‹ Magasin théâtralChapitre 147 sur 1711 · JULIENNE, LOMBARD, VICTOR · texte numérisé non relu

JULIENNE, LOMBARD, VICTOR

LOMBARD

De la part d'Auguste! c'est étrange!

VICTOR

En effet! il vous écrit...

LOMBARD

Il n'ose donc pas nie parler?

JULIENNE

Vous vous trompez... Lisez, mon oncle, lisez

donc!

LOMBARD, à Julienne, après avoir hésité.

Cette lettre... non, je n'ose pas...

Comment, vous n'osez pas?...

LOMBARD

Non, je ne veux pas te dire, mais quand je l'aï touchée, ce papier satiné... ce cacheta armoiries... il m'a semblé qu'elle me brûlait les doigts... il y a là-dedans quelque infamie !

JULIENNE

Ah! il TOUS écrit, j'en suis sfire, parce qu'il ne peut quitter sa grand'mère, et c'est pour vous expliquer pourquoi il nous a tout-à-l'heure parlé si froidement...

LOMBARD

Eh bien! lis donc, toi! qui as tant de confiance en lui!

JULIENNE

Vous allez voir. ( Lisant. ) « Monsieur. »

LOMBARD et VICTOR.

Monsieur !

Ils se regardent.

JULIENNE , lisant des yeux.

Ah ! mon Dieu !

LOMBARD

Eh bien! qu'est-ce que c'est?

JULIENNE, voulant cacher la lettre.

Ah ! mon oncle ! non 1 non ! ne lisez pas 1

Mais qu'est-ce donc?

JULIENNE

Plus tard... plus tard! quand nous aurons quitté ce château.

LOMBARD

Quitté ce château!... Mais donne donc! donne donc! {Il lui arrache la lettre.) Quitté ce château!...

JULIENNE

O mon Dieu ! je tremble !. . .

LOMBARD, lisant.

O mon Dieu î mon Dieu I...

VICTOR

Eh bien! mon père!...

LOMBARD

Lui, Auguste!

VICTOR

Mais qu'y a-t-il ?

LOMBARD, lisant.

Il nous chasse!

VICTOR

Mon père, c'est impossible !

LOMBARD

Il nous chasse, te dis-je?

Non! non! il vous dit que des raisons qu'il va vous expliquer dans sa lettre le forcent à vous prier...

LOUBARD.

Julienne! assez, assez...

VICTOR

Mais enfin, quelles sont ces raisons? achevez.,.

LOMBARD, déchirant la lettre.

Je ne veux pas les savoir.

VICTOR

Mon père.

LOMBARD

Oh ! le misérable! déjà... si vite... en quelques heures, lui que je croyais bon... lui... je te l'avoue, Victor, sur qui j'aurais peut-être compté

L'OUVRIER

plus que toi 1 lui... {Il sanglotte.) Ah! mon Dieu! mon Dieu! c'est affreux!

JULIENNE

Ah ! mon oncle, c'est l'ivresse d'un premier mouvement, ne vous désolez pas ainsi.

VICTOR

Ne pleurez pas, mon père.

Est-ce que je pleure? et qu'est-ce que ça me fait à moi?Ce n'est pas mon fils... c'est un enfant abandonné, que j'ai recueilli par pitié, nourri par charité... j'ai voulu en faire un honnête homme, je me suis trompé, je n'ai pas réussi... je n'ai pas à rougir de ce que j'ai fait... je n'ai pas même à rougir de ce qu'il est un ingrat et un infâme I... Ce n'est pas mon fils... il ne porte pas mon nom... il ne lui est pas permis de le déshonorer I

VICTOR

Mais il y a quelque chose qui le domine... il doit être forcé à agir ainsi... il faut le voir, luj parler.

L0H6ÂRD.

Le voir, lui parler ! mais tu ne penses donc pas que, s'il était là, devant moi, je le souffletterais, et je le tuerais?

JULIENNE

Mon oncle!

LOMBARD

Car si c'était mon fils qui fût lâche et vil à ce point, je le tuerais !

VICTOR

Mais il ne l'est pas !

LOUBARD.

Tu as raison, il ne l'est pas. Je n'ai donc que le droit de le mépriser... Mais ce mépris, je ne serais pas assez maître de moi pour le lui montrer... ma colère m'emporterait, ma douleur, mon désespoir éclateraient devant lui... je pleurerais, peut-être! Car, je l'aimais, vois-tu, Victor? je l'aimais comme mon enfant, et il me chasse... il me chasse.

VICTOR et JULIENNE.

Calmez-vous! calmez-vous!

LOMBARD

Allons-nous-en! allons-nous-en! Est-ce que nous avons besoin de lui? Ne pouvons-nous pas être heureux? N'êtes-vous pas mes enfansî ne me restez-vous pas? Allons-nous-en ! allons-nous-en! je ne répondrais plus demoi si je le rencontrais, lui, ou quelqu'un de cette noble famille.

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