SCENE PREMIERE
ni-e BANVILLE, BI. BONHOMME.
M"* BANVILLE , appelant. Juliette! Angèle! ma fille ! ma sœur!.. Comment ! personne dans le cbâieau, dans le parc, dane
le pavillon!... C'est pourtant ici que ma sœur et ma fille avaient l'habitude de travailler.
BOXiiOMME. Ah! ah ! c'est ici que M"' Angèle Banville , votre belle-sœur , donne à votre cliarmanle fille ces leçons de morale
MAGAShN TlUiATHAL.
etde vertu qui doivent eu faire une femme
accomplie Ah! nous avons besoin de
cela parce que mon fils, comme je
vous l'ai dit, est un bon enfant... un tièsbon enfant ; mais ses idées donnent un peu dans le vague.. . ça a toujours été le défaut de sa mère, qui l'a élevé... Aussi, grâce à l'éducation maternelle... il s'est laissé séduire par je ne sais quelle littérature à la mode.... Il plaisante sur mon commerce , ne rêve qu'impressions de voyage... Je ne sais ce qu'il cîierche ce qu'il veut découvrir; mais il est toujours par voie et par chemin... c'est au point , ma chère madame Danville , que ce matin j'ai été forcé de lui laisser un petit mot chez moi, pour lui apprendre nos projets et le faire accourir aussitôt après son retour. Du reste, c'est un fort aimable garçon , je m'en vante et de l'esprit !... je ne le comprends jamais... C'est le plus fort littérateur d'Ille-et-Vilaine.
M™* DANVILLE. Celte dernière qualité me touche fort peu ; ce qui me détermine à conclure ce mariage, c'est ce que vous m'avez dit du bon naturel etdu caractère doux et honnête de votre fils.
BONHOMME. Et puis aussi les cent mille écus que vous gagnez à tei miner ainsi tous nos différens; car il est bien prouvé par nos livres que feu Danville, votre mari, me redevait...
M™*^ DAXVILLE. Allez-vous recommencer?
BOMIOMME. Non , non; ce que j'en dis, ce n'est pas pour faire valoir mon sacrifice... rien n'est plusloinde ma pensée!... D'ailleurs tout est conclu... les clauses du contrat sont arrêtées entre nous.. . Il ne nous reste plus qu'à passer chez votre notaire
pour les faire rédiger et aussitôt que
mon héritier arrivera , nous signerons. En attendant, je me promets le plus grand plaisir de la connaissance de mademoiselle
votre sœur Feu Danville me l'a vingt
fois citée comme une femme d'une raison, d'une religion... c'était, disait-il, la perle de Pontoise.
M"^ DANVILLE, Sans aucun doute!...
et c'est pour cela qu'en partant, il y a trois ans, pour aller régler les affaires de ma maison de Marseille, je confiai à cette chère sœur l'éducation de ma fille. J'aisnai mieux cela que de la mettre dans un pensionn-it de Paris, où Ion apprend aux demoiselles toute sorte de choses à présent. Avec ma sœur, je suis sûre que Juliette n'a eu que de bons exemples , et n'a lu que des livres....
Pendant ce temps, Bonhomme s'est approclic do la tabie, et a jkÏs une b celui ic.
RO\no:\!ME, llsaitl. La Tour de Neslc...
M""' DANVILLE. C'est Ihisloire de quelque mnrtyre.
CONIIOMME. C'est une comédie.
m™^ DANVILLE. Alors c'est quelque comédie sacrée.
BONHOMME. C'est possible. ( // prend un second i>olume. ) Le Notaire de Chantilly.
M""» DANVILLE. Il faut connaître un peu le droit.
BONHOMME. Lucrèce Borgia...
M™^ DANVILLE. Voyez I... Lucrèce!...
c'est pour lui donner des leçons de fidélité conjugale...
BONHOMME. Le Crapaud...
M™*^ DANVILLE. Nous sommcs dans l'histoire naturelle.
BONHOMME. Le Chemin le plus court.
M™* DANVILLE. Ça doit être le guide du département.
BONHOMME. L'Herbagère...
M™* DANVILLE. C'est quelque nouvelle cuisinièrebourgcoise... Une femme de ménage doit savoir faire un peu de tout.
BONHOMME. Mettent-ils des titres singuliers à leurs livres, à présent!...
Air : du ferre,
LV'spiil (les auteurs autrefois Grandissait \\ chaque chapitre, Aujourdhui nos auteurs sournois Mettent leur esprit dans le litrej Pareils à ces marchands rivaux Qui, dans leur ent.eis;nc hautaine, Prnnictlcnt du viu de Bordeaux, Et ne vendent que du surènc.
W"^ DANVILLE. C'est possible !.. . mais cela m'est absolument égal ; en fait de livres, je ne lis que ceux de mon commerce. IMa belle-sœur, c'est différent ; il paraît que maintenant c'est son goût , et je n'ai pas besoin de vous recommander de ne pas la contrarier là-dessus. Yous savez le respect et les égards qu'elle a droit d'attendre de notre part, à cause de son caractère, de ses vertus, de ses soixante mille livres de rente
BO?aHOMME. Ahî M"* Angèle est affligée de soixante mille livres de rente?
M""'DANV1LLE. Je la crois même plus affligée que cela, et notez cjue ma fille est son unique héritière.. .car, à son âge , il est bien probable que ma sœur ne se mariera pas.
BONHOMME. C'cst assez probable.
Bi™^ DANVILLE. Afais... elles ne reviennent pas... j 'avais pourtant écrit que nous arriverions aujourd'hui ou demain.
BONHOMME. Il est clair que ces dames wo nous attendent que demain , et qu'en
SAMS NOiVr.
attendant elles se promènent. .. Si nous allions au-devant d'tilcs...
M"'« DANViLLE. Non, non... les affaires avant tout... Notre voiture n'est pas encore remisée, rendons-nous à Pontoisepour faiie rédiger le contrat. Ce sera toujours ça de fait.
BONHOMME. SoitI si vous voulez accepter mon bras...
On entend cliatitor dans la roulisse.
M™» DANVILLE. Eli I mais...
BONHOMME. Quelqu'un vient C'est
peut-être mon fils.... non, non. ...ce n'est pas lui... mon fils est bien mieux que ça!.. .
M"* DANViLLE. Quel est donc ce monsieur qui entre ici comme cliez lui?...