‹ Magasin théâtralChapitre 1405 sur 1711 · DEUXIÈME COUPLET · texte numérisé non relu

DEUXIÈME COUPLET

Le savant naif et candide Travaille du soir au matin ; Près des femmes toujours timide .

Il leur parle grec et latin; Tandis qu'une vieille moustache, Buvant, ne travaillant jamais, A chaque instant crie et se fâche , Et jure... mais en bon français.

Fi d'Horatius 1

De Cornélius!

Dans une histoire de bataille , Le guerrier couvert de njitraille ,

Bravo , bravo !

Pour ne pas rendre son drapeau ,

Bravo, bravo !

Se laisse tuer, c'est très beau !

LES TROIS DEMOISELLES

Certainement , bravo !

( Elles applaudissent.) ANITA.

Qu'en dites-vous ?

FORTUNÉ

Jurer... fumer... il nie semble que c'est de la musique profane.

JULIE

Comment, profane?

AMÉNAÏDE

On ne chante pas mieux à l'Opéra-Comique ; nous en savons quelque chose , nous qui avons souvent des billets.

BERTRAND

Quoi ! mesdemoiselles , vous allez au spectacle?

ANITA

Je crois bien , nous jouons même la comédie en société... des proverbes.

FORTUNÉ

Des proverbes... la sagesse des nations... nous connaissons ça.

« Jeune femme , pain tendre et bois vert, Mettent la maison au désert.»

BERTRAND

Ou bien : Par pari refertur.

FINOT

« Ou bien : Ventre affamé n'a pas d'oreilles.»

LES DEMOISELLES , riant.

Ah! ah! ah!

ANITA

Mais non... ce n'est pas ça, ce sont des pièces de comédies. — Aménaïde a même joué le drame à la rue Chantereine... Elle est superbe dans le rôle de la Thisbé , à'Jngelo, tyran pas doux.

Nous sommes peu au fait de ce genre de littérature.

JULIE

Eh bien ! Aménaïde va nous débiter une tirade... Tu sais .. celle qui est si belle.

AMÉNAÏDE

Oh ! oui ! viens me donner la réplique.

BERTRAND , bas à ses frères.

J'ai peur qu'elles ne soient damnées.

ANITA

Voyons,soyez attentifs... messieurs.Qu'est-ce que ceci ?

AMÉNAÏDE

" Quest-ce que ceci , madame?... c'est une « comédienne , une fille de théâtre, une bala- « dine, comme vous nous appelez, qui tient

LA CACHUCHA

« dans ses mains une grande dame, une femme « mariée, une femme respectée, une vertu !... " qui la tient dans ses mains, dans ses ongles , « dans ses dents ! cjui peut en faire ce qu'elle « voudra de cette grande dame , de cette " bonne renommée dorée, et qui va la déchi- " rer, la mettre en pièces, la mettre en lam- " beaux, la mettre en morceaux! ah mesdames » les grandes dames, je ne sais pas ce qui va « arriver.... mais ce qui est sûr , c'est que j'en « ai une là, sous mes pieds! une de vous au- « très! et que je ne la lâcherai pas ! et qu'elle «peut être tranquille! et qu'il aurait mieux «valu pour elle la foudre sur sa tête, que « mon visage devant le sien !»

(Elle regarde les jeunes gens d'un air terrible. Arrivée à Fortuné, elle fait un geste menaçant, et en voulant s'éloigner il tombe de dessus sa chaise.)

ANITA , l'invitant à se relever.

Donnez-vous donc la peine de vous asseoir... Hein ? n'est-ce pas que c'est joli ?

FORTUNÉ, à part.

Je n'y ai rien compris.

JULIE

Et comme c'est déclamé !

FORTUNÉ

Bertrand déclame aussi fort bien...

FINOT

Il sait par cœur un sermon du père Bourdaloue...

FORTUNÉ

Il l'a appris pour la fête à papa... vous allez entendre... Monte sur une chaise.

BERTRAND

Oui , tiens , j' vas monter sur une chaise , je serai plus d'aplomb.... (Déclamant. ) Vanitas vanitatum.... et omnia vanitas.... Mes chers frères !...

ANITA

Oh! assez, assez... ça m'endort déjà... pour nous réveiller , il faut danser.

JULIE et aménaïde.

Oui , dansons, dansons.

LES JEUNES gens.

Merci...

FINOT

Nous ne savons pas danser.

aménaïde.

Vous ne savez pas seulement la Cachucha?

, BERTRAND

Qu'est-ce que c'est que ça... la Cachucha ?

JULIE

C'est le pas à la mode !

FORTUNÉ

La tQode... connais pas.

ANlTA.

Eh bien! regardez-nous... vous apprendrez... et tout-à-l'heure vous ferez comme nous. ANlTA , seule, danse sur l'air de la Cachucha de M. Hormillc. — Après son pas.)

Ah! mais c'est ennuyeux de danser seule; mesdemoiselles, dansez avec moi.

AMENAIUE et JULIE.

C'est ça, dansons !

(Elles dansent la Cachucha à trois, de M. Hormillc)

Tiens... mais nous connaissons ça... c'est la Bourrée... c'est la Bourrée de chez nous...

BERTRAND et FINOT.

Mais, oui...

(Ils se mêlent d'une manière grotesque à la danse des jeunes filles.)

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