SCENE XIX
Les Mêmes, M. et M"* POIROT.
POIROT
Qu'y a-t-il, maître Job? vous m'avez prié de passer aujourd'hui, et je viens avec Poupoule pour savoir de quoi il détourne.
MAITRE JOB
Venez, malheureux père. Je me vois forcé de fustiger votre fils coràm populo, puis de le chasser de ma classe.
M""' POIROT , alarmée.
Est-il possible, mon Bijou, que tu fasses de pareilles choses?
POIROT
Tu veux donc me faire maigrir?
M"' POIROT
Mais qu'a-t-il donc fait, maître Job ?
MAITRE JOB
Des horreurs, madame, des horreurs.
POIROT
Mon enfant, il y a un raisonnement bien simple à te faire : écoute ta mère.
M™» POIROT
Dis-moi, Bijou? tune nous aimes donc pas?
BIJOU
Si maman; mais ce n'est pas une raison pour que j'aime les pédans que vous m'avez donnés pour maîtres.
Mlle POIROT.
Songe donc, mon ami, qu« nous ne voulons que ton bonheur ; depuis que tu es né je n'ai qu'un désir, qu'une pensée, c'estl'avenir démon Bijou.
POIROT
Et moi idem... écoute ta mère.
BIJOU, un peu ému.
Oh ! non, jamais je ne voudrais vous faire de peine.
M^c POIROT.
Eh bien ! pourquoi ne travailles-tu pas à contenter tes maîtres ?
BIJOU
C'est... c'est que...
POIROT
Écoute ta mère ; comme elle parle, cette femmelà ! j'en pleure. Quel dommage qu'étant toute petite, on ne l'ait pas attachée au barreau!
M"" POIROT
Tu as peut-être cédé à l'influence de quelques mauvais conseils?
BIJOU
Oh ! non, maman ; je n'ai qu'un ami, le voilà, un bon garçon, Domiogue
BIJOU, OtJ L'ENFANT DE PARIS.
POIROT
Il est bien noir, c'est peut-être un nègre?
MAITUE JOB.
Oh! ce n'est pas Dominguc qui lui donne do mauvais conseils... c'est un bon sujet dont nous sommes fort contens.
M""= poinoT, se levant.
Allons , maître Job , je suis sûre que mon Bijou, avec les conseils et les bons exemples de Domingue, ne nous donnera plus à l'avenir aucun sujet de plainte... n'est-ce pas. Bijou? BIJOU, hésitant.
Maman...
SATANou, tout bas.
Promets toujours, cela n'engage à rien.
POIROT
Écoute ta mère, mon enfant! écoute ta mère! elle parle très-bien... moi, je suis fort ému, je voudrais m'asseoir et pleurer dans un petit coin.
M""= POIROT
Embrasse-moi.
POIROT
Embrasse ta mère, Poirot! je pleure comme un méprisable veau, je tourne austupide.
SATANOR, à part.
Est-ce que nous allons tourner au sentiment ? ça commence à m'impaticntcr.
Il fait un signe, la perruque et Tliabit de Poirot s'enveloppent par un pouvoir magique; la culotte disparait par le bas pendant qu'il lève la têle pour ressaisir sa perruque ; il reste en caleçon et la tête chauve ; la robe de Mme Poirot disparaît; elle reste en camisole de nuit ; le fou rire s'empare des élèves.
PûiROT, avec un effroi comique et fort embarrasse de sa personne.
Ah ! mon Dieu t qu'est-ce que c'est que ça ?
qu'est-ce qui m'arrivc? Ma perruque! ma culotte 1
ijiiif POIROT, tendrement alarmée.
Mon mari ! ah ! quelle horreur !
POIROT
Ma femme en costume de nuit! je suis saisi.
LES ÉLÈVES
Ah 1 le père à Bijou ! la mère à Bijou 1
MAITRE JOU
Silence, polissons ! silsncc !
POIROT
Ah! maître Job! mon pauvre maître Job! dans quel piteux état...
Les enfans e'clatenlde plus belle.
MAITRE JOB
Ah ! VOUS ne voulez pas finir! Mes frères, tombez à coups de martinet sur ces petits ânes.
LES ÉLÈVES
Anes vous-mêmes! tiens!
SATANOR, à part.
Bonne idée î
Au moment où les professeurs vont quitter leurs stalles et lèvent les martinets,ils sont changés en ânes ; maître Job partage aussi cette métamoi-pliose ; les enfans ramassent les martinets, prennent les ânes par le toi, et les font danser.
jime POIROT.
Ah ! je me meurs.
POIROT
Pas encore, poupoule!
Brouhaha. Danse burlesque. — C"^ et dernier tableau, vue de Montmartre.
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