SCENE Vil
LOUISE, ADRIEN, assis.
LOUISE, à part.
Une me voitseulementpas... Jen'y tiens plus. (Haut, et s' approchant du Duc, qui vient de s'asseoir.) Monsieuvle duc paraît fatigué... Ce n'est pas étonnant, entré en chasse avec le jour...
ADRIEN
Ah! c'est vous, mademoiselle... (cherchant le nom) mademoiselle Louise, je crois?
LODISE, piquée et à part.
Jusqu'à mon nom qu'il a oublié... (Haut.) Oui, monsieur Léon, Louise Duchemin, fille d'un des fermiers de monsieur le marquis de Rosebois, votre tuteur; et de plus attachée à la laiterie du château... Pardon si je vous rappelle toutes ces choses; mais comme monsieur le duc paraît les avoir oubliées, ainsi qu'une foule d'autres... ADRIEN, se levant.
Une foule d'autres?... que voulez-vous dire?
LOUISE
Dame! autrefois c'était ma petite Louise parci, ma petite Louise par-là ; c'était une simple fleur des champs que vous placiez à mon côté et ua baiser que vous cherchiez à me prendre. A la Saint-Louis, c'était quelque joli cadeau que vous me faisiez, ainsi qu'à la fête du village, oii , par parenthèse, vous ouvriez et fermiez le bal toujours avec moi... C'était enfin... Ohl mais votre maladie vous a fait perdre eniièrement la mémoire, et vous êtes surtout bien changé à mon égard ; car, depuis votre rétablissement, plus de douces paroles, plus de fleurs, plus de baisers, plus de danse ni de petits cadeaux, plus de... Ah! monsieur Léon, tout ça me fait bien du chagrin, allez!...
ADRIEN, avec bonté el lui prenant la main.
Voyons, calmez-vous.
LOUISE
Autrefois aussi, vous m'auriez dit : Calme-toi, ma petite Louise!
ADRIEN, à part.
Diable! il paraît que défunt mon frère était un amateur... Hem ! voyez-vous ça?...c'estqu'elleest vraiment gentille, la petite! Et ce Montalais qui ne m'avertit pas! [Haut.) Eh biei. . ma petite Louise, tu as peut-être raison de te i 'ndre; et moi, je n'ai pas tort d'en agir ainsi avec toi. Tu comprends qu'à la veille de me marier, Se décorum, les convenances... (A part.) Ma foi, elle prendra tout ça pour ce que cela vaut.
LOUISE
C'est vrai, vous allez vous marier; je l'avais oublié, monsieur Léon. Vous épouserez une jeune et belle héritière, à laquelle vous devrez tous vos soins, tout votre amour.. = Jecomprendsm.:iiii tenant votre indifférence pour moi... En eËfet „(,!u'est-ce que la petite Louise Duchemin, fille d'un siniple fermier, auprès de M^'^ Lucie d'Orbesson, fille d'un
conseiller au Châtelet de Paris? On dit que l'amour ne s'inquiète guère des distances, mais je vois que monsieur le duc de Verneuil s'en inquiète beaucoup, lui !
ADRIEN
Il me semble pourtant que je les ai souvent rapprochées... (à pari) mon frère, du moins!... (Haut.) Mais comment sais-tu que M"« d'Orbesson est jeune et belle?... La connaîtrais-tu?
Elle a été nourrie à la ferme; nous sommes sœurs de lait. Tous les ans, la veille de sa fête, je lui porte un bouquet, et elle me traite toujours comme une amie... elle est si bonne!
ADRIEN, avec enthousiasme.
Oh I c'est un ange. Esprit, grâces, beauté, elle réunit tout cela en elle... Louise, n'est-ce pas, que celui qui possédera son cœur et sa main sera le plus heureux des hommes?
LOUISE
Oui, monsieur Léon... (A part.) Comme c'est flatteur pour moi!
ADRIEN
Je veux que tout ce qui m'entoure se ressente démon bonheur... Toi, surtout, ma petite Louise, fais choix de quelque honnête garçon qui sache apprécier tout ce que tu vaux; et pour te prouver que je ne suis pas un ingrat, je me charge de ta dot... (A part.) Une dette de mon frère que j'acquitte...
LOUISE
Mon choix est fait, monsieur le duc : j'épouserai Joseph, votre valet de chambre. Il n'est pas beau, par exemple; mais en revanche il est bien bête. N'importe; il fera, je crois, un excellent mari.
ADRIEN
Soit. Pour te donner une nouvelle marque d'attachement, je veux que ton mariage ait lieu le même jour que le mien. Et maintenant que la paix est conclue entre nous, il faut qu'un doux baiser en devienne le gage.
Il l'embrasse. Joseph paraît, portant un plateau sur lequel sont plusieurs ilacons de vin ; il s'arrête.
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