‹ Magasin théâtralChapitre 159 sur 1711 · ACTE J , SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE J , SCÈNE V

iMAr.ic , avec l'icMialion, Une fois seulement...

DUVAL

Celte fêle était bien ]:)ril]anlc, n'est-ce pas? Il y avait là sans doute des femmes bien belles , bien parées, des hommes bien riches, bienélégans ?

MARIE, nnïvement.

Et comme ce monde estdiirérent de celui que nous voyons tous les jours!., comme il est aimable, si'i^cieux!.. Oh! je n'oublierai jamais cette soirée passée dans ce beau salon! on y respirait Uii parfum de joie cl de bonheur qili enivrait !

ULVAL , avec un peu d'amertume.

Vous avez raison, Marie! il enivre! (r.eprciiaiulc ton caressant.) Et au milieu de cet entraînement de la fête , vous écoutiez sans colère les propos galans , les paroles d'amour de quelqu'adoraleur?

MARIE

Un seul a osé se permettre...

DUVAL , souriant.

M. Bldaut , n'est-ce pas ?

MAUIE.

Oui; mais je vous jure que je l'ai toujours mal accueilli.

DUVAL

Mais les autres... ces hommes si polis et si riches, aitachaient aussi sur vous des regards d'admiration.

MARIE

Ce n'était que pour vous que j'en étais fièrc , Joseph !

DrVAL.

El les femmes enviaient votre beauté, comme peut-être vous enviiez leur toilette. MARIE, avec chaleur.

El leur envie me rendait si heureuse ! Oh! si un seul niomcut j'avais eu leur robe si belles et leurs bijoux, pour les éclipser tout-à-fait... je le sens, mon ami, rien n'eut manqué à mon bonheur, à mon triomphe !

( Duval s'éloigne d'elle brusquemciU et porlc une main à ses yeux.) DL'VAL , d'un ton déchirant.

Oh! mon Dieu! voilà ce que je craignais pour elle !

MARIE , effrayée.

Mon ami, qu'avez-vous?.. maisil n'y a pas de mai à tout cela, n'est-ce pas?.. Qu'importe que le souvenir de ce monde éblouissant, qucjc n'ai vu qu'une fois, revienne par momens à ma pensée , si je vous aime de toute mon âme , si...

DUVAL

Ce qu'il importe , Marie , c'est que votre vie tout entière ne soit pas malheureuse ou coupable.

MARIE

Coupable!

DUVAL

C'est que notre union ne devienne jamais funeste à l'un Ctà l'autre. (S'approchant d'elle, d'une voix sourde.) Pendant quelques semaines, quelques mois, peut-être, l'amour de votre époux éteindra cet amour de plaisir et d'éclat qui vous dévore; puis, viendront les souvenirs, puis, les regrets, puis, Içs larmes... Et vos larmes, <

«®» Marie , je niuurrais rien que de les voir couler.

MARIE

Oh ! vous n'avez pas encore su me connaître. Élevé à l'école du malheur, j'ai appris à renfermer dans mon cœur toutes mes passions , tous mes désirs, toutes mes soullVances... el quand, tremblant de lîécliir, je détournais mes regards de ce monde qui me fascinait... vous vous disiez : «Heureui Duval ! qui n'a pas de désirs!» Et lorsque je vous reprochais, avec une froideur calculée , votre ambition , votre amour pour les plaisirs et les grandeurs, vous vous disiez encore : " 11 est sévère et cruel, lui; il ne connaît ni cette ambition, ni cet amour.»

MARIE

Eh bien ?

DUVAL

Eh bien! vous vous trompiez. Marie. IIsîî trompaient tousceuxqui.s'arrêtanth la surface, admiraient le calme apparent de mon âme î car c'est la main de la iiiisèie qui m'a enchaîné à celte profession que j'exerce ; car je rêvais à vingt ans toutes ces joies , tout ce bonheur que vous rêvez aussi... car maintenant ma pauvreté me pèse, m'écrase!.. Vous aimez li": luxe, et je ne puis pas vous donner de luxe; vous aimez l'éclat et les ricliesses, et je ne puis vous donner ni échu, ni richesse , moi qui suis obscur, pauvre!., pauvre!.. Oh! prenez pitié de moi, Marie; car j'avais mcspropres douleurs qui m'accablaient depuis long-temps, et voilà que les vôties sont venues mettie le comble à mon supplice.

MARTE

Duval! Duval!.. oui, je vous méconnaissais, oui , j'étais bien injuste envers vous.

Ce n'est pas tout encore : dans cette salle , sans relâche , une nouvelle torture se joint à mes tortures secrètes... j'entendr. le Jn'uit de l'or et de l'argent; ce bruit, je l'entends le soir quand je suis seul dans ma chambre, je l'entends la nuit, quand je rêve ; il me réveille en sursaut!.. Ce biuit, .Marie, il me poursuit ici, dehors, dans mes douleurs, dans mes plaisirs , partout , toujours !.. Quand je suis pauvre, qran 1 je songe à votre pauvreté... autour de moi (ic l'or, sous ma main de l'or, toujours de l'or!.. Il éi)louit mes yeux; plusieurs fois le jour, il fatigue mes deux mains à le compter, il pèse sur mes épaidcs comme un fardeau... et je suis pauvre! Et pour compenser tantdc supplices, j'ai seuleiuent le droitde porter la tète bien haute et de dire avec orgueil : « Voyez ! voyez ! je suis un honnête homme ! »

!\IARIE.

Et celte récompense , Joseph , vous sudîra , j'en suis certaine... Moi, je vous promets de ne plus m'abandonner à mes folles illusions, à mes désirs insensés!.. Bon courage, Duval! et puis, qui sait , vous pourrez peut-être devenir riche î

DUVAL

Riche! Mais soligez donc à ce que je suis !.. Riche! c'est impossible ! jamais!

MARIE

Jamais!.. Eh bien! nous nous résignerons. »r

LES GARÇONS DE HECETTE

Mais l'heure me presse ; adieu , adieu , mon ami. «®» ULVAL, accablé.

Adieu, Marie!

Adieu. (A part.) Jamais!

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