SCENE XIII
NICODÈME, entrant vivement et se tournant vers la catitonnade.
Eh! non, que j' n'irai plus à vot' école! 1' plus souvent! Depuis six ans qu' ça dure c'est ennuyant à la fin ! et tout la parc' que maître Poirot a z'un fils de mon âge, qu'est paresseux comme une marmotte et têtu comme un âne rouge. Parc' que mon père, qu'est 1' métayer de M. Poirot n' peut pas payer ses fermages, faut que j' paie pour lui! y m'a mis auprès du petit bonnetier pour être son souffre-douleurs! C'est-y juste, ça? non, c'est embêtant! de quelque côté que je me tourne, je n' vois que des triques, des martinets , des houssines et des nerfs de bœuf. Primo, j' sis battu par Bijou chaque fois que j' fais pas ses volontés; deuxio , j' sis rossé par soii père et sa mère quand il répond mal, ou qu'y désobéit , ou qu'y n' fait pas bien ses thèmes ; troicio, j' suis échiné par mon père chaque fois • que j' viens m' plaindre. Eh bien ! non, je n' veux plus d' ça ; plutôt que de le supporter davantage, j'ai résolu de m' périr de fond en comble ; j' veux m' tuer ou m' noyer. Se noyer avec le ventre
creux, c'est malsain. Je voudrais, ^dîner, car j'ai un appétit féroce ; je voudrais manger du porc aux oignons; faudra-t-il que je finisse ma pauvre carrière sans en avoir mangé? Il me semble que je m'engourdis, que je m'abime. Asseyons-nous là, et tâchons de faire un somme. Qui dort dine. quand je serai bien rassasié, je m'anéantirai, je me périrai, je disparaîtrai du globe pour metransvaser dans l'autremonde. (// .«'endort; Hw tronc d'arbre placé devantlui se transforme en une table sur laquele apparaissent successivement des mets recherchés et des fruits magnifiques; on y distingue un cochon de lait entouré d'oignons. Nicodème rêve tout haut, et dit : ) Ah ! ah ! ah ! ah ! du porc frais ! oh ! que ça sera bon avec des oignons à l'entour! Mon Dieu! pardonnez-moi ma faiblesse, je suis un fameux gourmand, mais c'est plus fort que moi. Air : ^
Je n' rêve que porc frais !
C'est ma seule folie ;
Le porc poursuit ma vie !
N'en mang'rai-je donc jamais?
Dieux! il me semble que j'y mord.
Qu'il arrive à ma lioucbe !
Oui, je sens que je touche Au porc.
Safîgui'e exprime la joie et le bonheur de la gourman dise satisfaite ; un bouquet de cactus sort de terre; une des fleurs s'ouvre et laisàe voir un beau verre de cristal; l'autre en se développant présente un flacon remplit de vin rouge rjid de lui-même se renverse et remplit le verre; Nicodème étend le bras, comme pour le saisir; mais les fleurs se referment et le boutfucl disparaît; la table à repris sa première for-me de tronc d'arbre ; Nicodème J'or-t agité s'éveille.
Eh bien! eh bien ! qu'est-ce que c'est? C'était donc un rêve, une menterie? oui! {Il se frotte V estomac.) ie sens là que c'était une menterie! Allons, c'est dit ici qu'il faut que je me périsse; ma cravate et une branche d'arbre, voilà mon affaire! [Après une pause, et après avoir ôté sa cravate.) Quel beau jeune homme que je vais détruire! C'est égal, il me semble que je serai plus heureux dans l'autre monde que dans celui-ci. Il est impossible qu'il n'y ait pas là-bas du porc aux oignons. ( // plie sa cravate en forme de corde , et s'approche d'un gros chêne pour attacher la cravate à une branche; en tournant à droite, il aperçoit un paysan à la cantonnade. ) Qu'est-ce" que c'est donc que ce rougeaud que j' vois là-bas ? on dirait qu'il mange une tartine de lard. Est-il heureux d' manger du porc! (// s'éloigne de l'arbre.) Dis donc, hé ! chose ! veux-tu m' donner de ton lard?
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