‹ Magasin théâtralChapitre 1590 sur 1711 · JOSEPH, LOUISE · texte numérisé non relu

JOSEPH, LOUISE

Ils arrivent par l'avenue qui longe le pavillon. LOUISE.

Ah çà ! monsieur Joseph, voilà-t-il assez longtemps que nous marchons, et allez-vous enfln me dire ou vous me conduisez?

Ici, mademoiselle Louise, ici même. Nous sommes au terme de notre promenade.

LOUISE

Alors expliquez-moi bien vite pourquoi, toutà-l'heure , en m'apercevant sous le vestibule, vous m'avez fait signe de vous suivre, et pourquoi vous m'avez amenée avec tant de mystère dans cet endroit du parc, si éloigné du château. JOSEPH, après un silence et regardant autour de lui.

Pourquoi ? vous allez le savoir. Mais personne ne peut-il nous entendre ?

LOUISE

Personne... Nous sommes seuls... Je vous écoute.

JOSEPH, à voix basse.

Sachez donc, mademoiselle Louise, que cette nuit j'ai été témoin d'une aventure si bizarre, si extraordinaire, que j'ai voulu vous en faire le récit sur le lieu même où elle s'est passée.

vous ne croyez donc

LOUISE

Une aventure extraordinaire?

JOSEPH

Vous en jugerez. Mais d'abord répondez-moi? Avez-vous lu des romans à fantômes, de ces romans oii il y a des êtres mystérieux qu'on entend toujours et qu'on ne voit jamais? De ces romans où il y a des vieux châteaux que l'on brûle, des hommes qu'on assassine et des jeunes filles qu'on enlève; de ces romans, enfin... LOUISE , l'interrompant.

Des bêtises, quoi!

JOSEPH

Des bêtises... des bêtises...

pas aux revenans, vous?

LOUISE

Est-ce que par hasard vous y croiriez ?

JOSEPH

Ma foi...

LOUISE

Un homme! fi! c'est honteux.

JOSEPH

Honteux tant que vous voudrez; il n'est pas moins vrai que j'en ai vu un, moi.

r.ouiSE.

Un quoi?

JOSEPH

Un revenant.

LOUISE

Où?

JOSEPBi désigtiant le roclier.

LOUISE

JOSEPH

LOUISE

Là!

Quand ?

Cette nuit.

Laissez donc !

JOSEPH

Je l'ai vu comme je vous vois.

LOUISE

Vous l'avez rêvé.

JOSEPH

Pour rêver il faut dormir; et je ne me suis pas couché. Ah !

LOUISE

Pourquoi ne vous êtes-vous pas couché î... ah!

JOSEPH

Afin d'être plus tôt levé ce matin. Voici la chose : Hier, après le dîner, et mon service fini, je pousse jusqu'au prochain village... une petite lieue, tout au plus; malheureusement je rencontre un ami qui me propose un cent de piquet et une bouteille du crû ; j'accepte , mais de cent de piquet en cent de piquet, de bouteille en bouteille, dix heures sonnent: je prends aussitôt ma course; mais le diable s'en mêle; impossible d'aller droit mon chemin ; de sorte que j'arrive au château qu'il était plus de minuit et que je trouve la grille fermée.

LOUISE

Éveiller le concierge, c'était apprendre à tout le monde que M. Joseph rentrait à une heure indue, et dans un état sans doute très-peu présentable.

JOSEPH

C'est aussi ce que je pensai. Que faire alors? Revenir sur mes pas, longer le mur du parc, et l'escalader près de celte porte, me parut une idée lumineuse. J'escalade donc; mais à peine suis-je à terre, que, dirigeant mes pas de ce côté, j'aperçois à la faible clarté des étoiles...

Il s''arrête.

LOUISE

Eh bien î

JOSEPH

J'aperçois, dis-je, comme une espèce d'ombre, comme une sorte de fantôme d'une taille gigantesque, qui se glisse furtivement devant moi, et disparaît tout-à-coup à travers le rocher. LOUISE, riani.

Voilà qui serait merveilleux si ce n'était le petit vin du crû qui vous avait porté à la tête.

JOSEPH

Riez, mademoiselle Louise, riez... Mais ce n'est pis tout. A peine remis de ma frayeur, je m'engage dans cette longue avenue qui aboutit à une aile du château, lorsque, arrivé sous le bâtiment, une clarié soudaine frappe mes yeux. Et savez-vou3 d'où elle partait cetie clarté?... de la fenêtre grillée que l'on aperçoit d'ici, de cette

fenêtrie où l'on ne vit jamais de lumière, de cette fenêtre enfin qui n'a ni escalier ni chambre; car vous savez aussi bien que moi que nous n'avons jamais pu la découvrir dans l'intérieur des appartemens situés de ce côté. Que dites -vous de tout cela?

LOUISE

Je dis que tout cela est la suite de votre longue station au cabaret, et que j'y regarderai à deux fois avant de prendre pour mari un homme qui boit outre mesure et croit aux revenans. Vous étiez gris, mon cher.

JOSEPH

Est-ce aussi parce que j'étais gris que je me suis trouvé nez à nez ayec un chiffon de papier suspendu à un fil dont l'autre bout tenait à cette même fenêtre ?

LOUISE, étonnée.

Un papier'.

JOSEPH

Avec de l'écriture dessus. Je m'en suis emparé, sans m'inforraer s'il était à mon adresse. LOUISE, vivement.

Et qu'y a-t-il d'écrit?

JOSEPH

Dam! je l'ignore, attendu que tout petit j'ai oublié d'apprendre à lire, et qu'étant grand je ne l'ai jamais pu.

En eflfet; ce que vous venez de me dire est bizarre, extraordinaire... Je ne sais plus que penser... mais ce papier...

JOSEPH, tirant un écrit de sa poche.

Le voilà...

LOUISE, le prenant vivement.

Donnez!... donnez... ( Elle le retourne dans tous les sens.) Allons, bon! juste comme vous, monsieur Joseph.

JOSEPH

C'est dommage , je suis sûr qu'il se passe quelque chose d'étrange au château. Ce papier nous aurait peut-être dévoilé un grand mystère.

Montalais, qui arrive par la gauclie, a entendu ces derniers mots et a aperçu l'écrit tenu par Louise.

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