par- » don m'est aussi nécessaire que celui de Dieu... » Je fus coupable, moi. et c'est vous, c'est vous » dont toute la vie a été flétrie par ma faute... »
LADY MELROSE
Écoute, ma fille, écoute.
ARABELLE
Tout pour vous absoudre.
NORVAL.
Ne tremblez plus, mylady, sa vengeance est votre justification.
AUBRAY, lisant.
« Pardonnez-moi donc, Lucy, au nom de mes » infortunes, de notre amour, de notre enfant... » cet enfant, dont j'avais si long-temps perdu le » souvenir, il existe encore !... »
LADY MELROSE
11 existe!
ACBRAV, lisant.
« Dans une pauvre cabane, près d'Exeter, le » soldat Wilfrid, l'a élevé comme son fils, sous » le nom de Norval... » {Répétant avec fureur.)
Mon fils !
ARABELLE
Mon frère !
NORVAL.
Je le savais, je le savais, que j'étais votre fils, et j'en ai rempli les devoirs.
ADBRAY, avec rnfje.
Ah! mourir, mourir sans vengeance !... Mais peut-être les lignes suivantes... Oui, oui, j'espère encore... [Il fait un nouvel e (fort et achève la lecture de la lettre.) « Un jour, sans doute. Dieu » rendra le calme à notre patrie, et le trône à » Charles II; alors, mon fils Norval devra s'ap- » peler Lionel Stuart, seigneur feudataire du » comté de Clarendon, pair d'Angleterre; telle » est la volonté suprême, et la dernière prière de » celui quiva mourir sur l'échafaud de White-Hall. » Charles V^, roi d'Angleterre. »
NORVAL, répétant avec exaltation.
Charles l" roi d'Angleterre !
Il tombe à genoux et se découvre en regardant le portrait
placé au fond du théâtre.
ACBRAY.
Ahl cette lettre!... cette lettre qui ferait la grandeur de mon ennemi, comment l'anéantir?... je n'ai plus la force... Ah! par là ! par là !
lise traîne jusqu'à la cheminée où le feu est allumé... puis, au moment d'y atteindre et d'y jeter le papier, il tomhe mort en poussant un grand cri. Le médaillon et la lettre sont à ses pieds.
Mort!... {Il ramasse le médaillon el la lettre,
et relit les derniers mots.) « Lionel Stuart, comte
» de Clarendon, pair d'Angleterre! »
e- LADY MELROSE, se rapprochant de lui.
Et par ton cœur digne d'un si noble rang...
Et moi, moi, que je serai fièreet heureuse démon
fils!
Pendant tout le mouvpmeni de scène précèdent, lady Melrose et son fils, pinces tous deux au rtfilicu de la scène, se sont trouvés entièrement isolés de la jiune fille, qui pleure à l'exirt'me^auche , et du cadavre d'Auhray, étendu à droite auprès de la cheminée.
NORVAL, regarde des deux côtés, puis se retournant avec tristesse vers lady Melrose.
Non, ma mère, non, c'était un rêve... et pour toujours, il faut que j'y renonce.
LADY MELROSE
Comment!. . que dis-tuî
NORVAL.
Voyez cet homme étendu mort à nos pieds... je l'ai tué parce qu'il voulait déshonorer ma mère en publiant cette lettre... et j'irais accomplir moi-même la menace que je lui ai fait payer au prix de sa vie... Non, ma mère, non ; sir Aubray en mourant m'a dicté mon devoir... Cet écrit, il faut l'anéantir!
Il jette la lettre dans le feu.
Que fais-tu, Norval?
NORVAL.
Je vous l'ai dit, mon devoir, et je suis heureux... Ce n'était pas un nom, ce n'était pas des titres qu'il me fallait , c'était l'amour d'une mère... Oui, avec vous, quand nous serons seuls, quand personne ne pourra nous entendre, votre fils, toujours votre fils... et ton frère, Arabelle!