‹ Magasin théâtralChapitre 1544 sur 1711 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Mêmes , MAGLOÏRE.

MAGLOiRE, criant.

Au feu! au feu!... ôlcigiiez-moi, éteignez- moi donc I

TOUS

Qu'est-ce que c'est que ça?

SERINGUINOS.

Il est tout noir, c'est un nègre ou un ramoneur.

HAGLOIRE.

C'est donc de plus fort en plus fortl Ahl qui que VOUS soyez, charrons, cyclopes, fumistes ou marchands de marrons, allez me chercher les pompiers, j'ai pris feu par en haut.

l'ouvrier.

Un coup d'épongé suffira.

Il lui jette un verre d'eau à la figure. HAGLOIRE.

Merci. ( Il se frotte les yeux et s'essuie la figure. ) Ah! je m'éteins, je m'éteins; mais je dois fumer encore.

Je ne me trompe pas, c'est Magloirc.

MAGLOIRE

L'apothicaire! est-ce que je suis tombé dans votre cuisine ?

SERINGUINOS.

Te voilà donc, malheureux!

MAGLOIRE

Malheureux ! c'est le mot ; je vous en prie, apothicaire, dites-moi toute la vérité; le feu a tout dévoré, n'est-ce pas? mes cheveux ne sont plus roux.

SERINGUINOS.

Ils sont roussis.

MAGLOIRE

Vrai? ils sont encore roux? [Mettant la main à sa tête et s' apercevant qu'il n'en a plus. ) Ah ! roussis! quel affreux calembourg !

SERINGUINOS.

Me rapportes-tu ma fille, scélérat?

MAGLOIRE

Je l'ai perdue en chemin; heureusement pour elle, car depuis douze heures trois quarts je voyage la tête en bas.

SERINGUINOS.

D'où venez-vous?

D'une île déserte, où l'on nous a reçus à bras

ouverts.

SERINGUINOS.

Elle était donc habitée, ton île déserte?

MAGLOIRE

Habitée! habitée comme la rue Saint-Denis; de plus, pavée en fleurs et bâtie en sucre candi; figurezvous une boutique de confiseur de trois lieues de circonférence; on m'avait logé dans un magnifique biscuit de Savoie; en attendant le dîner, je grignottais les murs de mon hôtel, quand toutà-coup je fus distrait de cette occupation par un grand diable qui m'attacha à la queue d'un cerfvolant.

SERINGUINOS.

D'un cerf- volaui.'

MAGLOIRE

Oui, d'un cerf- volant qui voyageait côte à côte d'un magnifique ballon , dans la nacelle de ce

LES riLTILES DU DIABLE.

ballon était votre fille qu'on enlevait encore à son Albert, comme moi à mon biscuit; elle allait me dire comment la chose s'était passée, quand un gros oiseau vint se prendre de bec avec mon cerfvolant; celui-ci perdit sa queue à la bataille, et aussitôt je me mis à descendre plus vite que je n'étais monté. Je me demandai en route : Tomberai-je pile ou face. Je suis tombé pile.

Il montre sou liaut-de-cliausses tout décliire. SERINGUINOS.

Allons, ma fille est décidément perdue pour son père et son futur. Je vois aussi, mon pauvre Magloire, que le diable ne t'a pas plus épargné que moi.

MAGLOIRE

Vous êtes retombé sur votre pharmacie, vous, tandis que moi me v'ià sans cheveux, sans place et sans le sou. Je pense à une chose, voulez-vous code moi, apothicaire?

SERINGUINOS.

Qu'est-ce que tu sais faire?

MAGLOIRE

Air : Je sais attacher des rubans.

Je sais faire les cornichons, Je sais le loto, la musique, Je sais élever les codions, Et je sais parler politique.

J' possède encor des lalcns plus coquets, Et je les exerce avec grâce ; Je sais attacher les corsets, Et je donne du cor Je chasse.

SERINGUINOS.

Avec ces talens-là tu ne peux pas me convenir.

MAGLOIRE

Ainsi vous me laissez sur le pavé? Eh bien! je ne vous veux pas de mal, apothicaire, mais je donnerais beaucoup pour vous voir dans la plus profonde débine; oui, je voudrais vous voir réduit à vous nourrir de votre fonds; oui, je voudrais vous voir faire des bouillons de guimauve et des fritures de sangsues.

SERINGUINOS.

Ce jeune homme est un grand polisson.

l'ouvrier.

Allons, garçon, ne te désole pas, ton affaire peut s'arranger; l'ouvrage donne bien, je t'offre une place dans l'atelier, si notre état te convient.

MAGLOIRE

Il me convient beaucoup... Qu'est-ce que c'est que votre état?

l'ouvrier.

Tu es dans une verrerie.

MAGLOIRE

Ahl j'y suis, vous faites des bouteilles?.., ça me connaît, les bouteilles.

l'ouvrier.

Tu acceptes?

MAGLOIRE

Tope là! me v'ià donc dans la verrerie. Je connaissais déjà une rue de ce nom-là.

l'ouvrier.

Allons, allons, à la besogne ; et d'abordprends le costume de l'emploi.

MAGLOIRE

C'est-à-dire que, pour prendre votre costume, je n'ai qu'à quitter le mien. (Se déshabillant et regardant ses mollets.) Le malheur ne m'a pas trop déformé , je suis toujours de Saint-Malo.

l'ouvrier.

Charge-toi de ce fourneau, nous allons souffler les fioles de maître Seringuinos.

CHOEUR

Air : Gai, gai.

Cliaud, chaud, travaillons Lien, La besogne est honne Et donne; Chaud, cliaud, travaillons Lien, Car c'est dimanche demain.

Ils sortent.

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