‹ Magasin théâtralChapitre 153 sur 1711 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

M-^e DE GÈVRES, LOMBARD, VICTOR, EUGÉNIE, M. DEMONNERAIS, AUGUSTE, JULIENNE.

M™e DE GÈVRES.

La voici, monsieur ; elle est avec mon fils.

AUGUSTE

Venez, ma mère. Entrez, monsieur; avant de quitter ce château, pour long-temps peut-être, il faut que vous sachiez au juste ce que vous devez penser de celui que vous appelez votre fils.

JULIENNE

Oui, mon oncle, venez, je vous en supplie.

LOMBARD

C'est pour toi, ma fille, pour toi!

M"e DE GÈVRES.

Mon fils, je vous prie de ne pas oublier dans cette explication que vous parlez à un homme à qui vous devez respect et reconnaissance.

•AUGUSTE

Quand j'aurai fini , vous jugerez si je l'ai oublié. Ce matin, madame, vous paraissiez alarmé de la manière dont je porterais le nom illustre qui m'appartient : ignorant les devoirs de cette haute position, j'ai écouté vos conseils, et je m'y suis soumis. Vous m'avez dit que l'amour de M. Victor Lombard pour M'^e Eugénie de Monnerais ne devait jamais avoir d'espérance, et qu'il fallait mettre un terme à des relations peu convenables entre eux.

U°ie DE GÈVRES.

Je vous ai dit cela, c'est vrai!

LOMBARD

Et de vous, madame, c'était justice!

iX^^ DE GÈVRES.

Et je ne dépars pas de cette opinion.

Tout ce que j'aurais pu vous dire pour la combattre eût donc été inutile, et j'ai dû obéir.

M™« DE GÈVRES

Mais je vous avais dit d'apporter à cette explication avec vos premiers amis des ménagemens...

AUGUSTE

Qui n'ont pu leur déguiser la vérité, madame: et cette vérité qui leur a paru une basse ingratitude...

LOMBARD

Et c'en est une d'avoir chassé celui qui vous a I nourri.

AUGUSTE

Vous l'entendez madame !...

VICTOR

Et c'est une lâcheté d'abuser de sa position pour tyranniser une femme sans défense.

AUGUSTE

Vous l'entendez... Eh bien, madame, si l'honneur du nom de Gèvres doit me coûter si cher! s'il faut être lâche et ingrat pour eux, afin de le porter dignement poor ■aous, je vous avoue que je n'ai pas le courage d'une si haute position, que j'en suis indigne et que je la refuse.

M™e DE GÈVRES.

Ah 1 c'est impossible ! Vous êtes le dernier de ce nom prêt à s'éteindre...

LOMBARD

Et qu'il gardera; car il nous trompe encore, et veut rejeter sur vous tout ce qu'il a fait de lui-même.

AUGCSTB.

Je vous trompe, dites-vous ?

LOMBARD

Et pourquoi donc solliciter avec tant de chaleur ce consentement de M. de Monnerais à ce mariage? Y allait-il de l'honneur de votre nom?

AUGUSTE

J'ai sollicité ce consentement pour le remettre à M"« de Monnerais, puur qu'elle puisse y écrire le nom qu'elle voudra choisir.

Il lui douue le consentement.

VICTOR

Est-ce possible, mon Dieu !

LOMBARD

Que dit-il?

M. DE MONNERAIS.

Et vous devez lui être d'autant plus reconnaissant, qu'il a pris soin de dépouiller M"'' Eugénie de toute sa fortune; et ceci est d'une noblesse rare.

AUGUSTE

Oui, monsieur, j'ai dépouillé M^'^ de Monnerais de toute sa fortune, pour que la famille de Gèvres accueille le riche prétendu que je veux lui présenter, et à qui j'assure une fortune plus considérable que celle que vous destinez à votre pupille. N'est-ce pas d'un noble gentilhomme, monsieur le baron ?

M. DE MONNERAIS.

Ce qui n'est pas d'un noble gentilhomme, c'est de vous être laissé insulter par cet homme.

AUGUSTE

Et de ne lui pas avoir répandu, comme votre fils, qu'un homme comme moi ne se bat ni à l'équerre ni au compas.

M. DE MONNERAIS.

Monsieur...

AUGUSTE

Voilà ce que je lui aurais dit, si j'avais été à votre école 1 Mais comme je n'ai pas reçu vos leçons. .. je lui dis, moi : Mon frère, tu t'es trompé, je te pardonne, embrasse-moi !

VICTOR

Ah! Auguste!... Auguste ! Il l'cmLiasse.

AUGUSTE

Voilà ta femme.

JULIENNE

Ah ! j'en étais sûre !... moi !...

Paris. — Imprimerie de M«»«

LOMBARD

Et moi, qui l'ai traité d'ingrat et de lâche !

AUGUSTE, à Lombard.

Et vous, monsieur...

LOMBARD

Est-ce que tu m'en veux encore, toi?

AUGUSTE

Mon père...

Ils s'embrassent.

LOMBARD

Ah ! tenez, madame la comtesse, nous avons là un fils qui est un brave garçon !

M"* DE GÈVRES

Vous avez raison, monsieur... et il a été plus sage que nous tous !

LOMBARD

Eh bien ! toi, Julienne, qu'est-ce que tu fais là dans ton coin?

JULIENNE

Je suis heureuse de votre bonheur.

Auguste va la prendre et la mène devant sa mère. AUGUSTE.

Ma mère... voyez cette jeune fille... elle seule, quand tout le monde doutait de mon honneur et de mon cœur, quand tout le monde me maudissait, elle seule est venue à moi avec confiance, elle seule m'a dit: Non, tu ne nous as pas trompés, tu es toujours un honnête homme.

JULIENNE

Oh ! oui, un honnête homme !

Et pour qu'elle n'ait pas menti, ma mère, il faut que je tienne la promesse que je lui ai faite. Elle était ma fiancée depuis long-temps.

M. DE MONNERAIS.

Et elle sera?...

AUGUSTE

Marquise de Gèvres.

LOMBARD

Etelle ne s'en tirera pas plusmal que le marquis.

Mme DE GÈVRES.

Mon fils...

JULIENNE

Mais je ne veux pas, moi, être un sujet de désunion.

AUGUSTE

Julienne, je ne t'ai jamais demandé si tu m'aimais : je me suis trompé, peut-être?

JULIENNE

■ Ohl si je t'aime!... je t'aime! car tu es bon et généreux !

AUGUSTE

Eh bien! ma mère?...

M°>e DE GÈVRES.

C'est Dieu qui, sans doute, a voulu tout cela.

H. DE MONNERAIS.

Et tout cela me prouve que je n'ai plus rien à faire ici.

LOMBARD

Pardon, monsieur le baron ; cela devrait vous prouver aussi qu'il n'y a pas deux honneurs, deux probités, deux vertus, et que ce qui fait l'honnête homme du peuple fait aussi le noble gentilhomme. J'ai bien l'honneur de vous saluer.

veuve Dondey-Dupre, rue Saint-Louis, 46, au Marais.

LES GARÇONS DE RECETTE

DRAME EN CINQ ACTES

PAR M3I. ADOLPHE D'ENNERY ET É. BERTHET, Rcpréseiué pour la première fois, sur le ihéâtre de T Ambigu-Comique , le 23 mai iSijô;

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