SCENE III
SOTTINEZ, SARAH.
SOTTINEZ.
Vous ^m'indemnisez noblement des dernières persécutions de mon mauvais génie... Je suis en admiration devant mon château, don magnifique que vous m'avez fait, chère épouse, et que tous les passans admirent; ils n'en ont jamais vu de cette forme... Votre architectejloit être un drôle de corps ; il ne fait rien comme les autres.
SARAH
J'ai voulu te donner une preuve de mon attachement.
SOTTINEZ.
Moi, de mon côté, je vous ai fait apporter une corbeille de mariage.
SARAH
C'est fort galant!... Je veux voir tout de suite ce qu'elle contient. [Elle ouvre la corbeille.) Que vois-je? de la poudre... un tour... des mouches... une tabatière et des lunettes!... C'est la défroque de votre grand'mère que vous m'apportez là ! SOTTINEZ, à part.
Tout cela me parait être assez de circonstance.
SARAH
Don Sottinez, voilà le cas que je fais de votre corbeille. {Elle ouvre la fenêtre, et jette la corbeille.) A présent que nous sommes seuls, vous allez, je l'espère, quitter ce ton froid, ces manières glaciales... Allons, voyons, monsieur, parlez-moi comme à votre petite femme; car je suis votre petite femme.
SOTTINEZ.
Oh I voilà le moment fatal !
SARAH
Allons, embrassez-moi... je vous le permets.
SOTTINEZ.
Certainement je n'abuserai pas de mes droits... Je n'effaroucherai pas votre pudeur.
SARAH
Sottinez, vous m'ennuyez; embrassez-moi... je le veux.
SOTTINEZ.
Il me passe un frisson partout !
SARAH
Insensé 1 tu hésites... Si tu savais le bonheur qui t'attend l
SOTTINEZ.
Peste! quel bonheur!... Enfin, je fermerai les yeux.
SARAH
Allons donc !
SOTTINEZ, s" approchant et finissant par l'embrasser.
Ouf!... (Aussitôt les rides, les cheveux blancs et les vêtemens de Sarah disparaissent. Elle apparaît jeune, fraîche et jolie.) Que vois-je?
SARAH
Ohl la prédiction s'est accomplie!... Je suis jeune... jeune, n'est-ce pas?... Ohl oui, je le sens là {elle met la main sur son cœur) et là.
Elle met la malu sur son front.
SOTTINEZ.
Dors-je tout debout?
SARAH
Je dois être jolie, n'est-ce pas? aussi jolie qu'autrefois 7
SOTTINEZ.
Je ne peux pas vous dire... il y a long-temps... mais vous êtes ravissante.
SARAH
Un miroir, Sottinez I vite, un miroir I
SOTTINEZ.
Voilà, voilà.
SARAH
Plus de rides, plus de cheveux blancs 1 mon teint a repris sa fraîcheur, ma taille son élégance; n'est-ce pas, Sottinez, que je suis jolie?
SOTTINEZ.
Charmante 1
SARAH
N'est-ce pas que vous ne vous repentez plus de m'avoir épousée?
Au contraire.
SARAH, le regardant.
Laissez-moi donc vous examiner â mon tour.
LES PILULES DU DIABLE
SOTTINEZ.
Examinez, chère amie.
SARAH, soupirant.
Ah 1 quel dommage qu'Albert n'ait pas voulu me rajeunir 1 Je veux souper, je veux boire du Champagne, je veux vous griser pour vous rendre aimable, si c'est possible.
SOTTINEZ.
Chère amie, j'aimerais mieux reprendre la conversation de tout-à-l'heure.
SARAH
Nous avons le temps; je veux souper, vous disje, et je veux du Champagne surtout... Allons, qu'on me serve.
SOTTINEZ.
Quel démon I Sarali a sonné, on voit sortir du plancher une table servie. SARAH.
Allons, faites sauter les bouchons et versez
versez à plein verre... Mais buvez donc.
Le Champagne m'incommode; j'aimerais mieux causer.
On frappe à la porte.
Qui frappe?
Ça m'est égal.
Il faut ouvrir.
SARAH
SOTTINEZ.
SARAH
SOTTINEZ.
Du touti la nuit de ses noces, on n'y est pour personne.
SARAH
Moi, j'y veux être pour tout le monde. II y a si long-temps qu'on me voit vieille et laide... je veux enfin qu'on me voit jeune et jolie! ... Ouvrez, je le veux.
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