SCENE VIII
UN GARÇON, CONVIVES, pww NICODÈMË.
On a remarqué sur la place, vers la droite , plus loin que l'auberge , une boutique de jouets. Dès quelVicodème a disparu , plusieurs grandes poupées descendent de l'étalage et vont manger tous les gâteaux étalés à gaucbe,puis elles retournent paisiblement à leur place.
LES CONVIVES, da7is la coulisse.
Des gâteaux! des gâteaux; allons vite, garçon !
UN GAUçoN, sort de l'auberge.
Tout de suite, messieurs, on va vous servir. {Il s'arrête stupéfait devant la montre, prend les assiettes.) Vides!... c'est ce rôdeur qui était là... Il nous a volés... c'est sûr (// crie.) Au voleur! au voleur !
Les gens qui sont dans l'auberge sortent. TOUS.
Au voleur !... où ce qu'il est le voleur?
CN GARÇON
Le v'ià qui court à travers champs.
TOUS
Faut l'attraper et lui donner une danse. On sort en courant du côté où est allé Nicodèmc, et on ne tarde pas à le ramener.
NlCODÈME.
Qu'est-ce qu'il y a, mes braves gens! qu'estque vous me demandez?...
UN GARÇON
Je te demande les gâteaux qui étaient là... et qui n'y sont plus... c'est toi qui lésas mangés.
NICODÉME.
Mangés, regardez plutôt dans mes poches.
UN GARÇON
Il ne s'agit pas de tes poches... il faut les payer ou aller en prison.
NICODÈUE.
Les payer! combien vous faut-il pour cela?
LE GARÇON
Douze sous.
NICODÉME.
Je n'ai que six liards... Moi qui meurs de faim ! j'voudrais ben les avoir mangés vos gâteaux... ça me ferait plaisir intérieurement. Mon Dieu! toi qui sais ce qui se passe dans l'estomac de tous les êtres... dis-leur la vérité!
UN GARÇON
Au fait, il a l'air tropbéte pour être un voleur.
NICODÉME.
Vous avez ben raison.
UN GARÇON , le poussant.
Allons! reste là dans un coin! si tu es ben sage on te donnera quelque chose.
Oh! merci! (On lui tend la main.) Ils m'ont rendu leur estime, ils ne tarderont pas à m'inviter à dîner. {Les uns rentrent, les autres se promènent en visitant les boutiques. )Y.n attendant, il faut que je m'amuse pour endormir ma faim qu'est-ce que je vas faire? {Il ramasse une grande feuille de papier.) J'ai une fouie de projets gigantesques... je flotte entre deux idées... FeiaVje une cocotte ou un bateau... le bateau les flattera davantage. Oui, c'est décidé , je me jette dans les constructions navales. (// plie sa feuille de papier en forme de vaisseau.) Voilà l'affaire! {Quelques paysans s'approchent de lui et regardent avec curiosité ce quila fait.) Hein? qu'en dites-vous? en voilà un qui fait pâlir celui de l'enseigne!... Mais vous allez voir ça sur l'eau!... il s'agit de rédiger un petit océan de société pour la mer. Mon navire, cette mangeoire va remplir l'objet. (// apporte la mangeoire, va pomper de l'eau qu'il verse dans la mangeoire.) Ceci vous représente de l'eau dans une mangeoire. Mettonsy maintenant le bâtiment... là!... hein?... ( // regarde avec dédain l'enseigne. ) Ce n'est pas toi capon, qui en ferais autant.
Le petit vaisseau de l'enseigne s'ébranle et descend dans la mangeoire ; tout le monde est effrayé de ce prodige ; Kicodéme lui-même est stupéfait. Le petit vaisseau une fois à flot, lâche une bordée de ses batteries, met le feu au vaisseau de papu-r et remonte se placer en enseigne.
UN PAYSAN, à Nicodème.
Hé ben ! diras- tu à cette heure que tu n'es
pas sorcier?
NICODÉME.
Ceci me casse bras et jambes.
NOUVEAU REPERTOIRE DRAMATIQUE
LE PAYSAN
Oui, oui, c'est un sorcier... Allons 1 allons 1 faut en débarrasser le pays; le v'ià trouvé celui qui nous a fait tant de mal.
NicoDÈME, effrayé.
Moi!...
UN PAYSAN
C'est toi qui as fait mourir tous nos porcs celte année.