‹ Magasin théâtralChapitre 1514 sur 1711 · SABA · texte numérisé non relu

SABA

De m'épouser.

SOTTINEZ.

Hein?

SARA

Le courage te manque déjà. Adieu...

SOTTINEZ.

Un moment : c'est une proposition comme une autre, et je n'ai pas dit non.

SARA

C'est qu'il me faut plus qu'une promesse ; je veux un engagement signé, un pacte dans toutes les règles.

SOTTINEZ.

Mais d'abord, qui êtes-vousî

SARA

Sara la sorcière.

SOTTINEZ.

Une sorcière I

SARA

Richesse et puissance 1 voilà ce que je t'apporte en dot.

SOTTINEZ.

Vous êtes riche ?

SARA

Assez pour l'acheter un royaume et le payer comptant.

SOTTINEZ.

Un royaume... et vous pourrez...?

SARA

Tout pour mon mari.

SOTTINEZ.

Vous me livreriez mon rival î

SARA

Le pacte signé, je le remets entre tes mains; tu pourras le faire pendre ou brûler à ta fantaisie.

SOTTINEZ.

Et Isabelle?

Signe, et je te la donnerai, pour en faire tout ce que tu voudras... excepté ta femme pourtant.

SOTTINEZ.

C'est bien tentant. {A part.) Si j'étais aveugle, je signerais tout de suite... mais elle a une tête de vieux griffon, (ffaja.) Quel âge pouvez-vous bien avoir, la? de cinquante-cinq à quatre-vingt-sept ans.

SARA

Je ne veux pas te tromper, j'ai onze cent onze

ans.

SOTTINEZ.

Onze cent onze ansi C'est donc la veuve de Mathu Salem? Après tout, c'est une curiosité, qu'une femme pareille... Eh bien 1 touchez là... votre âge me décide.

Air : Fille de l'Apothicaire.

Je n'aurais pas donne' ma main A quelque vieille douairière; Mais je puis bien du genre humain Vouloir e'pouser la grand'mèrc ; Je pourrai dire aux hidalgos :

La femme, ici, que je m'adjuge Est au moins fille du chaos, Et sœur cadette du déluge ! Elle naquit dans le chaos, Et se baigna dans le déluge.

Je signerai quand vous voudrez.

SARA

Mels-toi devant cette table et écris.

SOTTINEZ.

Je ne vois ni plume, ni encre, ni parchemin.

SARA

Regarde bien.

La table devient un secrétaire garni de tout ce qu'il faut

pour écrire.

SOTTINEZ.

Bravo t.. . vous avezvoulu me donner un échantillon de votre savoir faire, l'attention est délicate... {A part.) Elle a dû être bien, cette femmelà, du temps des Romains et des Carthaginois... C'est signé.

SARA

Voici un talisman avec lequel tu pourras faire tout ce que tu voudras.

SOTTINEZ.

Qu'est-ce que c'est que ça ?

SARA

Une mèche de mes cheveux... Maintenant que veux-tu ?

Albert et Isabelle.

SARA

Ils sont là, dans ces deux chambres.

SOTTINEZ.

Ah I ah ! mon petit monsieur, nous allons rire... Qu'en ferai-je du seigneur Albert?... Si je l'envoyais dans une maison de tous ?

SARA

Il y est.

SOTTINEZ.

Et Isabelle, où l'envoies-tu?

SARA

Chez son père... mauvais sujet.

SOTTINEZ.

A propos... qu'est devenu le vénérable Seringuinos?

SARA

Il vient à toi... A demain, mon gentil fulur,à demain.

SOTTINEZ.

Jusqu'au plaisir de vous revoir. [Sara disparaît avec son trépied.) J'aurai un talisman... Ma foi, vivent les vieilles femmes!

LES PILULES DU DIABLE

SERINGHINOS, entrant.

Il n'y a pas moyen de dormir ici! Mon gendre je veux m'en aller.

SOTTINEZ.

Votre gendre! votre gendre !... Si ça vous est égal, appelez-moi autrement. {Ajjart.) Ma future n'aurait qu'à se fâcher.

SERINGUINOS.

Je voudrais quitter ces lieux... je voudrais me retirer.

SOTTINEZ.

Ma voiture est à la porte.

SERINGUINOS.

J'aimerais mieux une chaise à porteurs, je dormirais là pendant la route.

SOTTINEZ, appelant.

Une chaise à porteurs! [Deux grands laquais apportent une chaise. ) Placez-vous-là, pharmacien, vous serez comme dans votre lit.

SERINGUINOS.

Je ne demande pas autre chose. Merci, mon gendre. .. {Dans lachaise.) Je n'ai jamais été si bien de ma vie.

SOTTINEZ, aux porteurs.

Quelque chose qui arrive, vous n'arrêterez qu'à Madrid. Adieu, beau père, je monte en voiture, et je vous attendrai chez vous.

SERINGUINOS, parlant aux porteurs par la petite fenêtre de la chaise.

Allons, partez, mes amis; allez bien doucement, que je sois là-dedans comme dans une barcelonnette.

LA FOLIE, paraissant.

Veux-tu bien marcher, vieux paresseux!

A ce moment, les porteurs se mettent en marche ; mais la chaise se défonce .et Serin guinos, forcé de suivre le mouvement, marche aussi vile que ceux qui le portent.

sKRinGuiNOs, à sa petite croisée.

Dites donc ! dites donc!... qu'est-ce que c'est qu'une voiture pareille? j'aimerais autant aller à pied; je ne pourrai jamais dormir comme «a... Arrêtez... arrêtez !

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