JULIENNE, LOMBARD, VICTOR
LOMBARD
De la part d'Auguste! c'est étrange!
VICTOR
En effet! il vous écrit...
LOMBARD
Il n'ose donc pas nie parler?
JULIENNE
Vous vous trompez... Lisez, mon oncle, lisez
donc!
LOMBARD, à Julienne, après avoir hésité.
Cette lettre... non, je n'ose pas...
Comment, vous n'osez pas?...
LOMBARD
Non, je ne veux pas te dire, mais quand je l'aï touchée, ce papier satiné... ce cacheta armoiries... il m'a semblé qu'elle me brûlait les doigts... il y a là-dedans quelque infamie !
JULIENNE
Ah! il TOUS écrit, j'en suis sfire, parce qu'il ne peut quitter sa grand'mère, et c'est pour vous expliquer pourquoi il nous a tout-à-l'heure parlé si froidement...
LOMBARD
Eh bien! lis donc, toi! qui as tant de confiance en lui!
JULIENNE
Vous allez voir. ( Lisant. ) « Monsieur. »
LOMBARD et VICTOR.
Monsieur !
Ils se regardent.
JULIENNE , lisant des yeux.
Ah ! mon Dieu !
LOMBARD
Eh bien! qu'est-ce que c'est?
JULIENNE, voulant cacher la lettre.
Ah ! mon oncle ! non 1 non ! ne lisez pas 1
Mais qu'est-ce donc?
JULIENNE
Plus tard... plus tard! quand nous aurons quitté ce château.
LOMBARD
Quitté ce château!... Mais donne donc! donne donc! {Il lui arrache la lettre.) Quitté ce château!...
JULIENNE
O mon Dieu ! je tremble !. . .
LOMBARD, lisant.
O mon Dieu î mon Dieu I...
VICTOR
Eh bien! mon père!...
LOMBARD
Lui, Auguste!
VICTOR
Mais qu'y a-t-il ?
LOMBARD, lisant.
Il nous chasse!
VICTOR
Mon père, c'est impossible !
LOMBARD
Il nous chasse, te dis-je?
Non! non! il vous dit que des raisons qu'il va vous expliquer dans sa lettre le forcent à vous prier...
LOUBARD.
Julienne! assez, assez...
VICTOR
Mais enfin, quelles sont ces raisons? achevez.,.
LOMBARD, déchirant la lettre.
Je ne veux pas les savoir.
VICTOR
Mon père.
LOMBARD
Oh ! le misérable! déjà... si vite... en quelques heures, lui que je croyais bon... lui... je te l'avoue, Victor, sur qui j'aurais peut-être compté
L'OUVRIER
plus que toi 1 lui... {Il sanglotte.) Ah! mon Dieu! mon Dieu! c'est affreux!
JULIENNE
Ah ! mon oncle, c'est l'ivresse d'un premier mouvement, ne vous désolez pas ainsi.
VICTOR
Ne pleurez pas, mon père.
Est-ce que je pleure? et qu'est-ce que ça me fait à moi?Ce n'est pas mon fils... c'est un enfant abandonné, que j'ai recueilli par pitié, nourri par charité... j'ai voulu en faire un honnête homme, je me suis trompé, je n'ai pas réussi... je n'ai pas à rougir de ce que j'ai fait... je n'ai pas même à rougir de ce qu'il est un ingrat et un infâme I... Ce n'est pas mon fils... il ne porte pas mon nom... il ne lui est pas permis de le déshonorer I
VICTOR
Mais il y a quelque chose qui le domine... il doit être forcé à agir ainsi... il faut le voir, luj parler.
L0H6ÂRD.
Le voir, lui parler ! mais tu ne penses donc pas que, s'il était là, devant moi, je le souffletterais, et je le tuerais?
JULIENNE
Mon oncle!
LOMBARD
Car si c'était mon fils qui fût lâche et vil à ce point, je le tuerais !
VICTOR
Mais il ne l'est pas !
LOUBARD.
Tu as raison, il ne l'est pas. Je n'ai donc que le droit de le mépriser... Mais ce mépris, je ne serais pas assez maître de moi pour le lui montrer... ma colère m'emporterait, ma douleur, mon désespoir éclateraient devant lui... je pleurerais, peut-être! Car, je l'aimais, vois-tu, Victor? je l'aimais comme mon enfant, et il me chasse... il me chasse.
VICTOR et JULIENNE.
Calmez-vous! calmez-vous!
LOMBARD
Allons-nous-en! allons-nous-en! Est-ce que nous avons besoin de lui? Ne pouvons-nous pas être heureux? N'êtes-vous pas mes enfansî ne me restez-vous pas? Allons-nous-en ! allons-nous-en! je ne répondrais plus demoi si je le rencontrais, lui, ou quelqu'un de cette noble famille.
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