‹ Magasin théâtralChapitre 1546 sur 1711 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ALBERT, pui5 LA FOLIE.

ALBERT

C'est bien ici que la Folie m'a donné rendes*

vous, mais je ne la vois pas... Comment saurai-je si elle est venue déjà?... qui demanderai-je?... sais-je seulement quelle nouvelle forme il aura pris fantaisie à ma protectrice d'adopter?... {AU tant s'asseoir. ) Ah ! je commeisce à douter de l'infaillibilité de sa puissance.

UN «4RÇ0N, sortant de l'anberge.

Que demande monsieur ?

ALBERT, brusquement.

Rien!

LE G.4RÇ0N.

Mais...

ALBERT, se fâchant.

Mais...

LA FOLIE, en costume d'étudiant, venant s" asseoir à la table en face d'Albert, Mais ce garçon a raison ; apporte-nous des cigarrettes et du feu. [A Albert. )ToVii en fumant camarade, nous causerons.

ALBERT

D'abord, je ne suis pas votre camarade, et je ne veux pas causer.

Il lui tourne le dos.

LE GARÇON

Voilà ce que monsieur a demandé.

Il dépose une lumière et des cigarrettes sur la table, et s'en va.

LA FOLIE, tendant une cigarretle à Albert. Vous fumerez toujours, et moi, je causerai pour deux. Je vous dirai, mon cher, que je suis sorti de chez moi pour le service d'un mien ami, auquel, par la plus inconcevable imprudence, j'a laissé souffler sa maîtresse.

ALBERT, se retournant.

Qu'entends-jeî

LA FOLIE

Furieux d'avoir été pris pour dupe, j'ai juré de me venger... n'ai-je pas raison? qu'en pensezvous?

Je ne me trompe pas, c'est... c'est vous.

LA FOLIE

Allons doncl tu me reconnais enfin, pauvre amoureux! et maintenant, tu veux bien être mon camarade, lu veux bien causer avec moi, n'est-ce pas?

ALBERT

Oui, car vous allez me parler d'Isabelle.

LA FOLIE

Comme si l'on pouvait te parler d'autre chose 1 Aussitôt que Sara, profitant d'un manque de précaution de ma part, nous eut enlevé ton Isabelle, je te quittai pour courir consulter le grand livre du destin; j'appris que Sara avait conduit Isabelle dans un magnifique château qu'elle a fait coustruire à Santa-Cruz, tout exprès pour la célébration de son mariage, car c'est aujourd'hui même que Sara épouse Sottinez; tu ne dois donc rien craindre de ce dernier, car la vieille jalouse veille à présent sur ta maîtresse, aussi bien et mieux que toi-même.

ALBERT

Pourquoi cet enlèvement, alors?

LA FOLIE

Sara l'avait promis à Sottinez, et celui-ci ne se marie qu'à la condition qu'Isabelle, qui ne peut plus être à lui, ne sera du moins à personne.

ALBERT

Que comptes-tu faire ?

Ce costume t'annonce assez que j'ai conçu un

nouveau projet ; j'ai trouvé le mo^ea infaillible

LES PILULES DU DIABLE

de faire perdre à Sara ce pouvoir maudit qu'elle n'emploie plus qu'à te persécuter; mais je ne puis agir que lorsque Sara sera la femme de Sottinez; alors il lui sera impossible de ne pas tomber dans le pié2;e que je lui tendrai. Jusque là, je ne puis que la lutiner, la ridiculiser, et je n'y manquerai pas... je veux qu'on se souvienne longtemps des noces de dame Souinez. C'est à Santa- Cruz que doit avoir lieu la cérémonie , c'est à Santa-Cruz que nous allons nous rendre; mais j'y veux aller en nombreuse et bruvante compagnie. {A ce moment on voit entrer en courant et en déi— ordre une troupe de jeunes écoliers. ) Justement, voilà des auxiliaires qui m'arrivent.

Page 1